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Population 2018, n°4
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Population 2018, n°4

2018, 248 pages

n° ISBN 978-2-7332-2034-4

20,00 €

L’évolution démographique récente de la France. Naissances, décès, unions et migrations : à chacun sa saison

Didier Breton, Magali Barbieri, Hippolyte d’Albis, Magali Mazuy

L’émigration des immigrés, une dimension oubliée de la mobilité géographique

Matthieu Solignac

Observer le nombre d’enfants avec les données EU -SILC

Angela Greulich, Aurélien Dasré

Circonstances et causes des décès des personnes écrouées en France : le poids écrasant des morts violentes

Aline Désesquelles, Annie Kensey, France Meslé

Défaire et refaire un groupe à risque. Objectivation et prévention du sida chez les homosexuels masculins à l’ère des antirétroviraux

Mathieu Trachman, Maud Gelly, Gabriel Girard

Identification et changements d’identification des Autochtones en Australie : nouveaux résultats issus de l’appariement de microdonnées

Paul Campbell, Nicholas Biddle, Yin Paradies

L’évolution démographique récente de la France. Naissances, décès, unions et migrations : à chacun sa saison

Didier Breton, Magali Barbieri, Hippolyte d’Albis, Magali Mazuy

Au premier janvier 2018, la France comptait près de 66,9 millions d’habitants, soit 122 300 personnes de plus que l’année précédente, mais l’accroissement annuel moyen, et tout particulièrement l’accroissement naturel, n’ont jamais été aussi faibles depuis 20 ans, voire 40 ans. L’indice conjoncturel de fécondité poursuit sa baisse, observée notamment chez les femmes les plus jeunes. Le nombre de titres de séjour délivrés augmente en 2016 (près de 220 000). La nuptialité continue de diminuer, tant pour les couples hétérosexuels que pour les couples de même sexe. En 2017, la mortalité recule de nouveau, mais le nombre de décès dépasse 600 000, chiffre lié au vieillissement de la population. Les causes de mortalité dont les évolutions sont les plus préoccupantes sont le cancer chez les femmes, les maladies par troubles mentaux et les maladies du système nerveux. Les événements démographiques ne se répartissent pas uniformément au fil de l’année : les mariages et mises en union libre sont plus souvent observés au printemps et en été, les naissances en été et à l’automne, tout comme les entrées sur le territoire ; alors que l’hiver et la fin de l’année marquent une recrudescence d’enregistrements de pacs et des pics de mortalité.

L’émigration des immigrés, une dimension oubliée de la mobilité géographique

Matthieu Solignac

Cet article analyse la mobilité géographique des immigrés par rapport à celle des natifs en tenant compte des départs du pays d’accueil. Alors que la mobilité résidentielle de la plupart des natifs s’effectue au sein du territoire national, une proportion importante d’immigrés le quitte pour leur pays de naissance ou un pays tiers. Mais ces flux d’émigration sont souvent occultés, tant par l’approche rétrospective habituellement adoptée pour l’étude de la mobilité résidentielle, qu’en raison du manque de données adaptées pour mesurer les sorties du territoire. Ce travail se distingue en proposant une analyse du taux de départ des communes françaises, quelle que soit la destination. Dépassant la dichotomie entre migration interne et migration internationale, cette approche intégralement fondée sur un suivi individuel offre une mesure générale de la mobilité incluant l’émigration. Ce travail est mené à partir de l’exploitation d’un large panel administratif constitué de recensements exhaustifs et de l’état civil. Représentatif de la population, il permet un suivi systématique des trajectoires individuelles sur le territoire métropolitain français entre 1968 et 1999, tout en demeurant représentatif
de l’ensemble de la population. La mobilité des immigrés se révèle nettement plus élevée que celle habituellement mesurée de façon rétrospective : elle est de 30 % à 50 % supérieure à celle des natifs. Un quart à un tiers des immigrés observés à un recensement donné ont quitté le territoire français au bout de 7 à 9 ans.

  Observer le nombre d’enfants avec les données EU -SILC

Angela Greulich, Aurélien Dasré

Les données des statistiques de l’Union européenne sur le revenu et les conditions de vie (EU -SILC) sont de plus en plus utilisées dans différents domaines de recherche en raison du grand nombre de pays couverts, des indicateurs socioéconomiques harmonisés disponibles et de la possibilité de les comparer, voire de les fusionner, à d’autres données. Toutefois, les mesures issues d’EU-SILC peuvent être faussées, car l’enquête ne pose pas
la question du nombre total d’enfants d’une femme ou d’un homme, y compris ceux décédés, et parce que seuls les enfants vivant avec les parents sont comptabilisés. Ce n’est pas sans inconvénient pour l’analyse démographique comme pour l’analyse socioéconomique, car la taille des familles et les comportements en termes de fécondité sont des déterminants importants du revenu et des conditions de vie. Afin de sensibiliser les utilisateurs à cette question, cet article propose une analyse détaillée de la qualité des mesures du nombre d’enfants dans EU-SILC. Il s’agit tout d’abord de quantifier, pour 10 pays, le biais caractérisant le nombre d’enfants déclarés en distinguant les mesures de la fécondité selon l’âge et le rang de naissance, puis d’identifier les profils socioéconomiques les plus fortement associés à ce risque de biais.

  Circonstances et causes des décès des personnes écrouées en France : le poids écrasant des morts violentes

Aline Désesquelles, Annie Kensey, France Meslé

Cette étude présente un tableau complet de la mortalité des personnes placées sous écrou en France. Elle s’appuie sur les 246 dossiers archivés au ministère de la Justice relatifs aux personnes décédées en 2011. Sept décès sur dix sont des morts violentes, principalement des suicides et des surdoses ou intoxications médicamenteuses. L’analyse confirme la surmortalité par suicide des hommes sous écrou par rapport à la population
générale, ainsi qu’une surmortalité due à d’autres causes violentes. Inversement, la mortalité par cause naturelle est plus faible pour les hommes sous écrou que pour ceux en population générale. L’octroi de suspension de peine pour raison médicale explique sans doute en partie ce résultat. À groupe d’âges donné, les auteurs d’infractions graves présentent un risque plus élevé de décéder, aussi bien de cause violente que de cause naturelle, que les auteurs de délits. Le risque d’une mort violente est aussi plus grand chez les prévenus que chez les condamnés. La description des circonstances des décès plaide en faveur de l’amélioration des dispositifs d’alerte et de prise en charge des incidents de santé, notamment la nuit.

 Défaire et refaire un groupe à risque. Objectivation et prévention du sida chez les homosexuels masculins à l’ère des antirétroviraux

Mathieu Trachman, Maud Gelly, Gabriel Girard

Depuis les années 2000, les politiques de lutte contre le VIH/sida en France ont connu une évolution importante. Au cours des années 1990, la lutte contre le VIH est devenue une cause nationale dont les actes de prévention s’adressent à l’ensemble de la population afin de prévenir toute stigmatisation. Dans les années 2000, la reconnaissance de l’existence de « groupes à risque » n’a plus posé problème et a déterminé des actions plus
ciblées. Constatant la recrudescence des prises de risques, ces acteurs se sont donnés les moyens de saisir les groupes au plus près de leurs comportements. À partir du cas des homosexuels masculins, l’article analyse deux innovations récentes qui incarnent cette tendance : la démédicalisation du dépistage et la prophylaxie préexposition. Celles-ci permettent de montrer que l’évolution observée ne se résume pas à l’explicitation de ce qui devait être passé sous silence, mais suppose un travail d’objectivation renouvelé, de mobilisation d’individus appartenant à la population ciblée et d’une certaine conception de l’individu preneur de risques. Le repérage des comportements à risque permet aussi de délimiter les populations sur lesquelles il est possible d’intervenir et la mise en place d’outils pour y parvenir.

Identification et changements d’identification des Autochtones en Australie : nouveaux résultats issus de l’appariement de microdonnées

Paul Campbell, Nicholas Biddle, Yin Paradies

Les Australiens autochtones représentent une faible part de la population, mais leurs caractéristiques démographiques sont spécifiques. Pour cette raison, le Bureau australien de statistiques (ABS) et les chercheurs en calculent régulièrement des estimations. Les changements d’identification (d’autochtone à non autochtone, ou l’inverse) contribuent à la dynamique de cette population. Jusqu’à présent, on ne disposait pas de données
individuelles sur la population australienne qui permettent d’analyser les caractéristiques des personnes changeant d’identification. À partir d’une nouvelle source de données contenant le plus vaste échantillon longitudinal d’Australiens autochtones (Australian Census Longitudinal Dataset, ACLD), nous montrons que sur le plan quantitatif, se déclarer autochtone n’est pas stable dans le temps. Les nouvelles identifications représentent une proportion considérable de l’augmentation de cette population observée entre 2006 et 2011. En outre, les autochtones nouvellement identifiés ne présentent pas les mêmes caractéristiques que les personnes identifiées comme autochtones aux deux dates. Ils vivent plus souvent dans les villes (et peu dans les zones les plus reculées) et ont une situation socioéconomique plus favorable, ce qui n’est pas sans conséquences pour le choix et la mise en oeuvre des politiques à mener.