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Population 1998, n°1/2
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Population 1998, n°1/2

1998

Papier

n° ISBN 978-2733-2-3004-6

20,00 €
  • Introduction - Patrick Festy

Sur l’histoire des idées et des savoirs démographiques

  • Cyrano de Bergerac, miroir (déformant) des connaissances et des idées démographiques du XVIIe siècle - Éric Vilquin
  • LEIBNIZ et la mortalité : Mesure des « apparences » et calcul de la vie moyenne - Jean-Marc Rohrbasser, Jacques Véron
  • Fortune et infortunes de Louis Messance (2 janvier 1734-19 avril 1796) - Éric Brian, Christine Théré
  • Deux inédits de Louis Messance - Éric Brian, Christine Théré
  • Une controverse nataliste en France au XVIIIe siècle : la polygamie - Carol Blum
  • Malthus populationniste ? Une lecture transdisciplinaire - Yves Charbit
  • Du bon usage des quipus face à l’administration coloniale espagnole - Carmen Beatriz Loza
  • Sources pour la démographie historique de l’empire ottoman : Les tahrirs (dénombrements) de 1885 et 1907 - Cem Behar
La nouvelle enquête historique de l’INED : 1500-1700
  • L’enquête sur la population de la France de 1500 à 1700 de J.-N. Biraben. Présentation - Sources - Bibliographie - Isabelle Séguy
  • Essai sur le mouvement de la population de Paris et de ses environs depuis le XVIe siècle - Jean-Noël Biraben, Didier Blanchet
  • Traitement des données manquantes dans les séries issues des registres paroissiaux - Noël Bonneuil

L’analyse des faits et des comportements démographiques

  • Pour une histoire démographique de l’avortement - Etienne Van de Walle
  • Les composantes de la parenté biologique en régime de fécondite naturelle : l’exemple du Québec ancien - Jean-François Naud, Bertrand Desjardins, Hubert Charbonneau
  • Londres ou Paris ? Un grand débat dans le petit monde des arithméticiens politiques (1662-1759) - Jacques Dupâquier
  • Pour une étude socio-démographique des petites villes : l’exemple de Belley en 1695 - Olivier Zeller
  • Le surplus urbain des femmes en France préindustrielle et le rôle de la domesticité - Antoinette Fauve-Chamoux
  • Le choléra et la question des logements insalubres à Paris (1832-1849) - René Le Mée
Trois bibliographies (avec le concours des documentalistes de l’INED)
  • Jean-Noël Biraben -Préparée par Isabelle Séguy
  • Jacqueline Hecht - Préparée par Christine Thérée
  • Jacques Houdaille -Préparée par Marie-Claude Lunazzi

Cyrano de Bergerac, miroir (déformant) des connaissances et des idées démographiques du XVIIe siècle

Éric Vilquin

Cyrano de Bergerac (le vrai), libertin érudit du milieu du dix-septième siècle, a émaillé ses romans utopiques - voyages imaginaires dans la Lune et le Soleil - de remarques et d’anecdotes portant sur la vie et la mort, les hommes et les femmes, le sexe et la fécondité et d’autres thèmes qui suscitent l’attention du démographe. Mais, contrairement à ce qui a pu être fait pour d’autres utopistes, toute tentative de donner une cohérence au rassemblement de ces éléments disparates pour en faire, a posteriori, « doctrine démographique de Cyrano » est vouée à l’échec. Ce libre-penseur truculent misait plus sur la provocation que sur la cohérence. Cependant, tout comme on peut découvrir, dans ses machines fantastiques et dans ses théories cocasses, une ingénieuse vulgarisation des sciences de son temps, on peut aussi interpréter maints détails de son oeuvre comme autant de témoignages, caricaturaux mais précis, sur les connaissances et les attitudes de l’époque en matière de procréation, d’eugénisme, de santé, de longévité et même d’éthique démographique.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 13

LEIBNIZ et la mortalité. Mesure des « apparences » et calcul de la vie moyenne

Jean-Marc Rohrbasser, Jacques Véron

Gottfried Wilhelm Leibniz a consacré une série de manuscrits datés de 1680 au calcul de l’espérance de vie, afin d’estimer la juste valeur des rentes viagères. Pour calculer ce qu’il appelle « vie moyenne et présomptive », il adopte deux hypothèses fondamentales d’égale vitalité des hommes et d’années également fatales. Celles-ci lui permettent de modéliser le processus de mortalité. Recourant à une démarche à la fois probabiliste et empirique, Leibniz élabore une table de mortalité fondée sur des données quantitatives et diverses estimations de nature qualitative. Il détermine ainsi la valeur de la vie moyenne à différents âges. Comme dans ses autres textes, Leibniz s’efforce de concilier une approche théorique des phénomènes avec une observation attentive de leur réalité, ce qui ne va pas parfois sans une certaine ambiguïté. Mais dans ces manuscrits, Leibniz aborde et traite avec un grand souci de rigueur des questions fondamentales de la démographie.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 29

Fortune et infortunes de Louis Messance (2 janvier 1734-19 avril 1796)

Éric Brian, Christine Théré

Quoique considéré comme l’un des fondateurs de la démographie, Louis Messance, auteur des Recherches sur la population de la France (1766) et des Nouvelles recherches (1788), restait méconnu. Sa naissance, sa biographie, sa mort et ses derniers ouvrages sont reconstitués dans cet article qui permet d’évaluer l’itinéraire social et intellectuel d’un officier de finance, enrichi, qui offrit souvent ses services depuis l’instauration des Assemblées provinciales et jusqu’au milieu de la Révolution. D’échec en échec, il en viendra à faire paraître d’étranges Essais sur l’arithmétique religieuse, morale et politique.
INED, Population n° 1:2, 1998 - page 45

Une controverse nataliste en France au XVIIIe siècle. La polygamie

Carol Blum

Dans cet article, on analyse la controverse qui eut lieu en France au XVIIIe siècle, au sujet d’une éventuelle légalisation, pour des raisons natalistes, de la polygamie dite « simultanée ». Bien que le sujet soit traité dans les polémiques surtout protestantes de la fin du siècle précédent (Leyser, Bayle), c’est surtout après 1721, date de la parution des lettres dites « populationnistes »; dans les Lettres persanes de Montesquieu, que l’idée d’une pluralité de femmes commença à être largement discutée.
Les préoccupations populationnistes rejoignaient les réflexions sur les « droits de l’homme » dans les plaidoyers en faveur de la liberté d’épouser plusieurs femmes. Pourtant la découverte par Arbuthnot du rapport de masculinité (sex ratio, 1712) a diminué l’enthousiasme de certains auteurs (Prémontval, Cerfvol, Laugier) pour une répartition inégale des femmes, tandis que pour d’autres écrivains (Rantzow, Pilati di Tassulo), les prétendus avantages démographiques et même commerciaux de la polygamie primaient sur tout autre considération.
À l’époque révolutionnaire, on a fini par accepter la légalisation du divorce (« polygamie successive ») mais la polygamie simultanée, ou le privilège d’un seul mâle aux dépens de plusieurs autres, associée depuis Montesquieu avec le despotisme, qui se trouve en pleine contradiction avec le principe de l’égalité, a été rejetée.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 93

Malthus populationniste ? Une lecture transdisciplinaire

Yves Charbit

Alors que le premier Essai sur le principe de population de 1798 pose clairement le risque de surpopulation par rapport aux subsistances disponibles, les éditions ultérieures, le Résumé du principe de population et les Principes d’économie politique montrent que Malthus a envisagé le risque d’une croissance démographique insuffisante. On peut alors considérer que l’oeuvre souffre de contradictions irréductibles, ou au contraire tenter de retrouver la cohérence globale de la pensée. A cette fin, quatre modèles démo-économiques sont proposés, après un bref rappel des concepts centraux de la pensée malthusienne. Dans le premier modèle, qui correspond à la première édition de l’Essai, la population est régulée par la mortalité. Le second systématise la démo-économie de la fécondité et de la nuptialité. Le troisième met en évidence le rôle de la « demande effective ». Le quatrième intègre les précédents et prend en compte un concept généralement négligé : la contrainte morale. Il en résulte, sur le plan épistémologique, que seule une perspective transdisciplinaire, intégrant la démographie, l’économie et l’éthique religieuse de Malthus, permet de retrouver la cohérence de la pensée.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 113

Du bon usage des quipus face à l’administration coloniale espagnole

Carmen Beatriz Loza

Cet article aborde le problème de la constitution de la preuve par quipu dans le « droit des Indes ». Autrement dit, il s’agit de comprendre les raisons pour lesquelles la Couronne et ses fonctionnaires acceptent d’utiliser les données (de population et fiscales) qui proviennent de cet instrument indigène. D’autant plus que l’objet est construit à partir des cordelettes-registres mnémotechniques, capables d’enregistrer un grand nombre d’informations. Le quipu est fondé sur un système de numération décimale. A partir de cet instrument il était possible de réaliser des opérations de calcul sans avoir systématiquement recours aux abaques. Pour restituer la dynamique de reconnaissance du quipu, nous avons établi une chronologie du processus de transaction entre les Indiens et les fonctionnaires à partir des quipus. Ainsi, nous avons suivi à partir de 1550 leurs premiers décodages officiels et leur introduction dans les dossiers juridiques, ceci jusqu’à l’octroi d’un statut aux quipus dans l’administration coloniale à partir dès 1570. L’analyse des dossiers de procès et du corpus des lois, garantissent la force probatoire des quipus au XVIe siècle, et montrent l’admission d’un savoir arithmétique et d’une technologie propre aux Indiens.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 139

Sources pour la démographie historique de l’empire ottoman. Les tahrirs (dénombrements) de 1885 et 1907

Cem Behar

Les deux recensements ottomans, tardifs, de 1885 et 1907, ainsi que les registres de population qui leur avaient été associés, sont une riche source d’information sur un des aspects les moins bien connus de l’histoire de l’Empire ottoman. Sauf exception, ces sources documentaires n’ont été exploitées jusqu’à présent qu’en vue d’obtenir des totaux par province et par région. Or ces registres constituent une source irremplaçable pour l’étude de la fécondité, du mariage et des structures familiales dans l’ensemble des États et territoires ayant fait partie de l’Empire ottoman finissant (il s’agit, en fait, d’une grande partie des Balkans et du Moyen Orient). Cet article a pour objet de présenter ces deux recensements en soulignant leur importance comme fonds documentaire de l’histoire démographique et sociale de cet ensemble de pays.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 161

La nouvelle enquête historique de l’INED : 1500-1700

L’enquête sur la population de la France de 1500 À 1700
de J.-N. Biraben.

Présentation - Sources - Bibliographie

Isabelle Séguy

L’enquête rétrospective entreprise par J.-N. Biraben pour connaître le mouvement de la population de la France depuis 1500, repose sur les tout premiers enregistrements de l’état civil. La période considérée, autant que les sources utilisées, nécessitent une présentation détaillée, susceptible d’éclairer les difficultés rencontrées et les choix méthodologiques qui ont été faits.
Cet article est également l’occasion de faire le point sur la collecte données de la partie numérique (achevée) et de la partie nominative, en cours.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 181

Essai sur le mouvement de la population de Paris et de ses environs depuis le XVIe siècle

Jean-Noël Biraben, Didier Blanchet

Principale ville, représentant peut-être 15 % de la population urbaine de la France, Paris, malgré l’incendie de ses registres d’état civil par la Commune en 1870, ne pouvait être négligé dans l’enquête nationale de reconstitution du mouvement de la population. Sur les 5 millions d’actes détruits, qui allaient de 1515 à 1860, 2,9 millions ont été reconstitués par la commission officielle de l’état civil, environ 0,2 million par la seconde reconstitution effectuée par les Archives de Paris, 56 000 antérieurs à 1650 avaient été recopiés par l’équipe de Laborde, et à peu près autant par Guiblet. Si l’on y joint diverses autres copies, on peut estimer à 3,3 millions le nombre d’actes rétablis.
À partir de ce matériel disparate et dont la représentativité, testée par comparaison avec les relevés statistiques de l’époque, est plus incertaine lorsqu’on remonte dans le temps, nous avons tenté une reconstitution numérique du mouvement de la population de Paris. On a des raisons de penser que nos résultats ont une certaine valeur indicative. Par ailleurs, nous avons dépouillé les registres de 87 paroisses sur les 202 qui entourent Paris à moins de 20 km. Malgré quelques dissemblances qui s’expliquent par l’histoire, la bonne covariation des aléas annuels laisse penser que la courbe de Paris n’est pas sans fondements.
Nous nous sommes appuyés aussi sur les recensements les plus crédibles de Paris, soit 294 000 habitants en 1565, 220 000 après le siège de 1590, 440 000 en 1636, 480 000 en 1684, peut-être 529 000 en 1767, et 609 000 en 1792. Malgré de nombreuses tentatives pour borner la croissance de Paris (1548, 1644, 1672, 1719...) la population de la ville n’est restée stationnaire qu’entre 1672 et 1719, lors de la création de quatre villes nouvelles satellites.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 215

Traitement des données manquantes dans les séries issues des registres paroissiaux

Noël Bonneuil

L’enquête Biraben 1500-1700 des registres paroissiaux est constituée de séries comportant des données manquantes. Pour compléter ces lacunes, il est préférable actuellement de recourir aux modèles ARIMA de l’économétrie des séries temporelles.
On peut ainsi sélectionner quelles séries parmi les co-séries disponibles sont corrélées avec la série à compléter, identifier un modèle, le valider et projeter pour combler peu à peu la période lacunaire. Des essais effectués sur des séries connues de l’enquête permettent de juger des possibilités de cette méthode sur ce type de données temporelles. Des exemples sont donnés.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 249

L’analyse des faits et des comportements démographiques

Pour une histoire démographique de l’avortement

Etienne Van De Walle

Les sources sur l’avortement en Occident avant le XIXe siècle ne relève pas de la statistique. Littéraires, médicale, religieuses ou légales, elles révèlent peu sur son poids démographique. On peut toutefois faire une étude de fréquence des contextes dans lequel l’avortement est mentionné : par exemple, par état matrimonial de la mère, type de motivation, approbation ou désapprobation de l’auteur de la citation, efficacité probables des techniques utilisées. On peut aussi comparer la fréquence des références à l’avortement à celles portant sur des procédures rivales comme l’infanticide. Au terme de cet examen des sources très rudimentaires dont on dispose, il n’y a pas de raison déterminante de penser que l’avortement était jadis autre chose qu’une procédure incertaine, dangereuse et rare, sans poids démographique. Les procédures douces étaient probablement inefficaces ; les mesures désespérées étaient réservées aux filles abandonnées et aux prostituées.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 273

Les composantes de la parenté biologique en régime de fécondite naturelle. L’exemple du Québec ancien

Jean-François Naud, Bertrand Desjardins, Hubert Charbonneau

Le présent article se veut une analyse descriptive de ce que représente la parenté biologique dans une population en régime de fécondité naturelle. La population utilisée est celle du Canada sous le régime français, plus particulièrement la deuxième génération de Canadiens de naissance. Les données proviennent du Registre de la population du Québec ancien (Programme de recherche en démographie historique, Université de Montréal). L’analyse, faite au niveau des individus, porte sur l’importance de la parenté biologique proche, cherche à identifier les causes de sa variation et examine succinctement s’il est possible de la prédire à l’aide de données moins considérables. Les résultats obtenus sont, avant tout, un portrait de la parenté en régime de fécondité naturelle et des indications qui tendent à montrer qu’effectivement la parenté biologique pourrait être estimée par des données assez sommaires dans une population possédant une certaine stabilité.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 291

Londres ou Paris ? Un grand débat dans le petit monde des arithméticiens politiques (1662-1759)

Jacques Dupâquier

Le premier problème qu’ont cherché à résoudre les arithméticiens politiques était de mesurer une population et sa croissance en l’absence de recensements. Dans cette démarche, la ville de Londres constituait un excellent terrain, grâce à sa collection de Bulletins de mortalité.
Après une première évaluation par Graunt (1662), Petty a donné à cette recherche un tour passionnel, en voulant démontrer à tout prix que Londreses l’emportait sur Paris. D’où d’interminables polémiques, où intervinrent successivement Kersseboom, Maitland et Süssmilch. Celui-ci y mit le point final en montrant qu’on ne pouvait guère évaluer la population de Londres d’après l’année moyenne des naissances, ni celle de Paris d’après l’année moyenne des décès.
Entre temps, les faits avaient donné l’avantage à Londres, qui avait connu une très forte croissance de 1666 à 1728.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 31

Pour une étude socio-démographique des petites villes. L’exemple de Belley en 1695

Olivier Zeller

Le recensement de population opéré à Belley en 1695 dans la perspective de la Capitation est d’une qualité permettant l’analyse différentielle des structures familiales en fonction des secteurs d’activité, des appartenances d’ordre et de sexe ainsi que du niveau de fortune des chefs de feu.
En dépit de sa petite taille (environ 2 500 habitants), Belley apparaît comme une ville tertiaire où les différents groupes étudiés diffèrent nettement par la taille, la structure et la composition de la famille, par leurs taux de féminité, par la fréquence d’emploi de serviteurs et par les états matrimoniaux.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 327

Le surplus urbain des femmes en France préindustrielle et le rôle de la domesticité

Antoinette Fauve-Chamoux

Au cours du XVIIIe siècle, la plupart des villes européennes présentent un excédent de femmes qui est la conséquence des mouvements de population et de la mortalité différentielle des hommes et des femmes. En France, les agglomérations urbaines d’Ancien Régime sont caractérisées par le nombre de femmes seules qui, célibataires ou veuves, vivent de leur travail. Les plus jeunes sont souvent domestiques et d’origine campagnarde. La mobilité des jeunes gens fait donc partie du modèle familial européen.
Les modèles de formation de la famille occidentale définis par John Hajnal et Peter Laslett ont déjà mis l’accent sur le rôle de la domesticité comme paramètre autorégulateur de sociétés en croissance démographique, où le mariage devient de plus en plus tardif et sélectif. Dans ce schéma de fonctionnement démographique et social « malthusiennement » contrôlé, il y a en général corrélation entre la fréquence élevée du célibat, ainsi que des naissances illégitimes, et la présence de domestiques.
L’ambition de cet article n’est pas de rouvrir le débat sur les modèles de formation de la famille en Europe, mais d’aider à évaluer de plus près le rôle que jouent assurément les servantes dans la formation des populations urbaines d’Ancien Régime - ces jeunes femmes qui n’hésitent pas à migrer et à travailler chez autrui.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 359

Le choléra et la question des logements insalubres à Paris (1832-1849)

René Le Mée

Dès son apparition en Europe, en 1830, le choléra a déclenché un débat : la cause de sa propagation était-elle due à la contagion ou a infection ? Convenait-il d’isoler les malades ou de neutraliser les foyers d’infection ? Le caractère social de l’épidémie s’affirmant dès 1832 à Paris, la controverse idéologique dépassa le cadre de la médecine.
S’appuyant sur les statistiques, les hygiénistes montrèrent qu’il y avait surmortalité dans les quartiers ouvriers du centre historique de la capitale due principalement, soutenaient-ils à l’insalubrité des logements responsable de l’apparition et de la prolifération des miasmes. La seconde épidémie, en 1849, justifia leur position : la surmortalité atteignait toujours des taux supérieurs à la moyenne dans les quartiers populaires mais avait régressé dans le centre historique où des démolitions d’immeubles insalubres avaient eu lieu. La relation épidémie/logements insalubres était d’ailleurs confirmée dans les quartiers sud-est où subsistaient des taudis.
L’hygiène publique était alors reconnue ; cela permit le vote d’une loi sur la salubrité des logements. La lutte menée, contre les taudis en particulier, prenait alors un tour politique au service d’un nouvel urbanisme.
INED, Population n° 1/2, 1998 - page 379