Longevity and ageing in good health

This two-part project analyses trends in longevity among the oldest old—centenarians and over (aged 110 or more)¬ and changes in and determinants of health in ageing populations.

The section on longevity focuses on mortality of the oldest old in developed countries (shape of mortality curves, population heterogeneity, trends in highest life expectancies, how long longevity records last).

Another focus is mortality indicators may be used to account for new dynamics at oldest old ages (median length of life, measuring dispersion in length of adult life, ageing rates). The studies conducted in these two areas aim to shed new light on the pace of mortality increase with age at extreme ages, as there are few clear indications on this point and it continues to elicit considerable scientific debate. Another aim is to develop indicators specifically adapted to the current context of increased longevity.

In the section on various types of ageing we will also identify and analyse healthy life expectancy indicators (disparities between and within countries by sex and social category) and analyse determinants of health and social participation at both the individual and contextual (e.g., health policy) levels. This section aims to describe the populations’ situations and needs and to shed light on explanatory mechanisms and processes while furthering methodological research on population mortality and health measurement.

The component studies will be conducted in close collaboration with our European, North American and Chinese colleagues, including Robert Bourbeau, Amélie Carrère, Siu Lan Karen Cheung, Maude Crouzet, Bertrand Desjardins, Viorela Diaconu, Shiro Horiuchi, Julie Landes, Triffon Missov, Wilma Nusselder, Herman Van Oyen, Samuel Pavard, Michel Poulain, Jean- François Ravaud, Alexander Scheuerlein, Aïda Solé-Auró, and John R. Wilmoth

La baisse de la mortalité, particulièrement concentrée aux âges élevés au cours des dernières décennies, a induit un allongement de la durée de vie et un formidable accroissement des effectifs de population aux grands et très grands âges.

A l’échelle individuelle comme à l’échelle de la population, cette évolution a des implications sociales, familiales, économiques et en matière de santé.

En France, les plus de 90 ans qui sont au nombre de 700 000 aujourd'hui devraient être trois fois plus en 2060, d’après le scénario central des dernières projections de l’INSEE. Cependant, les prévisions les concernant sont doublement imprécises. D’une part, les mesures de la mortalité aux âges élevés sont souvent sujettes à des incertitudes importantes en raison de problèmes d’exagération des âges. De plus, par les moyens classiques, on observe très mal la mortalité à ces âges, non seulement parce que les effectifs par année d’âge sont trop faibles pour suivre annuellement la mortalité sans se heurter à d’importantes fluctuations aléatoires, mais surtout parce que les théories actuelles sur la longévité humaine laissent sans réponse la question de savoir si elle se limite aux 122,4 ans de Jeanne Calment ou si elle est susceptible d’évoluer et d’élargir d’autant les perspectives de développement du nombre de supercentenaires.

Pour la première partie de ce projet, nous cherchons ainsi à décrire la forme de la courbe de mortalité aux très grands âges à partir de données que nous avons préalablement validées, à explorer les fondements théoriques de cette trajectoire et à savoir si les limites de la longévité humaine pourront encore être repoussées beaucoup. Pour mieux comprendre les ressorts de la baisse de la mortalité aux très grands âges, une attention particulière est portée au choix des indicateurs les plus pertinents pour résumer les dynamiques spécifiques qui caractérisent cette baisse.

La France présente des espérances de vie aux grands âges particulièrement élevées, mais on s'interroge sur la qualité de ces années de vie. Dans une seconde partie de ce projet, nous chercherons à savoir dans quelle mesure les plus âgés doivent leur plus grande survie en France à une meilleure santé ou à une réduction généralisées des risques de mortalité, y compris parmi les personnes malades.

Nous étudions les diverses formes de vieillissement, à travers l’analyse des évolutions et des disparités d’espérance de vie en santé, et des circonstances de ces vieillissements (modes de prise en charge, impact des politiques publiques).

(1.1) Forme de la courbe de mortalité aux très grands âges et possibles limites de la longévité humaine : ces travaux visent à estimer les risques de décès aux âges très élevés en s’appuyant sur des données empiriques validées. Au-delà d’une meilleure connaissance des niveaux, les résultats apporteront un éclairage inédit sur la courbe de mortalité au- delà de 90 ans, dont la forme reste encore largement imprécise et donne lieu à d’importants débats scientifiques autour des possibles limites à la vie humaine. À partir de ces résultats, il sera possible de formuler des hypothèses d’évolution de la mortalité aux âges élevés pour mieux estimer l’espérance de vie, ses perspectives d’évolution et améliorer les projections de population.

⇒ Les supercentenaires et semi-supercentenaires (Meslé, Ouellette, Robine, Vallin) ; La mortalité à partir de 90 ans au Canada, en Belgique et en France (Meslé, Ouellette, Robine, Vallin); Mortalité et hétérogénéité de la population (Brouard) ; Tables de mortalité par génération pour la France (Meslé, Ouellette, Vallin)
⇒ Les tendances de l’espérance de vie maximale (Camarda, Meslé, Vallin) ; La pérennité des records individuels de durée de vie (Ouellette)

(1.2) Les indicateurs de longévité et les développements actuels ou récents : au cœur des recherches sur la mortalité aux grands âges se pose la question des indicateurs les mieux à même de refléter les dynamiques spécifiques qui les caractérisent. Des débats se sont ouverts sur la nécessité d’accompagner les indicateurs d’espérance de vie d’indicateurs autres, notamment l’âge modal au décès qui concerne tout particulièrement la survie aux âges avancés. Les objectifs sont donc de s’appuyer sur des données historiques et internationales pour montrer la pertinence des différents indicateurs. Les distributions durées de vie individuelles pouvant varier considérablement dans le temps, dans l’espace et encore davantage d’une espèce à l’autre, des comparaisons entre populations humaines et non humaines visent à mieux documenter et comprendre les différences observées en matière de longévité et de vieillissement.
⇒ L’âge modal au décès : la culture de l’indicateur (Ouellette, Robine) ; les causes de décès (Camarda, Ouellette) ; les écarts entre les sexes (Camarda, Meslé, Ouellette, Vallin)
⇒ La longévité des populations humaines et non humaines : le projet DATLife (Camarda) ; comparer les distributions des durées de vie des espèces (Camarda, Ouellette, Pison, Robine)
⇒ Le taux de vieillissement (Camarda)

(2.1) Les espérances de vie en santé en France et en Europe : le projet s’attachera à traiter l’ensemble des nouvelles données d’incapacité disponibles en France pour mettre à jour les estimations d’espérance de vie sans incapacité et déterminer les nouvelles tendances et les disparités selon le sexe et le statut social. Il s’agira également de fournir pour la première fois des indicateurs pour les DOM. Enfin, dans le cadre de projets européens, il s’agira de poursuivre l’analyse des indicateurs « Healthy Life Years » de la Communauté Européenne.
⇒ Les estimations d’espérances de vie en santé : nouvelles tendances en France (Cambois, Robine, Thévenin) ; les disparités entre les sexes (Cambois, Robine) ; les inégalités sociales (Cambois, Robine, Camarda, Bricard) ; les indicateurs dans les départements d’Outre- mer (Breton, Cambois, Marie) ; « Années de vie en bonne santé » de l’Union Européenne (Cambois, Robine)
⇒ Réflexions méthodologiques : Comparabilité des mesures d’incapacité dans les enquêtes (Cambois, Robine) ; modélisation des transitions entre états de santé et mortalité (Brouard); suivi de mortalité de l'enquête HID (Brouard)

(2.2) Les circonstances des vieillissements différenciés : dans ce projet, les travaux viseront à comprendre les évolutions et disparités en matière de vieillissement en bonne santé à travers l’analyse des déterminants individuels et contextuels de l’incapacité en France et en Europe. Il s’agira aussi dans ce cadre d’aborder les questions de prise en charge des situations de dépendance.
⇒ Inégalités sociales face à l’incapacité en Europe et politiques publiques (Cambois, Robine) ; Vieillissements et infrastructures dans les DOM (Breton, Cambois, Marie)
⇒ Incapacité, dépendance et prise en charge en France : déterminants individuels et institutionnels du maintien à domicile en France (Cambois, Jusot) ; les années à vivre en situation de dépendance (Bonnet, Camarda, Cambois, Ouellette).
Réflexions méthodologiques : Comparabilité des mesures d’incapacité dans les enquêtes (Cambois, Robine) ; modélisation des transitions entre états de santé et mortalité (Brouard); suivi de mortalité de l'enquête HID (Brouard, Giudici)

Le volet longévité mobilise des données issues de grandes bases internationales spécialisées, notamment de bases que les chercheur-es de l’unité MSE contribuent à alimenter et à diffuser dans le cadre de ces projets : DATLife (pour Demography of Aging across the Tree of Life), International Database on Longevity, Les causes de décès en France (CépiDC – Inserm), Human Mortality Database. Les analyses sur la mortalité aux très grands âges s’appuient aussi sur des données nominatives sur les décès de semi-supercentenaires et supercentenaires fournies par les instituts statistiques et issues de l’État civil pour le Québec, du Registre de la population pour la Belgique et du Répertoire national d’identification des personnes physiques (RNIPP) pour la France.

Les méthodes d’exploitation des données relèvent principalement de la démographie et la statistique. Les méthodes de démographie historique servent par exemple pour la validation des âges des personnes réputées décédées à 105 ans ou plus. Des techniques d’analyse démographique sont utilisées, notamment pour la reconstitution des effectifs des populations soumises au risque de décéder aux âges avancés, pour les calculs de taux divers et la construction de tables de mortalité du moment ou par génération. Des méthodes statistiques avancées permettent quant à elles de modéliser divers processus stochastiques, comme l’évolution de l’âge au décès le plus élevé atteint dans les générations (théorie des valeurs extrêmes), le nombre de décès par âge compte tenu du nombre de personnes soumises au risque de décéder (modèles de régression non linéaire) et la trajectoire du rythme d’accroissement absolu ou relatif de la mortalité avec l’âge (analyse fonctionnelle).

Le volet sur les diverses formes de vieillissement s’appuie sur des enquêtes en population nationales (HSM-HSI, ESPS, CARE) et internationales mesurant l’état de santé et les conditions de vie (EU-SILC, SHARE). Ces données sont combinées aux tables de mortalité basées sur les données d’état civil, fournies par les instituts statistiques ou les bases de données mentionnées ci-dessus. Ce projet s’appuiera aussi sur des sources administratives notamment pour l’analyse de la prise en charge de la dépendance.

Les méthodes relèvent de différentes disciplines : les méthodes démographiques, notamment pour ce qui est de la production des indicateurs d’espérances de vie en santé, mais aussi de la statistique et de l’économétrie pour ce qui est de l’analyse des données d’enquêtes (analyses longitudinales, multi- niveau, « matching »).