FECOND "Fécondité-Contraception-Dysfonctions sexuelles"

Le champ de la santé sexuelle et reproductive connait des évolutions considérables qui s’inscrivent dans un mouvement de médicalisation de la sexualité qui procède à la fois d’une modification des attentes sociales et du développement important de l’offre de soins. Dans le même temps, le contexte dans lequel les individus vivent leurs expériences sexuelles s’est sensiblement modifié, en raison notamment d'une diversification des trajectoires affectives et conjugales, ainsi que de l’irruption de l’épidémie de VIH qui a modifié les représentations des risques liés à la sexualité et a significativement changé les pratiques préventives.

Dans un tel contexte, les enjeux de la santé sexuelle et reproductive renvoient à la fois à des questions non résolues (350 000 grossesses non prévues chaque année dont 210 000 donnent lieu à une IVG, 15% de couples confrontés à des périodes d’infertilité, augmentation des IST dans certains sous groupes de la population) et à des problématiques émergentes telles que la gestion simultanée des risques contraceptifs et préventifs (IST, VIH), l’implication et la prise en charge des hommes, ou encore la prise en charge médicale des dysfonctions sexuelles qui restent peu explorées.

Dans la lignée des enquêtes sur la contraception conduite par l’INED en 1978, 1988 et 1994, et de l’enquête Cocon INSERM-INED (2000-2004), le projet FECOND, conduit par une équipe pluri-disciplinaire (sociologues, géographes, épidémiologistes, démographes et cliniciens) vise à étudier les évolutions des pratiques contraceptives et abortives en France tout en étendant les problématiques de recherche à d'autres questions de santé sexuelle et reproductive (infertilité, dysfonctions sexuelles, IST). Le caractère novateur de ce projet consiste à proposer une approche globale de l'analyse des enjeux contemporains en santé sexuelle et reproductive en restituant les différents événements étudiés au sein du parcours de vie des individus et en les étudiant du point de vue des différents acteurs impliqués (les femmes, les hommes et les professionnels de santé).

Dans cette perspective, le projet se structure autour de deux axes : un volet population générale (femme et homme) et un volet médecins.

1) L'enquête nationale représentative a été conduite auprès d'un échantillon aléatoire de femmes et d'hommes (n=8645), âgés de 15 à 49 ans vivant en France métropolitaine. Elle vise à étudier les connaissances et pratiques des individus en matière de gestion des risques liés à l’activité sexuelle, en considérant l’interaction entre les différents événements étudiés. L’enquête téléphonique explore ainsi la biographie contraceptive et génésique des individus, les périodes d’infertilité, les dysfonctions sexuelles et les modalités de leur prise en charge. L'enquête pilote de cette étude a été conduite en 2009 et l'enquête finale entre juin 2010 et janvier 2011.
2) L'enquête auprès des médecins généralistes (n=500) et gynécologues (n=500) vise à étudier leurs connaissances et leurs pratiques en matière de prise en charge de la contraception, de l'avortement, de l’infertilité, et des dysfonctions sexuelles. L'enquête pilote de cette étude a été conduite en collaboration avec le service des enquêtes de l'INED et vise à tester différents protocoles d'inclusion des médecins sur leurs taux de participation. Cette étude pilote ainsi que l'étude finale (dont le protocole a été déterminé en fonction des résultats issus du pilote méthodologique) se sont déroulées entre fin 2010 et septembre 2011. Par ailleurs, le programme FECOND présente une composante méthodologique importante, visant à éclairer la réflexion sur l’évolution des enquêtes en population générale dans un contexte d’érosion de la qualité et de la faisabilité des enquêtes classiques par téléphone.
Un dispositif en 4 temps a été conçu pour répondre à cette problématique.
Volet 1 (voir axe 1 ci-dessus) : enquête nationale de référence (juin 2010-janvier 2011) réalisée auprès d’un échantillon aléatoire national de 8645 personnes âgés de 15 à 49 ans interrogées par téléphone.
Volet 2 : enquête sur Internet fixe, auprès d’un panel non représentatif de 8000 volontaires internautes âgés de 16 à 49 ans, interrogés à partir du même questionnaire FECOND afin de tester la faisabilité d’un questionnaire complexe par Internet et de mesurer les écarts observés par rapport à l’enquête téléphonique de référence.
Volet 3 : essai randomisé auprès d’un échantillon aléatoire de 5000 personnes initialement recrutées par téléphone. Les objectifs sont de comparer les taux de participation, les qualités et les écarts des réponses selon le mode de collecte. Quatre groupes seront constitués et comparés : parmi ceux qui possèdent Internet chez eux, un tiers répondra par téléphone, un tiers par Internet, l’autre tiers ayant le choix ; le dernier groupe sera constitué des individus n’ayant pas Internet à leur domicile. Ce projet permettra pour la première fois de distinguer et de mesurer simultanément les effets de mode d’administration et de sélection en comparant systématiquement le téléphone à l’Internet fixe. Le questionnaire sera une version très abrégée du questionnaire FECOND (volets 1 et 2) et contiendra des questions sur d’autres thèmes sensibles (alcool, tabac, cannabis).
Volet 4 : Projet ELIPSS. Il représente la dernière étape de cette exploration méthodologique et consiste en la réalisation de l’enquête FECOND version abrégée, auprès de l’échantillon aléatoire représentatif de panelistes ELIPSS. Cette dernière phase vise à compléter la démonstration de la faisabilité des grandes enquêtes de santé publique nationale sur Internet tout en proposant une analyse fine des écarts de mesures observées, dans le contexte d’un sujet sensible, selon le mode de collecte, notamment avec le volet 3 pour ce qui est de l’Internet fixe vs mobile, mais aussi avec le volet 1 pour ce qui est du téléphone.

Ce projet vise à mieux comprendre les déterminants de la prise de risques liés à la sexualité et le rôle des différents acteurs impliqués (femmes, hommes et médecins). Il s’agit en particulier de mieux saisir l’implication des hommes dans les prises de décisions préventives (contraception, IST) et curatives (traitement de l’infertilité, IST, dysfonctions sexuelles) tout en identifiant leurs besoins spécifiques en termes de prise en charge. Les résultats permettront ainsi de proposer des recommandations en termes de réorganisation des services de santé et de campagnes de prévention qui leurs soient véritablement destinés.
Par ailleurs, la mise en perspective des pratiques et attentes des individus au regard des modalités de la pratique des médecins permettra de caractériser l’adéquation de la réponse médicale aux enjeux identifiés dans la population (contraception, infertilité, dysfonctions sexuelles).
Enfin, l’étude des pratiques médicales et leurs écarts éventuels aux recommandations dans ces domaines est une étape essentielle de l’évaluation de la qualité des soins, laquelle permet d’identifier les difficultés rencontrées par les soignants et leurs besoins en formation initiale et continue. Ces résultats serviront à alimenter la réflexion sur le contenu des formations médicales afin de répondre au mieux aux besoins de la population. Le volet méthodologique est un apport innovant de ce projet, qui au delà des recherches sur la santé sexuelle et reproductive vise à nourrir la réflexion sur l’évolution des enquêtes en population générale dans un contexte d’érosion de la qualité et de la faisabilité des enquêtes classiques par téléphone. Les bases de données, ainsi que le guide utilisateur, le protocole de l’étude, le questionnaire et le bilan de la collecte, seront accessibles à tous les chercheurs qui en feront la demande, passée une période de 2 ans pendant laquelle les chercheurs du projet FECOND auront seuls accès aux données de l’enquête.

Les analyses de l'enquête en population générale seront poursuivies dans les prochains mois et l'exploitation de l'enquête auprès des hommes va débuter. De même l'analyse des réponses fournies par les médecins va être poursuivie L'analyse méthodologique est conduite en parallèle.
Un premier article présentant la prévalence contraceptive en 2012 a été publié dans la revue Population et Sociétés en septembre 2012 et 3 articles sont soumis dans des revues internationales.

Participants