Avoir des enfants en France
Arnaud Régnier-Loilier
Les cahiers de l'Ined
N°159, 2007, 284 p., 25,50 €. n° ISBN 978-2-7332-0159-6
Préface d'Henri Leridon

Résumé (cliquez sur +)
Si de tout temps les hommes ont essayé de maîtriser leur fécondité, souvent à l'aide de techniques peu gratifiantes et plus ou moins efficaces (limailles de fer, gris-gris, coït interrompu, etc.), l'arrivée de la pilule et du stérilet dans les années 1970 a profondément modifié les comportements et le rapport à l'enfant. Sans remettre en cause leur désir d'enfants, les femmes ont trouvé dans les tech-niques modernes de contraception la possibilité de se réaliser autrement, dans les domaines professionnel, relationnel, affectif par exemple.
La protection contraceptive est aujourd'hui presque totale en France (environ 97 %). Principalement féminine, elle se caractérise aussi par sa permanence tout au long du cycle de la femme. Dès lors, le souhait d'avoir un enfant nécessite une démarche volontaire et réfléchie : prendre la décision d'arrêter toute contraception. Mais une certaine ambivalence subsiste : l'usage de la contraception est devenu si naturel, comme allant de soi, que les couples interrogés n'ont pas toujours le sentiment d'adopter un comportement stratégique. Par ailleurs, la réalité de l'enfant programmé, planifié, va à l'encontre de la perception qu'ils se font de ce que doit être la reproduction, un acte naturel et désintéressé. Pourtant, la pratique contraceptive actuelle implique nécessairement une rationalisation des comportements féconds.
Pour comprendre les tenants et les aboutissants de ce thème, l'auteur a découpé son ouvrage en 6 chapitres.
• Le premier s'intéresse à l'étude des comportements de fécondité à travers les âges, laquelle permet de justifier une approche stratégique pour la période contemporaine.• Que les couples parviennent ou non à planifier la naissance de leurs enfants comme ils le souhaitent, qu'ils rencontrent ou non des obstacles dans la réalisation de leurs projets (difficultés à concevoir, échec de contraception, etc.), leurs comportements sont de manière générale toujours plus ou moins rationalisés (chapitre 2).
• Dès lors, l'auteur se demande quelles sont les stratégies en jeu dans la planification des naissances. De manière descriptive d'abord, il s'intéresse aux conditions préalables à l'entrée en parentalité (chapitre 3). Qu'est-ce qui décide les couples à concevoir un premier enfant ? Pourquoi à ce moment-là, pourquoi pas plus tard ni plus tôt ? Les motivations avancées n'en cachent-elles pas d'autres ?
• Par ailleurs, puisque très peu de couples souhaitent avoir seulement un enfant, la question de la planification se repose pour chaque naissance. Plus encore, dans la mesure où la durée de gestation est connue de tous (arrondie à 9 mois), il est possible que certains couples prêtent une attention particulière à choisir la période de naissance dans l'année. Le chapitre 4 étudie ainsi les motivations des couples à planifier leur reproduction, du choix de l'espacement au choix du signe astrologique.
• Pour expliquer ces comportements, l'auteur va ensuite au-delà des justifications que les discours proposent d'emblée et explore deux pistes complémentaires. La première repose sur l'hypothèse que les projets sont le reflet d'expériences de vie, donc qu'ils s'enrichissent au cours de l'existence (chapitre 5). Cette thèse permet de rendre compte du fait que les projets se redéfinissent à mesure que la descendance se constitue, qu'ils s'ajustent aussi bien du point de vue du nombre souhaité d'enfants qu'au niveau calendaire.
• La seconde piste explorée par l'auteur consiste à considérer la fécondité comme un mode possible d'identification sociale parmi d'autres et laisse à voir deux types de stratégies différentes : la première consiste à ajuster sa carrière professionnelle en fonction de ses souhaits familiaux ; la seconde vise à adapter ses comportements de fécondité à ses ambitions professionnelles (chapitre 6).
En s'appuyant d'une part sur le témoignage de 45 couples interrogés par entretien et, d'autre part, sur des données statistiques, l'auteur aborde à travers une approche à la fois sociologique et démographique, un sujet passionnant et d'actualité face aux mutations familiales récentes. La situation démogra-phique française est aujourd'hui source d'étonnement et jalousée par nos voisins européens puisque le pays enregistre en 2006 le plus fort taux de fécondité d'Europe (2 enfants par femme), faisant ainsi figure d'exception.

Sommaire (cliquez sur +)
- Préface d'Henri Leridon
- Introduction
- Chapitre 1
De la non-maîtrise de la fécondité à la planification des naissances Avant le XVIIIe siècle. Une fécondité dite « naturelle » ?À partir du XVIIIe siècle, une fécondité de plus en plus dirigéeAvec la contraception médicale, l'infécondabilité devient la norme - Chapitre 2
Programmer les naissances : un comportement pas si facile à admettreLes couples stériles face à la planification des naissancesLe déni du calculLa revendication du « naturel » dans la fécondité contemporaine - Chapitre 3
L'entrée en parentalitéMariage et fécondité, quel lien ?Stabilité matérielle, condition nécessaire ou alibi du report ?Profiter de la vie de couple avant d'avoir des enfants - Chapitre 4
Du choix de l'espacement entre les naissances au choix du signe astrologiqueEspacement entre les naissancesRépartition des naissances dans l'année - Chapitre 5
Les stratégies, reflets d'expériences ?Combien d'enfants dans la famille ?Quand avoir ses enfants ? - Chapitre 6
Entre vie familiale et vie professionnelle : quelles stratégies ?Identité sociale des femmes en France : entre activité et maternité
Ajustement de l'activité professionnelle au projet de fécondité
Ajustement de la fécondité au projet professionnel - Conclusion
- Annexes
- Références bibliographiques et sources statistiques






