Data and indicator quality in Southern countries: evaluation and improvement

Due to statistical weaknesses, the demographic situation of Southern countries and changes in it are not very well known. This key project
--evaluates the sources for information used in demographic estimates, the indicators derived from them and the international databases constructed on the basis of those measurements,
--suggests new indicators or data collection methods and checks whether they improve estimates,
--constructs new databases and makes them available for use.
There are two parts to the project:
--Cross-checking and combining of sources. Evaluating the quality of civil registries and national surveys and censuses in Senegal, Mali and North African countries, mainly by cross-checking and combining sources.
--Using international databases. Evaluating existing databases, developing new ones and making them available.

Depuis une trentaine d’années, notamment grâce aux programmes des enquêtes démographiques et de santé, les données démographiques disponibles dans les pays du Sud se sont considérablement développées. En dépit d’un état civil lacunaire, la plupart des pays disposent ainsi de plusieurs recensements et de plusieurs enquêtes démographiques permettant d’examiner les tendances démographiques depuis les années 1960. Pourtant, la situation est loin d’être satisfaisante, en raison des incertitudes sur la qualité des données et des estimations qui en résultent. Après avoir été mises en sourdine, les questions méthodologiques liées à la production des données et des indicateurs font l’objet d’un regain d’intérêt depuis une dizaine d’années. Une des raisons réside dans les tendances atypiques observées en Afrique (retard et ralentissement de la baisse de la fécondité, irrégularités dans la baisse de la mortalité des enfants…) qui se sont parfois avérées fallacieuses ou accentuées par les biais des données. Le besoin de connaissances sur la qualité des sources d’information et des biais les affectant est particulièrement aigu aujourd’hui, alors que la communauté internationale vient de se fixer de nouveaux objectifs pour 2030 (les Objectifs de développement durable), et discute des indicateurs à retenir pour en suivre la réalisation. Il conviendrait de tirer les leçons de l’expérience des objectifs du millénaire pour le développement (OMD), l’édition précédente des ODD, afin de ne pas répéter les erreurs du passé. Par exemple, parmi les huit objectifs du millénaire pour le développement, le 5ème visait à réduire la mortalité maternelle de trois quarts entre 1990 et 2015. L’objectif était certes louable, mais pour beaucoup de pays, notamment ceux où la mortalité maternelle est la plus élevée, on est dans l’incapacité aujourd’hui de savoir si l’objectif a ou non été atteint, en raison des difficultés de mesure de la mortalité maternelle faute de données suffisamment fiables.

Ce projet phare vise à améliorer la situation afin d’être mieux à même de décrire les niveaux et tendances démographiques et comprendre les facteurs de progrès, en :
• évaluant les sources d’information à l’origine des estimations démographiques dans les pays du Sud, les indicateurs qui en sont dérivés, et les bases de données internationales bâties à partir de ces mesures,
• proposant de nouveaux indicateurs ou de nouvelles méthodes de collecte, et vérifiant s’ils améliorent les estimations,
• en contribuant à la construction et à la mise à disposition de nouvelles bases de données.

Ce projet se décompose en deux ensembles.

Le premier regroupe les recherches évaluant les trois grands types d’information à l’échelle nationale que sont l’état civil, les recensements nationaux et les enquêtes nationales, en utilisant principalement le croisement de sources au niveau national et local. Les travaux se situent dans trois pays ou régions d’Afrique : le Sénégal, le Mali et les pays du Maghreb.
• Les données des recensements nationaux : cohérences des déclarations et mécanismes de distorsion. L’appariement des données individuelles issues de recensements nationaux et des observatoires de population permet de mettre en évidence les erreurs de déclarations, les catégories d’individus les plus touchées et d’en explorer les origines. Sont ainsi examinées les déclarations sur les âges, la survie des parents, la relation au chef de ménage, la disponibilité d’un acte de naissance, les contours des ménages, et aussi les omissions… Les corpus de données portent sur les trois observatoires de population du Sénégal (Bandafassi, Mlomp, Niakhar) appariés avec les deux derniers recensements nationaux (2002 et 2013), et un site de suivi démographique au Mali (Slam), appariant les quatre recensements nationaux (1976, 1987, 1998 et 2009) et cinq recensements locaux.
• Les conséquences des erreurs de déclarations sur les estimations démographiques et les indicateurs de pauvreté. Les données des observatoires sénégalais seront en particulier mobilisées pour évaluer les déclarations sur la survie des frères et sœurs recueillies par les enquêtes nationales, et les estimations de mortalité qui en sont dérivées (mortalité générale, mortalité maternelle, mortalité violente…). Une autre déclinaison (Mali, Sénégal) portera sur l’effet des omissions et des délimitations variables des ménages sur l’enregistrement des individus en situation de vulnérabilité. Enfin, dans le cas des pays du Maghreb, on examinera la validité des âges au premier mariage estimés à partir des proportions de célibataires à différents âges telles qu’observées dans le recensement (méthode de Hajnal), la méthode supposant que la nuptialité soit stable, alors qu’au Maghreb, l’âge au mariage a beaucoup changé au cours des dernières décennies.
• L’évaluation de nouvelles méthodes de collecte. Les observatoires permettent aussi d’avoir un recul critique sur les concepts classiques et d’évaluer de nouveaux questionnaires. Les observatoires sénégalais seront ainsi un terrain pilote pour tester de nouvelles versions du questionnaire EDS, tandis que l’enregistrement d’indicateurs de mobilité religieuse est expérimentée sur le site malien.

Le second sous-projet rassemble les travaux sur les bases de données internationales :
• Finalisation et mise à disposition d’une base de données sur la nuptialité en Afrique, réunissant les statistiques des recensements et enquêtes nationales réalisées sur l’ensemble des pays africains depuis 1950,
• Contribution aux nouvelles statistiques mondiales de l’avortement de l’OMS élaborées à partir de nouveaux critères en matière de sécurité de l’avortement et en utilisant des modèles,
• Élaboration d’une base de données sur la mortalité adulte en Afrique sub-saharienne croisant les estimations issues des informations sur les orphelins, les frères et sœurs, et les décès des 12 derniers mois dans les ménages recensés,
• Évaluation des bases de données internationales sur les migrations, enquête sur les définitions en matière de migrations utilisées par les recensements et les enquêtes et la façon dont elles sont appliquées.

Les recherches rassemblées dans ce projet ont en commun de mobiliser différentes sources de données, relevant de la statistique nationale (recensements, enquêtes, état civil) ou de collectes particulières (enquêtes et suivis de population). Le premier volet mobilise ces données dans une perspective méthodologique, en croisant plusieurs sources indépendantes. Au Maghreb, ce sont les indicateurs tirés de l’état civil et des recensements qui sont comparés aux résultats des enquêtes, pour affiner, relativiser ou conforter les tendances de la fécondité et de la nuptialité. Au Sénégal et au Mali, le croisement des sources se réalise à l’échelle individuelle, en confrontant, grâce à un partenariat avec la statistique nationale, les données des recensements nationaux à celles recueillies depuis plusieurs décennies dans des zones d’études particulières. Ces « observatoires de population» (également désignés sous le terme de « sites de suivi démographique ») sont des dispositifs de collecte suivant la population entière de zones particulières (ensemble de villages) en recueillant de façon régulière des informations sur les événements (naissances, décès, mariages, migrations) qui s’y produisent. Quatre sites ruraux figurent dans ce projet : les sites sénégalais de Bandafassi (créé en 1970, 14.000 hab.), Mlomp (créé en 1985, 8.000 hab.), Niakhar (créé en 1962, 45.000 hab.) et le site malien Slam (créé en 1988, 4.300 hab.). En raison de la longue durée du suivi et du soin mis à la collecte, ces observatoires fournissent des informations de qualité sur chaque personne – sa date de naissance, ses unions, ses naissances, ses migrations…, – auquel s’ajoutent, selon les sites, des données complémentaires comme des généalogies, des biographies…. Les données de chaque observatoire, une fois appariées avec celles de recensement ou d’enquête, fournissent une base de comparaison fiable pour vérifier la qualité des données des opérations nationales. La comparaison des informations recueillies par un recensement ou une enquête avec celles détenues par un observatoire concernant chaque ménage et chaque individu permet de repérer les différences et d’étudier les erreurs et biais concernant : - la composition du ménage (notamment les omissions de membres du ménage), - l’âge ou la date de naissance de chaque personne recensée, - la survie de son père, la survie de sa mère, etc… Le deuxième volet du projet, axé sur les bases de données internationales s’appuie exclusivement sur des données représentatives à l’échelle nationale (recensements et enquêtes). Il mobilise des bases d’indicateurs existantes (bases des Nations unies, de l’OMS…) ou contribue à leur construction et leur évaluation, en centralisant des statistiques publiées ou en réalisant des exploitations secondaires d’enquêtes et de recensements.

List of participants