Félicitation à Alice Olivier pour sa thèse

30 Novembre 2018

Étudiants singuliers, hommes pluriels. Orientations et socialisations masculines dans des formations « féminines » de l’enseignement supérieur

Comment expliquer les parcours atypiques ? Prenant pour objet les hommes qui s’orientent vers des formations dites « féminines » de l’enseignement supérieur, cette thèse s’intéresse à la production de l’atypisme et aux socialisations sexuées. Elle fait ainsi dialoguer la sociologie de l’éducation, de la socialisation et du genre. Elle repose sur une double étude de cas des formations de sage-femme et d’assistant·e de service social, dans lesquelles une enquête multi-méthodes alliant entretiens, observations et analyses statistiques a été menée.

Alors que la littérature sur les trajectoires atypiques des femmes insiste sur le rôle des dispositions, cette étude de dominants en situation de minorité numérique montre l’importance des contextes. Nombre d’hommes « atypiques » ne sont pas les plus disposés à opter pour une formation « féminine » : ce sont avant tout des logiques institutionnelles, relationnelles et économiques qui encouragent ce choix, même si les schèmes d’action individuels – en termes de classe et de genre notamment – opèrent également de façon déterminante. Une analyse typologique articulant ces variables contextuelles et dispositionnelles révèle plus précisément quatre logiques à l’origine de ces orientations atypiques : la souplesse, l’ouverture, le pragmatisme et la stratégie.

Une fois en formation, les rares hommes font l’objet de processus de singularisation, mais sont aussi enjoints au respect d’une forte norme d’égalité des sexes. Selon les situations, on attend d’eux d’alterner entre différentes pratiques genrées, c’est-à-dire de jongler avec le « féminin » et le « masculin ». La maîtrise de cette souplesse de genre procure de nombreux bénéfices mais dont tous les hommes ne savent pas, ou ne peuvent pas, tirer profit. La thèse met à ce titre en évidence les fonctionnements de l’ordre du genre : elle éclaire la hiérarchie entre les sexes, mais aussi celle qui ordonne les hommes entre eux dans un contexte de valorisation de la mixité et de l’égalité.

Le vendredi 30 novembre 2018 à 14h à l’Observatoire Sociologique du Changement (Sciences Po), 98 rue de l’Université, 75007 Paris (Salle Annick Percheron (sous-sol))

Composition du jury

  • Mme Marie Bergström, chargée de recherche, Ined (tutrice)
  • M. Sébastien Chauvin, professeur associé, Université de Lausanne (rapporteur)
  • Mme Muriel Darmon, directrice de recherche, CNRS/CESSP (EHESS-Paris 1) (rapporteure)
  • Mme Clotilde Lemarchant, professeure des universités, Université de Lille, Clersé
  • Mme Sophie Orange, maître de conférences, Université de Nantes, CENS
  • Mme Agnès van Zanten, directrice de recherche, CNRS/OSC-Sciences Po (directrice)