1ers rapports sexuels en France

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Contrairement à certaines idées reçues, l'âge aux premiers rapports sexuels a peu changé au cours des trente dernières années, même si les conditions dans lesquelles ils se déroulent ont évolué à la suite des progrès de la contraception et des campagnes de prévention du sida.

 

Un rapprochement historique entre garçons et filles

Dans les générations nées à partir de la fin des années 1970, garçons et filles ont désormais leurs premiers rapports sexuels à peu près au même âge. L’âge médian au premier rapport, âge auquel la moitié d’entre eux ont déjà vécu ce passage, est de 17 ans et demi (légèrement plus tôt pour les garçons). Il n’a pas bougé depuis trois décennies pour les garçons et ne s’est abaissé que d’un an environ pour les filles dans la même période.

Les changements au cours du siècle

Dans la première moitié du siècle, la situation était bien différente : ainsi, les filles des générations nées entre 1922 et 1936 ont entamé leur vie sexuelle près de 3 ans plus tard que les garçons, l’âge médian étant pour elles de 20,7 ans, contre 18,2 ans pour eux. Au fil du siècle, c’est l’expérience sexuelle des femmes, plus que celle des hommes, qui a changé. La baisse la plus nette de l’âge au premier rapport s’est produite pour les femmes qui ont atteint l’âge de la sexualité adulte dans la décennie 1960. En revanche, la diffusion de la contraception moderne, à partir du début des années 1970, correspond plutôt à une stabilisation de l’âge à l’initiation sexuelle. L’apparition du sida vers le milieu des années 1980 n’a pas provoqué de recul de l’âge au premier rapport.



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Des études plus longues et une émancipation plus tardive

La stabilisation du calendrier de l’initiation sexuelle, en France comme dans le reste de l’Europe, est probablement liée à l’allongement de la durée des études, qui a pour effet de retarder l’émancipation. Les premiers rapports très tardifs ont disparu. Alors que dans les années 1940, à 23 ans, un quart des jeunes filles n’avaient pas encore eu d’expérience sexuelle, c’est à 19 ans que l’on observe la même proportion dans les générations les plus récentes. Il en résulte que le premier partenaire sexuel est aujourd’hui beaucoup moins souvent le premier conjoint. On observe aussi un resserrement de l’éventail des âges à l’initiation sexuelle : alors que ce seuil était franchi au cours d’une période de 6 à 7 ans dans les générations anciennes, l’initiation se concentre aujourd’hui dans un intervalle beaucoup plus court de 2 à 3 ans.

Des premiers rapports de plus en plus protégés

Le premier rapport sexuel est devenu un passage « réfléchi », dans lequel l’absence de contraception n’a cessé de reculer depuis les années 1970. Ainsi seules 16 % des femmes qui ont commencé leur vie sexuelle en 1993 n’avaient pas utilisé de contraception la première fois, contre 30 % en 1988 et 51 % en 1970. Le progrès de la contraception orale a été prolongé par la montée très rapide de l’usage du préservatif au premier rapport au cours de la dernière décennie. Les femmes qui ont commencé leur vie sexuelle en 1987 n’étaient alors que 8% à utiliser un préservatif. Vers la fin des années 1990, cette proportion est passée à près de 90 %. Le progrès irrésistible du préservatif fait reculer l’usage initial de la contraception orale. Cependant le recours au préservatif n’est que temporaire : après une utilisation provisoire en début de relation, il est abandonné et généralement remplacé par la pilule quand la relation se stabilise. Paradoxalement, alors que les tout premiers rapports sont bien protégés, le passage de relais ne s’effectue pas toujours bien. La contraception orale n’apparaît plus comme aussi « incontestable » aux générations les plus jeunes, l’accent mis sur la prévention du sida ayant fait passer l’information sur la contraception au second plan.

Des différences sociales qui subsistent

Le premier rapport est toujours plus précoce chez les jeunes de milieu populaire. D’une manière générale, les jeunes qui sont en préapprentissage ou en lycée d’enseignement professionnel commencent plus tôt que les lycéens d’enseignement général. A contrario, le fait de s’engager dans des études longues contribue à retarder l’initiation sexuelle.

Hommes et femmes : des conceptions différentes

Hommes et femmes continuent à attribuer des significations bien différentes au premier rapport et au premier partenaire. Les femmes dans leur majorité envisagent le premier rapport comme le début d'une relation qui compte, dont l'engagement amoureux fait normalement partie. Le premier partenaire est d'ailleurs systématiquement plus âgé qu'elles, comme le sera le premier conjoint. Pour leur part, les hommes voient plutôt l'initiation comme un apprentissage personnel, qui n'est pas forcément associé à l'entrée dans une relation. Ils se déclarent d'ailleurs beaucoup moins souvent amoureux de leur première partenaire, et une proportion élevée ont leur premier rapport sexuel avec une femme plus âgée. Malgré la convergence des âges des hommes et des femmes au premier rapport, et le fait que les partenaires discutent de plus en plus des précautions à prendre, les représentations qu'ils se font de l'entrée dans la sexualité adulte restent assez distinctes.

Pour plus d'informations

Diverses enquêtes menées entre 1992 et 1998 sur les comportements sexuels, la contraception et la santé des jeunes permettent de décrire les changements et la continuité dans l’initiation sexuelle :

  • l’enquête « Analyse du comportement sexuel en France »  (1992) ;
  • l’enquête « Analyse du comportement sexuel des jeunes »  (1994) ;
  • l’enquête « Situations familiales et emploi » de l’Ined et l’Insee (1994) ;
  • l’enquête « Baromètre santé jeunes » du Comité français d’éducation pour la santé (1997-1998).

Consultez également :

  • Bozon Michel, « L’entrée dans la sexualité adulte. Le premier rapport et ses suites », Population, 48 (5), 1993, p. 1317-1352.
  • Lagrange H., Lhomond B., L’entrée dans la sexualité. Le comportement des jeunes dans le contexte du sida, Paris, La Découverte, 1997.
  • Toulemon Laurent, Leridon Henri, « La diffusion des préservatifs : contraception et prévention », Population & Sociétés, n° 301, mai 1995.
  • Rènes J., Janvrin M.P., Baudier F., Baromètres santé jeunes 1997-1998, Paris, CFES, 1998.
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Last update : July 15 2008