Analyser les causes de décès pour éclairer la transition sanitaire

Au cours des 50 dernières années, l’espérance de vie s’est accrue presque partout dans le monde mais les inégalités de mortalité restent très importantes. Alors qu’au début des années 1970, la théorie de la transition épidémiologique vouait l’espérance de vie à la stagnation dans les pays les plus avancés, la plupart de ces pays ont renoué avec l’allongement de la vie, en partie grâce au développement de moyens nouveaux et efficaces de lutte contre les maladies de société mais surtout, grâce aux succès remportés contre certains cancers et, essentiellement, contre les maladies cardio-vasculaires, qui, avec l’effondrement des maladies infectieuses, avaient pris le devant de la scène.
Mais ce relais n’a pu être pris partout en même temps. Les pays d’Europe Centrale et de l’ex- URSS ont tardé à franchir le cap de la révolution cardio-vasculaire. Plus récemment les pays les plus avancés n’ont pas tous connu le même succès dans la lutte contre la mortalité aux âges les plus avancés de la vie. Pour comprendre ces tendances récentes, il faut recourir à l’étude comparée, sur des périodes aussi longues possibles, des évolutions de la mortalité générale et de la mortalité par cause. Ce projet rassemble des travaux portant sur la constitution de séries longues de décès par âge et cause qui permettent d’asseoir les analyses sur des données comparables dans le temps et dans l’espace. Au-delà de la cause principale du décès, les profils épidémiologiques sont aussi analysés en tenant compte de toutes les causes mentionnées sur les certificats de décès (causes multiples). Grâce à ces riches bases de données et au développement de nouveaux indicateurs, le projet vise en fin de compte à contribuer à une meilleure compréhension de la persistance des inégalités de mortalité aussi bien au niveau inter- qu’infra-national et à enrichir la réflexion sur le concept de transition sanitaire.
Il s’agit d’un projet international qui associe des chercheurs travaillant dans une douzaine de pays.

Jusqu’au début des années 1960, l’espérance de vie a progressé presque partout dans le monde essentiellement grâce à la baisse de la mortalité infantile, liée au recul massif des maladies infectieuses. Les progrès étaient alors plus rapides dans les pays où la mortalité était encore forte et la prévalence des maladies infectieuses élevée.
Dans le milieu des années 1960, toutefois, dans les pays où la mortalité était basse, les bénéfices du recul de la mortalité infantile et des maladies infectieuses se sont épuisés. C’est dans ce contexte qu’en 1971, Abdel Omran a publié sa théorie de la transition épidémiologique, prévoyant une très prochaine stagnation de l’espérance de vie dans les pays les plus avancés. Pourtant, dès le début des années 1970, la plupart de ces pays ont renoué avec l’allongement de la vie, en partie grâce au développement de politiques efficaces en matière de lutte contre les maladies de société (alcoolisme, tabagisme, accidents de la circulation) mais surtout, grâce aux succès remportés contre certains cancers et, essentiellement contre les maladies cardio- vasculaires, qui, avec l’effondrement des maladies infectieuses, avaient pris le devant de la scène. L’événement a été assez marquant pour être qualifié de « révolution cardio- vasculaire ».

Toutefois, certains pays (à l’est de l’Europe) ont tardé à entrer dans la révolution cardio- vasculaire tandis que d’autres (en Afrique sub- saharienne) échouaient même à accomplir le dernier stade de la transition épidémiologique telle que la voyait Omran, du fait de l’irruption du sida. Plus récemment encore, la croissance de l’espérance de vie a marqué le pas aux États-Unis, aux Pays-Bas et au Danemark. Enfin, divers travaux ont mis en lumière une aggravation des inégalités au sein d’un même pays, entre régions ou entre sous- groupes de population.

Ces évolutions relativement récentes sont encore mal comprises. Elles ne mettent pas seulement en défaut la théorie de la transition épidémiologique ; elles remettent aussi en question les efforts faits par la suite pour compléter cette théorie ou pour introduire le concept plus large de transition sanitaire. L’introduction de la notion de séquences historiques de divergence-convergence entre pays (Vallin et Meslé 2004) a ouvert la possibilité d’une nouvelle lecture (et donc compréhension) des évolutions récentes de la mortalité. Elle nécessité l’étude comparée, sur des périodes aussi longues possibles, des évolutions de la mortalité générale et de la mortalité par cause.

L’objectif du projet est de mieux comprendre les différences en termes d’espérance de vie entre pays en portant une attention particulière aux causes de décès. Il permettra d’identifier quels sont les champs qui pourraient s’ouvrir à de nouveaux progrès et les freins qui pourraient empêcher que tous en bénéficient. Le projet, qui s’appuie sur les comparaisons internationales et sur le développement d’outils méthodologiques nouveaux, est structuré en trois grands volets :
I- Suivre l’évolution des niveaux de mortalité, notamment en participant à la construction de bases de données offrant des données sur la mortalité par âge et génération sur trois siècles et en raffinant les outils de mesure.
II- Explorer les causes de décès, en reconstruisant des séries homogènes de décès par cause pour une vingtaine de pays et en développant l’analyse des causes multiples.
III- Analyser les différences de mortalité par cause inter et infra-nationales, en suivant l’évolution des inégalités entre pays, entre sexes, entre régions, entre milieux de vie pour contribuer plus largement à la réflexion sur le concept de transition sanitaire.

Données :
- collecte de données nationales, individuelles ou agrégées, d’état civil ou sanitaires (naissances et décès, décès par cause) et de recensements (populations) ;
- bases de données internationales spécialisées (Human Mortality Database, WHO Database on Causes of Death, Human Life Table Database, et future base du projet sur les causes de décès) ;
- participation à la constitution de certaines de ces bases

Méthodes :
- reconstruction de séries longues de décès par cause s’appuyant sur la méthode de reconstruction mise au point à l’INED sur les données françaises
- analyse des causes multiples de décès
- techniques démographiques et statistiques avancées

Participants