School paths and mobilities

En 1962, l’INED, sous l’impulsion de Alain Girard et de Henri Bastide, a été précurseur dans l’étude des trajectoires éducatives en réalisant une enquête longitudinale sur près de 20 000 élèves sortants du cycle élémentaire (fin de CM2) durant dix ans. Cette enquête inédite a permis d’établir un certain nombre de résultats devenus incontournable en sociologie de l’éducation concernant le rôle de l’origine sociale sur les choix d’orientation et la réussite à l’école. Ces résultats ont par la suite été confirmés par de nombreux travaux sociologiques (voir Blanchard et Cayouette-Remblière, 2016 pour une revue de littérature). Par la suite, la littérature en sciences sociales a mis en évidence de très nombreuses reprises le fait que l’ouverture de l’école à de nouveaux publics cache de nombreuses inégalités, voire discriminations. La sociologie a bien montré que le contexte familial et la composition du public scolaire jouaient un rôle majeur sur la réussite scolaire. Les inégalités sociales face à l’éducation font ainsi l’objet d’une littérature abondante dans le prolongement du travail précurseur de Bourdieu et Passeron (1964 ; 1970). Qu’il s’agisse de l’enseignement secondaire ou supérieur, les recherches mobilisent souvent l’entrée par les trajectoires pour rendre compte des choix éducatifs, des différences de réussite, des phénomènes de décrochage. Néanmoins, les travaux ayant recours à une analyse longitudinale sur des cohortes ou des panels d’élèves demeurent relativement rares. Dans ce contexte, ce projet a pour but est de développer des travaux utilisant une perspective longitudinale pour analyser les déterminants des trajectoires éducatives. Ce faisant, ils portent une attention particulière aux mobilités géographiques et mobilités et immobiliers sociales.

L'objectif de ce projet est de comprendre les déterminants des trajectoires éducatives. Il se décline en trois axes spécifiques ainsi qu’un axe transversal. Un premier ensemble de travaux se centre sur le cas de l’enseignement secondaire en France et analyse l’évolution des performances scolaires de la 6e à la 3e en fonction de l’origine sociale et migratoire mais également de la diversité des territoires éducatifs, saisis à la fois par leur appartenance ou non à l’éducation prioritaire ainsi que par la taille de l’unité urbaine à laquelle ils sont rattachés. Dans la lignée des travaux d’Y. Alpe (Alpe et Fauguet, 2008) mais aussi de S. Broccolichi, C. Ben Ayed, D. Trancart et C. Mathey-Pierre (2010), cette recherche déconstruit le handicap que prête le sens commun à l’école rurale et montre les effets délétères de la ségrégation en zone urbaine dense. Un second ensemble de recherches saisit la reproduction sociale à travers une étude croisée de cas de familles, appartenant aux fractions stables des classes populaires et aux petites classes moyennes rurales, mobilisées scolairement. En analysant leurs trajectoires scolaires et géographiques au moment des études supérieures, ces recherches entendent questionner le rôle de la famille mais également des affects dans les mobilités sociales et territoriales. Un troisième axe de nos travaux se focalise sur la transition entre formation et insertion professionnelle : en portant une attention particulière à la transition vers l’âge adulte et aux vulnérabilités qui y sont associées, ces travaux cherchent à reconstituer les trajectoires des jeunes après la fin de leurs études. Enfin, ont été menés et se poursuivent des travaux transversaux qui, tout en prenant tous pour objet l’analyse sociale et géographique des trajectoires scolaires, font dialoguer disciplines (sociologie, géographie, démographie, économie, philosophie…) et niveaux scolaires (du primaire au supérieur). Ceux-ci ont jusque lors pris la forme de journées d’études, de séminaires et de publications collectives. Voir notamment : https://www.ined.fr/fichier/s_rubrique/28321/dt 241_education_inegalites.fr.pdf

Les recherches inclues dans ce projet ont en commun d’approcher les scolarités avec une perspective longitudinale. D’un point de vue méthodologique, cela implique de mobiliser soit des données de panels (« Panel d’élèves du second degré » de la Direction de l'Évaluation de la Prospective et de la Performance (DEPP), « Système d'Information sur le Suivi de l'Étudiant » (SISE) et « Application de Gestion du Logement et de l'Aide à l'Étudiant » (AGLAE) du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche, enquêtes « Génération » du CEREQ), soit des enquêtes qualitatives de longues durées impliquant notamment des entretiens répétés au sein des mêmes familles et auprès des mêmes étudiants. Les territoires couverts par ces enquêtes sont variés et les départements moins urbanisés y tiennent une place centrale.