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Population 2010, n°4
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Population 2010, n°4

2010

N° ISBN 978-2-7332-3106-7

20,00 €

ARTICLES

Dossier "Les cohortes, outils privilégiés pour l’étude du développement des enfants"

  • La construction d’une cohorte : l’expérience du projet français Elfe - Claudine Pirus, Corinne Bois, Marie-Noëlle Dufourg, Jean-Louis Lanoë, Stéphanie Vandentorren, Henri Leridon et l’équipe Elfe
  • Les grandes cohortes d’enfants dans le monde - Claudine Pirus, Henri Leridon

    ***
  • La mortalité des cardinaux (16e-20e siècles) - Alessio Fornassin, Marco Breschi, Matteo Manfredini
  • La mortalité maternelle en milieu rural sénégalais : l’expérience du nouvel hôpital de Ninéfescha - Malick Kanté, Gilles Pison


NOTES DE RECHERCHE

  • Célibat, pauvreté et sexualité des hommes en Chine rurale : une enquête exploratoire - Shuzhuo Li, Qunlin Zhang, Xueyan Yang, Isabelle Attané
  • Les enfants mendiants à Antananarivo : quelles logiques familiales sont à l’oeuvre? - Jérôme Ballet, Augendra Bhukuth, Felana Rakotonirinjanahary, Miantra Rakotonirinjanahary

BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

  • Connaissance, mesure et visibilité des violences fondées sur le genre - coordonnée par Christelle Hamel et Magali Mazuy.

 

La construction d’une cohorte : l’expérience du projet français Elfe

Claudine Pirus, Corinne Bois, Marie-Noëlle Dufourg, Jean-Louis Lanoë, Stéphanie Vandentorren, Henri Leridon et l’équipe Elfe

Le projet de mise en place d’une cohorte pluridisciplinaire de 20 000 enfants suivis depuis la naissance jusqu’à l’âge adulte a été lancé en France en 2005. Il résulte de préoccupations de diverses instances publiques - notamment dans le domaine de l’environnement - comme de chercheurs de disciplines variées. L’aboutissement en a été la constitution de la cohorte Elfe, Étude longitudinale française depuis l’enfance, dont le démarrage est prévu en mars/avril 2011. Les auteurs retracent la genèse du projet. La démarche s’est voulue résolument pluridisciplinaire, et un grand nombre d’équipes de recherche ont été associées à l’élaboration du projet, en proposant des questions de recherche dans trois grands domaines : sciences sociales, santé et relations entre santé et environnement. Pour bénéficier au maximum de la puissance de la Life course approach, les observations seront fréquentes (annuelles pendant les premières années). Une place importante est faite aux pères, qui jouent un rôle croissant dans l’éducation et la socialisation des enfants. L’échantillon sera représentatif des naissances de l’année 2011 sur l’ensemble du territoire de France métropolitaine. La grande quantité d’informations collectées et leur caractère très personnel exigent une prudence particulière dans la constitution et la gestion des fichiers pour laquelle une procédure originale est mise en œuvre. Les résultats du suivi d’une cohorte pilote lancée en 2007 sont aussi présentés. Ils concernent plusieurs centaines de familles, dont les enfants ont maintenant 3 ans.

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Les grandes cohortes d’enfants dans le monde

Claudine Pirus, Henri Leridon

Il y a plus de 50 ans, la Grande-Bretagne lançait la première grande cohorte d’enfants devant être suivis de la naissance à l’âge adulte. La cohorte est toujours « active » et l’enquête porte aujourd’hui aussi sur la deuxième génération, c’est-à-dire les enfants des membres de la cohorte 1946. Les dispositifs longitudinaux n’ont cessé depuis lors de se développer à travers le monde. Ce type d’étude permet en effet d’adopter une approche dynamique du développement de l’enfant et de mieux comprendre ses trajectoires à long terme. Les auteurs présentent dans cet article l’expérience d’un ensemble de grandes études longitudinales pluridisciplinaires d’enfants. Ils relèvent la forte diversité des thématiques (l’étude de la santé des enfants en constitue le point commun), des modalités d’échantillonnage (certaines cohortes s’appuient sur des sources statistiques existantes), des intervalles entre vagues successives et des durées de suivi, des méthodes et des taux de succès dans le suivi des familles, et des outils d’enquêtes (qui incluent parfois des prélèvements biologiques). Des données plus précises sur l’attrition dans certaines études sont proposées, ainsi que quelques exemples de résultats scientifiques obtenus. L’annexe présente pour vingt grandes cohortes de façon détaillée la méthodologie, les objectifs, les atouts et les difficultés rencontrées, le rattachement institutionnel et le financement.

La mortalité des cardinaux (XVIe-XXe siècles)

Alessio Fornasin, Marco Breschi, Matteo Manfredini

Cet article étudie les caractéristiques et la mortalité des cardinaux de l’Église catholique du XVIe au XXe siècle. Les cardinaux remplissent un rôle essentiel dans l’église : ils forment le Sacré collège, élisent le pape et l’assistent. Grâce à une base de données remarquable par la précision et la continuité des informations biographiques recueillies depuis le Ve siècle, il est possible d’en analyser certaines spécificités. Durant la période étudiée (1586-1958), ils représentaient un groupe relativement homogène de 70 membres au maximum, résidant à Rome, pour la plupart nés en Italie et issus de l’élite économique. Leur espérance de vie aux XVIIe et XVIIIe siècles ne différait guère de celle des villageois ordinaires, mais l’aspect le plus frappant est qu’à partir des années 1830, elle ne s’est pas améliorée de manière significative, contrairement à la plupart des pays d’Europe. Les particularismes de la mortalité des cardinaux tiennent à des risques associés à leurs comportements et leurs styles de vie. Les périodes lors desquelles on observe les espérances de vie les plus faibles coïncident avec celles qui sont les plus difficiles pour l’Église d’un point de vue politique. Les cardinaux furent néanmoins pénalisés en termes de longévité tout au long des XVIIIe et XIXe siècles, et c’est seulement à partir des années 1930 que leur espérance de vie commença réellement à progresser, se rapprochant de celle de la population générale.

La mortalité maternelle en milieu rural sénégalais. L’expérience du nouvel hôpital de Ninéfescha

Almamy Malick Kanté, Gilles Pison

En Afrique, plus qu’ailleurs, l’offre de soins reste insuffisante. La construction de nouvelles infrastructures sanitaires suffit-elle à faire progresser la santé de la population ? La question se pose lorsque de nouvelles installations sanitaires sont construites sans être suivies d’une amélioration rapide des indicateurs de santé. Comment alors expliquer la lenteur des changements ? Provient-elle de l’inadéquation entre l’offre et les besoins ? De « freins culturels » empêchant de nouveaux comportements de se diffuser ? Cet article examine les facteurs en cause dans le cas de l’implantation d’un hôpital moderne en 2003 au cœur d’une région rurale du Sénégal, jusqu’alors mal équipée. L’observation démographique suivie de la population pendant plusieurs décennies montre que la mortalité maternelle n’a pas baissé de façon sensible juste après l’ouverture de l’hôpital. Pour mieux comprendre les raisons de cet échec, plusieurs enquêtes ont été menées sur les comportements de recours aux soins et l’utilisation que les habitants faisaient de cet équipement, notamment en cas d’accouchement. Les villageois ont, dans l’ensemble, peu recours à l’hôpital quatre ans après son ouverture. La plupart des femmes ne s’y rendent pas en visite prénatale et ne vont pas y accoucher. Les responsables de l’hôpital attribuent cet échec aux villageois, et notamment à leurs traditions. Ces enquêtes montrent que le problème vient plutôt d’une inadéquation entre l’offre de soins de l’hôpital et les besoins.

Célibat, pauvreté et sexualité des hommes en Chine rurale : une enquête exploratoire

Li Shuzhuo, Zhang Qunlin, Yang Xueyan, Isabelle Attané

En Chine, le mariage reste socialement très valorisé. Pourtant, alors que jusqu’aux années 1990, presque toute la population parvenait à se marier, un célibat prolongé, voire définitif, va être de plus en plus souvent imposé à une partie des hommes, particulièrement en milieu rural, du fait d’un déficit croissant de femmes sur le marché matrimonial. Or, dans le contexte culturel qui est celui de la Chine, le célibat s’accompagne de frustrations, voire de privations, auxquelles il est difficile de trouver des compensations socialement acceptables. La vie des hommes célibataires est donc susceptible d’être fortement affectée par cette situation : comment et dans quelle mesure un célibat non choisi peut-il influencer leur vie ? Trouvent-ils des alternatives pour accéder notamment à une activité sexuelle satisfaisante ? Ont-ils des caractéristiques socioéconomiques différentes de celles des hommes mariés ? Les données analysées dans cette note de recherche sont extraites d’une enquête menée en 2008 dans un district rural de l’Anhui, qui tente de répondre à un double objectif : mieux connaître les comportements sexuels en Chine rurale dans un contexte de contrôle social et politique important. Cette étude explore le lien, largement documenté par ailleurs, entre célibat et pauvreté, et montre que cette dernière constitue, dans cette région de Chine rurale, un double facteur d’exclusion. Non seulement la pauvreté exclut les hommes du mariage, mais elle exclut aussi les célibataires les plus pauvres de toute activité sexuelle.

Les enfants mendiants à Antananarivo : quelles logiques familiales sont à l’œuvre ?

Jérôme Ballet, Augendra Bhukuth, Felana Rakotonirinjanahary, Miantra Rakotonirinjanahary

Les enfants mendiants constituent une catégorie particulière d’enfants travailleurs. Ils sont généralement associés aux enfants des rues, selon le sens donné à ce terme par l’Unicef. L’analyse de la mendicité est donc le plus souvent celle de stratégies de survie des enfants. À partir d’une enquête exploratoire réalisée à Antananarivo à l’automne 2009, cette étude montre que dans la capitale de Madagascar, les enfants mendiants sont en très grande majorité exploités par leur famille et ne sont donc pas des enfants de la rue. Cette note de recherche propose une typologie des catégories d’enfants mendiants fondée sur les contraintes exercées par les parents, dans une optique de logique familiale et de trajectoire des enfants mendiants, et en discute les interprétations. Les résultats soulignent qu’au moins trois catégories d’enfants mendiants peuvent être distinguées. Elles sont associées à des formes de contraintes différentes sur les enfants et correspondent à des classes d’âge particulières. Les plus jeunes subissent des violences physiques de la part de leur famille pour les forcer à mendier. À partir d’un certain âge, les violences physiques s’atténuent et la règle est plutôt l’absence de nourriture donnée à l’enfant. Enfin, pour les plus âgés, nous pouvons considérer que la violence devient psychologique par des mécanismes de culpabilisation des enfants vis-à-vis de leur famille, afin qu’ils continuent à mendier pour elle.