Violences de genre, inégalités, rapports sociaux

Les travaux menés dans le cadre de cet axe abordent les violences sous un regard renouvelé à partir des données quantitatives en population générale de l’enquête Virage (2015) et de l’enquête Virage dans les Outre-mer (2018). Les nouvelles données recueillies permettent d’interroger également les violences subies par les hommes et d’étudier la dimension intersectionnelle des violences. Les analyses menées à partir des bases de données statistiques sont prolongées par une démarche qualitative, afin d’explorer des dimensions moins quantifiables ou des dynamiques non couvertes par ces enquêtes. Les travaux de l’axe offrent de nouveaux matériaux permettant un retour réflexif sur les productions scientifiques dans ce domaine.

Les enquêtes statistiques sur les violences de genre répondent à un besoin de connaissances exprimé par les pouvoirs publics, ainsi que par divers organismes et structures associatives locaux, sur les violences à l'encontre des personnes et en particulier, contre les femmes. Ces nouvelles enquêtes s'insèrent dans la poursuite des recherches scientifiques sur les violences de genre menées en France (suite à la première enquête nationale sur les violences faites aux femmes réalisée en 2000 (ENVEFF) et dans le contexte international des recherches dans ce champ qui s'est structuré au cours des vingt dernières années. Les premiers résultats de ces enquêtes mettent en lumière l’intrication des rapports de domination de sexe et d’âge qui s’expriment de manière différenciée selon les types de violences subies et les sphères relationnelles dans lesquelles elles se déroulent. Ils confirment aussi la pertinence du continuum des violences pour appréhender le rôle de la diversité d’actes, de gestes, de paroles dans l’exercice du contrôle social, de la domination et de la violence à l’encontre des femmes dans toutes les sphères de la vie quotidienne. Ces nouvelles enquêtes ayant également interrogé les hommes, l’un des projets ’analyse novateurs s’articule autour des violences intrafamiliales et l’exposition aux violences des filles et des garçons, les effets à court et long terme de ces multiples formes de violence sur la construction des parcours de vie et plus généralement comment ces violences s’inscrivent dans la construction des inégalités et des rapports de pouvoir.

Les travaux à partir de ces enquêtes ont pour objectif l’approfondissement et l’actualisation des connaissances des mécanismes de la violence, des conséquences des violences au cours de la vie, des profils des victimes, ainsi que des leviers pour résister ou sortir des violences. Trois volets structurent cet axe : un volet d’ordre épistémologique, autour de la réalisation des enquêtes sur les violences ; un deuxième volet basé sur une démarche qualitative, qui explore des dimensions moins quantifiables de la violence de genre ou des dynamiques non couvertes par l’enquête ; un troisième, s’appuyant sur les enquêtes réalisées dans trois régions ultramarines, qui met en avant la mise en œuvre de l’intersectionnalité pour analyser ces violences.

1. Depuis l’enquête ENVEFF et les travaux collectifs autour des enquêtes menées en Europe ou ailleurs, l’unité a poursuivi son travail de réflexion scientifique autour de la réalisation de telles enquêtes. Cette réflexion épistémologique porte sur les outils que sont les questions et les concepts qu’elles recouvrent, sur le mode de passation des questionnaires, la formation et l’accompagnement des enquêtrices/enquêteurs et les équipes de recherche, sur les objectivations des indicateurs et leur interprétation sociologique, sur la communication des résultats des enquêtes auprès des acteurs publics. Les terrains des enquêtes Virage dans l’hexagone et dans les Outre-mer nous offrent de nouveaux matériaux qui nous permettront d’opérer un retour réflexif sur les productions scientifiques concernant les violences de genre à partir d’un matériau quantitatif, adossé ou non à un matériau qualitatif. L’approche multi-méthode de l’enquête Virage dans l’Hexagone (une enquête principale ainsi que des enquêtes en ligne auprès d’étudiant∙e∙s, de populations LGBT, de victimes de violence en contact avec des associations de soutien) fournit une dimension originale à ce travail, qui sera valorisée dans la publication de l’ouvrage collectif sur Virage (hexagone), prévue pour novembre 2020, et par des publications au sein de revues nationales et internationales. La question de la définition, de la mesure et de la compréhension des fémi(ni)cides conjugaux sera traitée de manière spécifique. Une journée d’études sur les fémi(ni)cides conjugaux se tiendra en 2021 sur le Campus Condorcet, qui fera dialoguer recherche et acteurs de terrain.

Le sujet des traces laissées par le viol dans la statistique publique constitue une autre piste de la réflexion méthodologique, menée de pair avec l’analyse des traces physiques, psychiques et sociales laissées par les violences sexuelles sur les trajectoires des personnes qui les subissent. 2. A l’instar des enquêtes Enveff dans l’Hexagone, à La Réunion et en Martinique, les enquêtes Virage dans l’hexagone et dans les Outre-mer ont été suivies de post-enquêtes qualitatives auprès d’échantillons de répondant∙e∙s. Diverses thématiques seront explorées dans une démarche qualitative ou mixte (qualitative – quantitative), directement en lien avec le contenu des enquêtes. Par exemple une approche biographique de l’expérience de violence sera utilisée pour étudier le lien avec la santé, la précarité, la migration, pour comprendre l’expérience des jeunes, ainsi que celle des violences familiales et/ou sexuelles subies par les hommes durant l’enfance. La question des parcours affectifs et conjugaux des femmes, post-violences conjugales, sera également traitée. Sera explorée également l’une des asymétries entre hommes et femmes, celle qui porte sur la dimension intime des violences (sentiment de honte et de culpabilité, peur, sexualité perturbée, recours plus fréquent à l’IVG pour les femmes déclarant des violences conjugales). Enfin, les violences conjugales fémicides (meurtres, tentatives de meurtres, pensées suicidaires et tentatives de suicide) seront analysées plus en détails. Puis d’autres travaux seront menés sur des sujets connexes et qui ne sont pas abordés dans les enquêtes statistiques, comme les recherches sur les hommes auteurs de violences (parcours de vie, prise en charge judiciaire, rapports à la peine, représentations qu’ont les professionnel.les sur les hommes auteurs et sur la prise en charge).

3. Ce volet des travaux mobilise une perspective intersectionnelle, dans le contexte des relations post-coloniales des trois régions d’outremer étudiées (Guadeloupe, Martinique et La Réunion). L’objectif du projet Violences et intersectionnalité dans les outre-mer est à la fois théorique et empirique en tenant compte, d’une part, de la dimension temporelle à la fois collective et individuelle des violences et, d’autre part, de leurs effets locaux, des contextes géographiques, historiques, sociaux, politiques. Plusieurs thématiques font l’objet d’étude : violences durant l’enfance, violences et religion, harcèlement au travail, violences et migrations, violences et santé, traitement institutionnel des violences. Les travaux s’appuient à la fois sur l’exploitation des nouvelles enquêtes dans l’hexagone et les outre-mer français et sur des travaux qualitatifs utilisant des approches pluridisciplinaires.

Exploitation des données des enquêtes Virage – Virage dans l’hexagone (2015, 27 000 personnes) et Virage dans les Outre-mer (2018, 7 500 personnes). Ces enquêtes ont été menées par téléphone auprès d’une population d’hommes et de femmes âgées de 20 à 69 ans, représentative de la population générale grâce à un échantillonnage aléatoire et les personnes. Les données des enquêtes en ligne (2015), menées auprès de populations spécifiques - Virage victimes, Virage Universités, Virage LGBT – seront également mobilisées. Réalisation d’entretiens auprès de victimes identifiées lors des enquêtes (échantillons de personnes ayant donné leur accord pour être recontactées), ainsi qu’auprès de personnes contactées par d’autres intermédiaires (notamment associatives). Il s’agit d’un matériau complémentaire pour analyser les contextes et les conséquences des violences. Analyse de rapports produits par diverses administrations ou associations (dont la Délégation d’aide aux victimes pour l’étude des féminicides). Réalisation d’entretiens auprès d’actrices et d’acteurs de terrain et de professionnel∙le∙s dans le domaine de la prévention des violences ou du soutien aux victimes : analyse du traitement institutionnel des violences. Analyse d’articles de presse et de supports de communication utilisés pour les campagnes de prévention des violences dans les outre-mer.

Participants