Études, orientation, emploi : une génération durablement fragilisée, cinq ans après la pandémie

Communiqué Publié le 08 Janvier 2026

Cinq ans après le début de la pandémie de Covid-19, que reste-t-il de ses effets indirects sur les parcours des jeunes en France ? À l’occasion de la publication des résultats de la chaire « Covid-19 et éducation », financée par le Conseil régional d’Île-de-France, l’Ined met en lumière les effets durables de la crise sanitaire sur les trajectoires éducatives et professionnelles des jeunes. Cette chaire est portée par Léonard Moulin, chercheur à l’Ined. Les publications issues de ces travaux apportent des éléments clés pour comprendre comment un choc sanitaire inédit a reconfiguré, parfois de manière durable, les trajectoires éducatives et professionnelles des jeunes générations, de l’école primaire jusqu’à l’entrée dans la vie professionnelle.

Les analyses reposent sur des données italiennes pour les parcours pré-bac (élèves scolarisés au primaire et au collège en 2020-2021) et sur des données françaises pour les trajectoires post-bac, de l’orientation à l’entrée sur le marché du travail. Ensemble, ces travaux permettent de mieux comprendre comment un choc sanitaire et les réponses publiques qui l’ont accompagné ont reconfiguré, parfois durablement, les parcours des jeunes générations.

Des pertes d’apprentissage persistantes, plus marquées chez les filles et dans certains territoires

En Italie, les fermetures d’établissements scolaires et le recours massif à l’enseignement à distance décidés au printemps 2020 ont entraîné des pertes d’apprentissage significatives, notamment en lecture et en mathématiques, chez les élèves scolarisés au primaire et au collège au cours des années 2020/2021 et 2021/2022.  Ces résultats s’appuient sur des données italiennes, issues d’un système éducatif comparable à celui de la France. Les analyses montrent que ces effets ne se sont pas entièrement résorbés après le retour en présentiel : deux ans plus tard, des baisses de performance restent observables chez les élèves exposés à la crise sanitaire, dans des proportions comparables dans le primaire et le secondaire. Les résultats soulignent également des effets différenciés selon le sexe, les filles apparaissant plus durablement affectées en lecture, ainsi que des écarts territoriaux marqués, liés aux capacités inégales d’adaptation des établissements.

Par ailleurs, une part importante des enseignants n’a pas pu mettre en place rapidement des cours en ligne, en particulier dans les établissements les moins structurés sur le plan du pilotage numérique, limitant de fait l’accès des élèves à une continuité pédagogique effective.

Orientation post-bac : des choix plus prudents face à l’incertitude

En France, les décisions d’orientation des lycéens scolarisés en terminale au moment de la crise sanitaire ont également été affectées par le contexte d’incertitude créé par les mesures de confinement et de fermeture des établissements. L’exploitation des données de Parcoursup met en évidence une recomposition des portefeuilles de vœux, marquée par une hausse des candidatures vers les filières sélectives et structurées, comme les classes préparatoires, et un recul relatif des licences générales et de certaines formations professionnalisantes. Dans un contexte d’incertitude accrue, les classes préparatoires ont pu être perçues par les candidats et leurs familles comme des parcours plus sécurisants à long terme, du fait de leur encadrement renforcé et de leurs débouchés identifiés. À l’inverse, les licences générales, plus ouvertes et moins structurées, ont pu apparaître comme plus risquées face à un environnement dégradé. Les filières scientifiques et techniques gagnent du terrain, traduisant un recentrage vers des parcours perçus comme plus sûrs sur le plan professionnel, au prix d’un renforcement des inégalités sociales et de genre dans l’accès aux formations les plus sélectives.

Décrochage universitaire : un choc durable pour les premières années

À la suite des perturbations liées aux confinements et à la fermeture des campus en France, les travaux montrent une augmentation nette du risque d’abandon des études universitaires au moment de la crise sanitaire, en particulier chez les étudiants inscrits en première ou deuxième année. La probabilité de se réinscrire à l’université l’année suivante recule de près de 4 %. Cet effet, d’une ampleur comparable à une décennie de baisse tendancielle des réinscriptions, touche plus fortement les étudiants en début de parcours universitaire, les hommes, les étudiants étrangers et ceux inscrits dans certaines filières (notamment en économie-gestion et en lettres et arts). Les analyses indiquent également que la sévérité des politiques de confinement locales a pesé sur les comportements de poursuite d’études.

Entrée sur le marché du travail : un impact limité, mais plus marqué pour les plus précaires

En France, sur le plan professionnel, la crise sanitaire a entraîné une baisse temporaire de l’emploi des jeunes sortant de formation entre 2016 et 2017. Lors du premier confinement, la probabilité d’être en emploi de ces jeunes, principalement âgés de moins de 30 ans, recule alors d’environ 3 %. Cet impact reste toutefois plus limité qu’observé dans d’autres pays, suggérant un effet amortisseur des politiques publiques françaises de soutien à l’emploi. Les jeunes en contrats courts et certains diplômés du secteur tertiaire ont été les plus exposés, tandis que les diplômés de la santé ont bénéficié d’une plus grande résilience.

INFORMATIONS-CLÉS

Apprentissages :

  • Pertes d’apprentissage significatives en lecture et en mathématiques, persistantes jusqu’à deux ans après la crise
  • Écarts de genre creusés : les filles plus affectées en lecture

Enseignement supérieur :

  • Hausse des candidatures vers les filières les plus sélectives (CPGE), baisse dans les licences générales
  • +3,7 % d’abandons universitaires en 2020-2021 (équivalent à 10 ans de baisse cumulée)
  • +3,8 % d’abandons supplémentaires dans les départements en « zone rouge », les plus touchés par l’épidémie

Insertion professionnelle :

  • -3 % de probabilité d’être en emploi durant le premier confinement
  • Jeunes en contrats courts les plus exposés

Pris ensemble, ces résultats dressent le portrait d’une génération confrontée à des ruptures durables dans ses trajectoires éducatives et professionnelles. Ils soulignent l’importance de politiques publiques ciblées sur les moments clés des parcours : lutte contre les pertes d’apprentissage, pilotage de la politique numérique à l’école, accompagnement renforcé de l’orientation post-bac, prévention du décrochage universitaire et sécurisation des premières expériences professionnelles. À l’heure où les systèmes éducatifs et le marché du travail restent exposés à de nouveaux chocs, ces travaux apportent des éléments essentiels pour éclairer les choix publics en matière d’éducation, de jeunesse et d’égalité des chances.