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Les espérances de vie sans incapacité en France

Documents de travail

170, 2011, 30 pages

Papier

0,00 €
  1. Contexte
  2. Méthodes
  3. Résultats
  4. Discussion
  5. Références

 

Contexte.En 2008, l’espérance de vie (EV) des hommes et des femmes était respectivement de 78 ans et 84 ans. Devant l’allongement de l’espérance de vie, comprendre si les années de vie gagnées le sont en bonne santé est devenu un enjeu de santé publique afin de mieux planifier les besoins en matière de soins et d’assistance. C’est aussi dorénavant un enjeu économique et social avec les attentes grandissantes pour la participation sociale des plus âgés. Combien de ces années sont-elles vécues en bonne santé fonctionnelle ? Que peut-on dire des évolutions récentes ? Pour répondre à ces questions, cette étude présente les nouvelles estimations espérances de vie sans incapacité (EVSI) en France.

Méthode. A la base de ces estimations, nous avons mobilisé 5 enquêtes nationales ou européennes conduites en 2008 et différents indicateurs d’incapacité complémentaires présents dans ces enquêtes : d’une part dans le domaine des limitations fonctionnelles physiques, sensorielles et cognitives ; d’autre part dans le domaine des restrictions dans les activités de la vie quotidienne. Nous avons ajouté ces estimations à celles produites dans les années précédentes, soit à partir des mêmes enquêtes et indicateurs, soit à partir de sources différentes. L’ensemble fournit un tableau de la situation passée et présente. Les EVSI ont été calculées avec la méthode de Sullivan. Nous présentons des EVSI à 50 ans et à 65 ans. Nous présentons aussi des EVSI partielles sur la tranche d’âges 50-65 ans de manière à évaluer les risques d’incapacité et de mortalité prématurée, pouvant gêner la participation sociale notamment sur le marché du travail.

Résultats. Les dernières estimations d’EVSI indiquent que près de la moitié de l’EV50 des hommes, et 40 % de l’EV50 des femmes sont des années de bonne santé fonctionnelle. Les années d’incapacité sont pour bon nombre des années de troubles fonctionnels physiques ou sensorielles qui ne s’accompagnent pas de répercussions sur les activités du quotidien. En effet, 60% de l’EV50 des hommes et des femmes sont ressenties comme des années sans limitation d’activité. Les femmes vivent bien plus d’années que les hommes avec des limitations fonctionnelles mais aussi avec des gênes dans les activités, notamment domestiques (25% de leur EV50 contre 13% de celle des hommes). Ces différences sont importantes déjà parmi les quinquagénaires. Les différences sont moins marquées pour les activités de soins personnels. On montre aussi que les limitations fonctionnelles et restrictions d’activités sont plus fréquentes aux âges élevés mais qu’elles surviennent bien avant 65 ans, attestant d’une période critique pour la santé parmi les quinquagénaires. Enfin, il semble que dans les années les plus récentes, les tendances pour les EV sans restrictions d’activité soient moins favorables que celles observées précédemment ; particulièrement parmi les 50-65 ans. Les tendances apparaissent aussi différentes pour les hommes et les femmes. Les EV sans difficultés pour les activités domestiques semblent plutôt en recul pour les femmes et les EV sans restrictions pour les activités de soins personnels en recul pour les hommes. La part des années de vie sans limitations fonctionnelles diminue aussi légèrement, comme dans le passé.

Discussion. Si l’estimation des évolutions d’EVSI reste délicate, du fait de ruptures dans la plupart des séries, les tendances générales apparaissent pour la première fois assez différentes pour les deux sexes. Ces résultats suggèrent l’importance de ne pas se focaliser qu’aux âges élevés, mais d’étudier la santé fonctionnelle bien avant, en particulier en fin de vie active. Ils suggèrent aussi d’aborder différentes dimensions de l’incapacité, de manière à mieux anticiper les besoins. Enfin, la mise en perspective des estimations passées et récentes montrent une certaine stagnation des EVSI dans la période récente. Cette tendance, plus défavorable pour les femmes, pourrait s’expliquer par une plus grande survie des personnes qui ont des maladies et limitations fonctionnelles. Elle pourrait aussi s’expliquer par la perception d’un état de santé fonctionnel plus dégradé ou par une réelle dégradation. Concernant les femmes, cette tendance touche les générations qui ont été plus nombreuses à travailler et qui sont aujourd’hui en fin de vie active ou jeunes retraitées. Évolution des perceptions ou dégradation de la santé fonctionnelle parmi les quinquagénaires ? Des analyses complémentaires devront être réalisées pour préciser ce constat et mieux décrire cette nouvelle situation pour la France. 

Voir aussi l’article :

Cambois E, Blachier-Sieurin A, Robine J-M. 2012. Aging and health in France: an unexpected expansion of disability in mid-adulthood over recent years. European journal of public health.

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