GeeT : Générations, entourage, espaces et trajectoires

A partir de l’enquête Biographies et entourage de 2001 et de l’enquête Famille et logements de 2011, mais aussi des enquêtes GGS, SHARE, des fichiers du personnel navigant d’une grande compagnie aérienne nationale, ainsi que d’entretiens qualitatifs thématiques, le projet phare a pour objectif d’analyser les interactions entre les liens familiaux et les liens résidentiels tissés au cours du temps, d’explorer l’entourage, sa constitution, son rôle, son évolution, de comprendre ce qui relie les familles aux territoires : comment la famille donne du sens au territoire et inversement la manière dont le territoire produit de la famille. La dynamique des transformations est un élément central de ces travaux dont beaucoup sont basés sur des données relatant des trajectoires biographiques.
Le projet phare comporte trois axes principaux : (1) Trajectoires, parcours et âge de la vie;
(2) Construction, évolution de l'entourage au long de la vie;
(3) Familles à distance, familles à temps partiel, mobilité et configuration spatiale des familles.

De la famille à l’entourage ce projet phare s’inscrit en prolongement des travaux menés dans le précédent projet « Famille et entourage dans la société urbaine » (Bonvalet et Lelièvre, 2012) et « LiLi des lieux aux liens : l’espace comme révélateur des fonctionnements familiaux » en mobilisant le concept d’entourage et de configuration spatiale des échanges familiaux, à partir de nouvelles sources, notamment l’enquête Famille et logement. Depuis plusieurs années, en raison même de la complexité croissante des modes de vie l’espace dans lequel s’organisent les relations de parenté est devenu l’une des approches fécondes pour étudier le fonctionnement de la famille contemporaine. Les données récentes confirment l’étonnante proximité résidentielle qui existe en France entre les parents et leurs enfants adultes d’une part (Bonvalet et Lelièvre, 2013), entre les personnes de plus de 50 ans et leurs propres parents âgés d’autre part (Clément et Bonvalet, 2012). Le nombre de personnes par ménage diminue plus vite que prévu (Daguet, 2007), ce qui pourrait être interprété comme un affaiblissement des liens inter-individuels. Néanmoins, desserrement ne signifie pas nécessairement isolement : seulement 3% des personnes âgées de 50 à 70 ans vivant seules en Île-de-France n’ont aucun proche résidant à proximité (Lelièvre et Imbert, 2002). C’est ainsi que dans le prolongement des travaux de Chombart de Lauwe et de Willmott, l’analyse conjointe des questions résidentielles et des questions familiales nous a permis, au-delà d’une vision purement instrumentale, de modifier le regard sur le logement et sur la famille, mais aussi de remettre en cause les concepts utilisés pour appréhender l’un comme l’autre. l’ancrage spatial ne se limite pas au seul point fixe que constitue le logement principal (Imbert, 2005 ; Imbert et al., 2014). Pour comprendre les rapports entre famille et espace, des chercheurs proposent des concepts tels que l’espace résidentiel, défini comme l’ensemble des lieux incluant, outre la résidence principale, la résidence secondaire ainsi que les résidences des parents et des proches. Différents termes recouvrent ces phénomènes de multi-localités : système d’habitat, système résidentiel, pluri-résidence (Imbert et al., 2014) mais également espace de vie (revisité récemment par Robette, 2009). Toutes ces approches visent à mieux rendre compte des formes multiples de localisation de l’individu dans l’espace et de ses déplacements entre les différents lieux, notamment les lieux de famille. C’est à partir de cette circulation entre plusieurs logements appartenant aux différents membres de la parenté que se construit au cours du temps un système résidentiel, lequel permet à son tour d’analyser le groupe de personnes ainsi reliées. En effet, dans un contexte où les liens familiaux ne sont plus déterminés à l’avance par la position des individus dans la généalogie (fils de, père de, sœur de…), mais où ils sont de plus en plus électifs, la manière dont la famille aménage ses territoires en se concentrant en un lieu ou, au contraire, de manière dispersée en fonction de différents paramètres (affectifs, économiques, professionnelles, etc.) devient l’un des révélateurs majeurs du fonctionnement des liens familiaux. Étudier comment l’espace est associé à la dynamique des liens d’affinités permet d’analyser le rapport que les personnes entretiennent avec leur famille, celle qu’ils ont choisie, dans la mesure où la proximité géographique contribue à construire le lien social en facilitant les échanges et les rencontres (Bonvalet et al., 1999). Le concept d’entourage qui a montré son opérationalité pour comprendre la complexité et la diversité des liens familiaux actuels vise à élargir le groupe de référence de l’individu en tenant compte des parents, enfants non corésidents, conjoints et fratrie ainsi que de toutes les personnes avec lesquelles l’individu a corésidé à un moment de sa vie (Bonvalet et Lelièvre, 1995 ; Lelièvre et al., 1997). Ce concept fait intervenir trois dimensions : les liens de familiaux, le temps et l’espace avec le partage d’un même logement. Les liens affectifs qu’ils soient donnés par la filiation ou choisis et l’ensemble des échanges qu’ils induisent s’inscrivent dans la durée et dans un ou plusieurs territoires donnés. Cette notion d’échanges (de biens et/ou services) construit une appartenance commune qui crée des liens de réciprocité et des normes d’obligation. Trois types de temps sont à considérer : le temps historique, impliqué par le maintien des solidarités à travers la durée, ce en dépit des transformations structurelles des familles et de la société; le temps générationnel, impliqué par la primauté des échanges de type « vertical » (intergénérationnels) ; le temps biographique enfin, renvoyant au calendrier des trajectoires individuelles et aux étapes critiques requérant une mobilisation des solidarités et aux alternances de rôle des individus d’aidant à celui d’aidé. C’est la conjonction de ces trois niveaux de temporalité qui composent et recomposent sans fin les espaces sociaux et résidentiels où vont se déployer des solidarités «à géométrie variable » selon la configuration des modèles de famille. C’est en jouant dans la durée sur l’espace, les distances et les proximités que les individus façonnent ainsi leur entourage. En cela le projet phare explore les comportements intergénérationnels et les territoires qui leurs sont liés, les replace dans le temps et les compare non-seulement d’une époque à l’autre mais dans des contextes internationaux variés (Kempeneers et al., 2007).

Le projet se déploie en 3 axes : Axe 1.Trajectoires, parcours et âge de la vie Dans cet axe se côtoient des recherches méthodologiques concernant la modélisation des trajectoires individuelles, des travaux concernant la reconstitution sur le long terme (1911-1950) des histoires résidentielles et familiales : une analyse par génération et enfin sur le traitement des faits et perceptions, tournants biographiques et âges de la vie. Axe 2.Construction, évolution de l'entourage au long de la vie. Dans cet axe sont traités les questions de mesure et fonctionnement des espaces de vie des personnes ; de transmission professionnelle sur 3 générations et de redéfinition des rôles sociaux dans la famille étendue. Axe 3. Familles à distance, familles à temps partiel, mobilité et configuration spatiale des familles. Dans cet axe figurent deux projets l'un traitant de la reconfiguration des espaces familiaux et l'autre à partir du cas des navigantes et navigants du transport aérien s'intéresse aux arbitrages sexués travail/entourage.

Les projets s'appuient à la fois sur des enquêtes quantitatives (Biographies et entourage de 2001 et de l’enquête Famille et logements de 2011, mais aussi des enquêtes GGS, SHARE, des fichiers du personnel navigant d’une grande compagnie aérienne nationale mais également sur des entretiens qualitatifs ciblés. Outre les analyses statistiques et textuelles classiques, il faut noter que les travaux méthodologiques tiennent une place importante au sein du projet dont ils constituent un socle.

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