Espace et stratifications sociales

L’objectif général de ce projet-phare est d’analyser les dimensions spatiales de la stratification sociale à partir de différents indicateurs (PCS, âge, génération, sexe, origine), combinés ou pris séparément. En effet, la société française est marquée depuis le début des années 2000 par le creusement des inégalités de logement, tant en termes d’accès aux différents statuts d’occupation, de type de territoires, que de patrimoine. Ces inégalités ont des répercussions au niveau micro (sur les trajectoires sociales des individus) et au niveau macro (sur la distribution spatiale des populations, le niveau des inégalités et la cohésion sociale). Les travaux menés dans ce projet-phare visent dès lors à : (1) décrire l’évolution des formes et de l’intensité de la ségrégation socio-spatiale, en France et dans différents pays, à partir de travaux conduits en population générale ou ciblés sur des groupes spécifiques ; (2) éclairer le rôle des politiques publiques (politique de logement, d’équipement, de crédit, …) et du marché (intermédiaires, sites en ligne, etc.) dans les dynamiques observées ; (3) améliorer les outils de classification et d’analyse afin de prendre en compte les évolutions récentes du marché du travail (développement du travail indépendant, du travail mobile, des professions du numérique, etc.), et des formes familiales (séparations conjugales, familles recomposées, etc.).

L’espace résidentiel et la structuration des villes ont toujours donné à voir les grands clivages socio-économiques et ethno-raciaux qui structurent nos sociétés. Si en France, le thème de la ségrégation a souvent été assimilé aux populations pauvres, c’est plus largement la polarisation sociale à l’œuvre sur le territoire qu’il faut analyser. Les grands centres urbains connaissent d’importantes mutations (avec le développement d’Airbnb, etc.) tandis que que les territoires ruraux et périurbains attirent une part faible, mais croissante, de ménages immigrés qui trouvent là des voies d’accès à la propriété.
En outre, les inégalités socio-spatiales peuvent s’exprimer en termes de patrimoine, de trajectoires résidentielles mais aussi en termes d’accès à la ville, aux transports, aux marchés locaux du travail, aux équipements ou encore à la qualité environnementale. Ces inégalités se mesurent entre ménages, mais aussi entre les femmes et les hommes au sein des couples.
Enfin, parallèlement aux approches méso ou macro développées dans certains projets, l’analyse localisée de la stratification sociale permet de comprendre les modalités de cohabitation entre populations et leurs effets sur les trajectoires des individus.

Ce projet de recherche s’articule autour de deux axes. Le premier axe analyse les inégalités d’accès à la ville et au logement, au fil des générations et à différents âges de la vie. Le deuxième axe analyse la distribution des groupes sociaux dans l’espace, en questionnant les catégories d’analyse (PCS, sexe, origine) et leur interrelation.

1. Inégalités d’accès à la ville et au logement au fil des générations et de la vie

Analyse longitudinale de la ségrégation urbaine dans l’agglomération parisienne
Le projet FRESQUE, coordonné par Catherine Bonvalet, analyse les dynamiques et trajectoires résidentielles des différents groupes sociaux au sein de l’agglomération parisienne de 1930 à 2000.
Analyse des inégalités sociales d’accès à la propriété et au parc social
Les générations étudiées ont effectué leurs parcours résidentiels dans des contextes socio-économiques différents. L’empilement de trois enquêtes de l’INED permet également d’étudier comment les trajectoires familiales des différentes générations portent la trace des évolutions du couple et de la famille et comment les différences de genre s’expriment dans l’étude des choix résidentiels. Ancrage et mobilité résidentielle à la retraite (AMARE) Dans un contexte de vieillissement de la population, ce projet a pour objet de questionner les relations entre habitat et mobilité à l’âge de la retraite à partir des données de la CNAV.

2. Les groupes sociaux dans l’espace

Politiques publiques et acteurs de marché
Les choix résidentiels, qui revêtent une dimension individuelle, sont également influencés par les politiques de logement mises en œuvre au niveau national et à l’échelle locale. Une recherche associant économistes et sociologues vise à analyser le rôle du Prêt à taux zéro et du crédit immobilier dans les dynamiques de peuplement et la ségrégation socio-spatiale en France métropolitaine (Anne Lambert, Laurent Gobillon et Sandra Pellet).
Les inégalités de genre dans et autour du logement
La sociologie urbaine a largement ignoré la question du genre pour se concentrer sur les dimensions socio-économiques et raciales de l’analyse du territoire et de la répartition des populations. Après la parution de l’ouvrage Le monde privé des femmes- Genre et habitat dans la société française contemporaine dirigé par Anne Lambert, Pascale Dietrich-Ragon et Catherine Bonvalet, une journée d’étude vise à faire le point sur les travaux en chantier : les rapports de domination rapprochée ; les mobilités dans la ville ; la différenciation des groupes sociaux par les rapports de genre.

Stratification et ségrégation socio-raciale
Aujourd’hui, les personnes issues de l’immigration font partie des premières victimes de la crise du logement. À partir de l’enquête TeO1 et de la future enquête TeO2, Pascale Dietrich-Ragon étudiera les trajectoires résidentielles des populations issues de l’immigration et s’intéressera à leur position résidentielle. Par ailleurs, les immigrés connaissent aussi des formes d’intégration résidentielle (du point de vue des statuts d’occupation) ou de dispersion spatiale (dans les communes rurales et périurbaines) que Julie Fromentin étudie ainsi dans le cadre de sa thèse à partir des données de recensement (1968-2015) et d’entretiens. Mesures de la stratification et catégories d’analyse Pour finir, l’analyse de la stratification sociale soulève la question de la pertinence des indicateurs et agrégats retenus. Dans le cadre de la rénovation des PCS en cours engagée par l’INSEE, Joanie Cayouette-Remblière et Milan Bouchet-Valat à la création d’une « PCS Couple » et à la définition d’agrégats intermédiaires.
Deux recherches visent à développer une approche de la position sociale grâce à une perspective dite « configurationnelle »,

Les recherches de ce projet-phare privilégient une approche spatialisée de la stratification sociale. Ils questionnent les dynamiques de ségrégation, entendue comme toute différence de localisation résidentielle entre groupes définis en fonction de critères comme la position sociale, l’origine, les revenus, le sexe, l’âge. Ils privilégient un regard longitudinal. Les travaux soulèvent enfin des questionnements méthodologiques sur la mesure de la stratification sociale et les catégories d’analyse : échelle, critères, période.
Du point de vue empirique, ce projet-phare repose sur la collecte et/ou l’analyse de plusieurs sources de données : des données issues des grandes enquêtes statistiques (enquête Logement de l’Insee, enquête Génération du CEREQ, recensement de la population) ; des données issues d’enquêtes à thème spécifiques (enquêtes Peuplement et dépeuplement de Paris, Triple Biographie, Biographie et Entourage) ; des données administratives (CNAV, données de la SGFGAS sur le Prêt à taux zéro ; données des bailleurs sociaux) ; enfin, des matériaux qualitatifs (entretiens biographiques, observations, archives) issus d’enquêtes de terrain qui permettent de comprendre les processus à l’œuvre et les représentations subjectives. Pour finir, ces recherches privilégient un regard interdisciplinaire, qui mêle sociologie, démographie, géographie et économie.