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Population 2011, n° 3-4
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Population 2011, n° 3-4

2011, 520 pages

N° ISBN 978-2-7332-3112-8

20,00 €

LA CONJONCTURE DÉMOGRAPHIQUE EN FRANCE

L’évolution démographique récente en France. Quelques différences entre les départements d’outre-mer et la France métropolitaine - Magali Mazuy, France Prioux, Magali Barbieri

Insertion professionnelle des jeunes ultramarins : DOM ou métropole ? - Franck Temporal, Claude-Valentin Marie, Stéphane Bernard

ARTICLES

  • Les préférences de fécondité à Shanghai dans un contexte de basse fécondité - M. Giovanna Merli, S. Philip Morgan
  • Estimation indirecte du nombre d’immigrés en Espagne à partir des taux de fécondité et des naissances - Luis Rosero-Bixby, Teresa Castro-Martín, David Reher, María Sánchez-Domínguez
  • Living Together Apart : Vivre ensemble séparés. Une comparaison France-Etats-Unis - Claude Martin, Andrew Cherlin, Caitlin Cross-Barnet

La pellagre en Italie à la fin du XIXe siècle : les effets d’une maladie de carence - Monica Ginnaio

  • Johann Peter Süßmilch : de la loi divine à l’intervention humaine - Justus Nipperdey
  • Fin de l’union conjugale, genre et tâches ménagères en Suisse - Boris Wernli, Caroline Henchoz

BIBLIOGRAPHIE CRITIQUE

L’évolution démographique récente en France : Quelques différences entre les départements d’outre-mer et la France métropolitaine

Magali Mazuy, France Prioux, Magali Barbieri

Au 1er janvier 2011, la population de la France est estimée à 65 millions d’habitants, dont 1,9 million résident dans les départements d’outre-mer (DOM). L’accroissement de la population de ces départements est deux fois plus rapide (+ 11,2 ‰ en 2010) que celui de la métropole (+5,4 ‰), et la structure par âge de leur population est plus jeune. La fécondité y est un peu plus élevée (2,4 enfants par femme en 2010 contre 2,0) et l’âge moyen à la maternité plus jeune (respectivement 28,5 ans et 30 ans). La fréquence des avortements y est nettement plus forte, ainsi que celle des avortements répétés. Le nombre de mariages est resté stable en 2010, et l’augmentation des pacs s’est poursuivie, mais à un rythme ralenti. On se pacse et on se marie presque au même âge, toutefois l’écart d’âge entre les conjoints pacsés est légèrement plus réduit que pour les mariés. La fréquence des divorces aux durées de mariage élevées a beaucoup augmenté depuis 30 ans. L’espérance de vie à la naissance en 2010 est estimée à 78,0 ans pour les hommes et 84,7 ans pour les femmes. Les progrès depuis 20 ans sont plus importants pour les hommes que pour les femmes, et concernent de plus en plus la mortalité après 65 ans. L’espérance de vie à la naissance est presque aussi élevée dans les DOM qu’en métropole, mais la mortalité infantile y est au moins deux fois plus forte.


Insertion professionnelle des jeunes ultramarins : Dom ou métropole ?

Franck Temporal, Claude-Valentin Marie, avec la collaboration de Stéphane Bernard

Depuis un demi-siècle, les départements d’outre-mer (Dom) sont le théâtre de mouvements migratoires intenses où se croisent départs et retours des natifs des DOM et de populations nées en France métropolitaine ou à l’étranger. L’émigration des natifs des DOM, principalement orientée vers la métropole, a pour caractéristique majeure de concerner quasi exclusivement des individus en âge de travailler motivés par les études et l’emploi. Cette étude mesure l’ampleur et décrit la complexité de ces migrations, en s’attachant aux mécanismes de sélection à l’œuvre au départ comme au retour, notamment selon le niveau de diplôme. Il s’agit aussi d’évaluer les conditions de l’insertion des natifs des DOM pendant leur migration et d’apprécier les bénéfices qu’en tirent ceux qui reviennent, en particulier pour les plus jeunes (18 à 34 ans) par comparaison à leurs aînés (35 à 64 ans), afin d’éclairer les évolutions qui, d’une catégorie d’âge à l’autre, ont marqué cette tradition durable et forte de migration. Les résultats inédits des enquêtes Migrations, famille et vieillissement (MFV) et Trajectoires et origines (TeO), associés aux données des recensements dans les DOM et en métropole, offrent la possibilité d’analyses détaillées de la population des natifs des DOM quel que soit leur lieu de résidence, et ainsi de mieux comprendre les dynamiques en cours.


Les préférences de fécondité à Shanghai dans un contexte de basse fécondité

M. Giovanna Merli, S. Philip Morgan

La Chine fait partie du groupe des pays à faible fécondité avec un indicateur conjoncturel de fécondité de l’ordre de 1,4 à 1,6 enfant par femme. Les spéculations sur l’avenir de la fécondité en Chine dépendent en grande partie de ce que sont les souhaits et les intentions de fécondité des individus, comparés aux objectifs de l’État. S’ils sont largement supérieurs, un relâchement des restrictions en matière de planification des naissances pourrait conduire à une augmentation importante de la fécondité. Un échantillon aléatoire de résidents enregistrés et de migrants a été interrogé à Shanghai afin de savoir si un assouplissement de la politique les conduirait à avoir un surcroît d’enfants. Les résultats montrent que, dans ce contexte urbain, les intentions vont vers une famille restreinte à un ou deux enfants. En cas de relâchement de la politique de planification des naissances, une fraction relativement limitée de la population (moins de 14 %) déclare vouloir réviser ses intentions à la hausse. Modeste, cet accroissement est de plus incertain car les facteurs susceptibles de réduire la fécondité effective par rapport aux intentions sont, à Shanghai, vraisemblablement plus forts que ceux jouant en sens inverse. Ces résultats empiriques permettent d’envisager ce que pourrait être l’avenir de la fécondité en l’absence de contraintes politiques.

Estimation indirecte du nombre d’immigrés en Espagne à partir des taux de fécondité et des naissances

Luis Rosero-Bixby, Teresa Castro-Martín, David Reher, María Sánchez-Domínguez

Cet article propose une méthode indirecte pour valider les décomptes du nombre d’immigrés en Espagne établis à partir des registres municipaux de population, qui pourraient surestimer le nombre d’immigrés du fait de doubles enregistrements et de défauts de radiation en cas de départ du pays. La méthode proposée utilise deux types d’informations : le nombre de naissances issues d’immigrés et leurs taux de fécondité. Les statistiques de naissances par origine des parents proviennent de l’état civil espagnol ; les taux de fécondité sont estimés à partir de l’Enquête nationale sur les immigrés de 2007. Pour les femmes, l’estimation indirecte ne diffère pas significativement du décompte dans le registre, ce qu’on peut considérer comme une validation des deux sources. Pour les hommes, le registre de population dénombre 15 % d’immigrés de plus que l’estimation indirecte, avec un écart statistiquement significatif. Comparés aux estimations proposées dans cet article, les dénombrements des hommes et femmes provenant d’Europe occidentale et des hommes de Roumanie présentent un excédent important. À l’inverse, le rapport est faiblement inférieur à 1 pour les hommes et femmes d’Équateur et les hommes d’Afrique, ce qui suggère un sous-enregistrement de ces groupes par le registre de population.

Living Together Apart : Vivre ensemble séparés. Une comparaison France-États-Unis

Claude Martin avec la collaboration d’Andrew Cherlin, Caitlin Cross-Barnet

À partir de deux enquêtes exploratoires menées parallèlement aux États-Unis et en France, l’article propose de saisir les raisons qui conduisent certains couples de différents milieux sociaux à vivre toujours ensemble, sous le même toit, tout en ne formant plus un couple. Les auteurs repèrent les spécificités de ces arrangements dans la période contemporaine par rapport au passé, et en tirent un certain nombre d’hypothèses quant à la signification que prennent actuellement la cohabitation et le lien familial (comme combinaison de lien conjugal et de lien parental). Malgré des conceptions différentes du mariage et de la cohabitation dans les deux pays, les situations considérées comme « vivre ensemble séparés » (living together apart, LTA) et le sens qu’elles revêtent pour les intéressés sont finalement assez proches de part et d’autre de l’Atlantique. Les récits des personnes concernées témoignent de l’importance des conditions économiques et matérielles dans lesquelles se déploient les trajectoires conjugales, que ce soit pour accéder au mariage ou au divorce. Les répondants considèrent qu’ils se sont installés dans ces arrangements familiaux de façon à préserver la fonction parentale et surtout le lien paternel, et par crainte des conséquences économiques du divorce, crainte qui pourrait augmenter avec la crise.

La pellagre en Italie à la fin du XIXe siècle : les effets d’une maladie de carence

Monica Ginnaio

Dans de nombreux pays du monde, à différentes époques, la consommation de maïs comme unique denrée alimentaire a mené à la pellagre. Maladie causée par une extrême pauvreté nutritionnelle, l’avitaminose B3 est une maladie de carence due à la déficience en niacine et en tryptophane. Depuis la fin du XVIIIe siècle, en Italie du Nord et particulièrement en Vénétie, la pellagre demeure endémique jusqu’aux années autour de la première guerre mondiale. Le bouleversement causé par le « mal de la misère » n’affecte qu’une seule classe sociale, celle dont l’alimentation est totalement fondée sur la consommation de polenta de maïs : les paysans, notamment les journaliers, catégorie professionnelle particulièrement défavorisée. Fondée sur des sources documentaires d’origines diverses et entreprise dans une perspective pluridisciplinaire, cette analyse retrace les mécanismes épidémiologiques, sociaux, politiques et démographiques qui ont mené à la diffusion de la pellagre principalement parmi les agricultrices vénètes et lombardes en âge reproductif. L’observation de l’impact démographique de la maladie sur la population paysanne féminine engage une discussion à propos des éventuelles conséquences sur la natalité et la fécondité des populations de ces deux régions à la fin du XIXe siècle.

Johann Peter Süßmilch : de la loi divine à l’intervention humaine

Justus Nipperdey

La recherche sur les théories démographiques de Johann Peter Süßmilch s’est concentrée sur la seconde version révisée et augmentée de L’Ordre divin de 1761-1762. Les différences avec l’édition originale de 1741 ont été signalées, mais pas systématiquement analysées et expliquées. Cet article dresse un tableau du développement de la pensée de Süßmilch en relation avec l’évolution du discours caméraliste allemand de l’époque. On ne peut comprendre le projet originel de Süßmilch ni son développement ultérieur sans le rapprocher étroitement des discours allemands sur la population et l’économie. Süßmilch influença le discours caméraliste en renouvelant l’argumentation en faveur des politiques de population. Mais ce n’était pas l’objectif du théologien, qui avait délibérément évité toute interprétation politique de ses résultats en 1741. C’est dans les deux décennies suivantes que Süßmilch s’intéressa aux possibilités qu’offrent les instruments politiques de changer les comportements démographiques. À partir des années 1750, il commença à s’engager dans des polémiques qui atteignent leur apogée dans la deuxième édition de L’Ordre divin, ouvrage portant aussi bien sur les lois gouvernant la population que sur les politiques de population.

Fin de l’union conjugale, genre et tâches ménagères en Suisse

Boris Wernli, Caroline Henchoz

Les analyses longitudinales, qui suivent un même individu dans le temps, sont rares et portent essentiellement sur l’évolution de la répartition des tâches domestiques entre les conjoints. Elles soulignent l’accroissement du temps que les femmes consacrent aux tâches ménagères lors de la constitution du couple et de la famille, mais elles ne disent pas si ce phénomène est réversible. Observe-t-on l’inverse à la fin de l’union ? Qu’en est-il des hommes ? L’analyse longitudinale des données du Panel suisse de ménages (PSM), recueillies entre 1999 et 2009, montre que la fin de l’union conjugale (par séparation ou décès) entraîne une diminution du temps que les femmes consacrent aux tâches ménagères, alors qu’elle a peu d’effet sur l’investissement des hommes. La discussion des différents facteurs expliquant ces résultats nous amène à nuancer la portée explicative de la théorie du doing gender, largement mobilisée dans les études sur la répartition des tâches domestiques au sein du couple. Cette théorie semble plus appropriée pour décrire le comportement des femmes que celui des hommes. L’implication ménagère de ces derniers semble, en effet, moins dépendre des personnes avec lesquelles ils sont en interaction que de facteurs culturels comme les références normatives en matière de répartition et d’investissement ménager propres à chaque génération.