Inégalités résidentielles

L’objectif général de ce projet-phare est d’analyser les inégalités résidentielles dans leur contexte de production. En effet, la société française est marquée depuis le début des années 2000 par le creusement des inégalités résidentielles, tant en termes de répartition spatiale des populations, d’accès aux différents statuts d’occupation, que de qualité de l’habitat ou encore d’accès aux services locaux comme les écoles. Dès lors, privilégiant une approche dynamique des inégalités, les recherches menées dans ce projet-phare ont pour point commun de prendre en compte le rôle des dispositifs institutionnels (crédit immobilier, prêt à taux zéro, école, logement social, etc.) sur les trajectoires des populations, qu’elles soient logées ou qu’elles se situent en marge du logement ordinaire.

La société française est marquée depuis le début des années 2000 par des inégalités résidentielles croissantes. Celles-ci se traduisent de différentes façons : en termes de répartition spatiale des populations, d’accès aux différents statuts d’occupation, de qualité de l’habitat ou encore d’accès aux services locaux, comme les écoles. Elles se déclinent aussi selon de multiples dimensions : la classe sociale, le genre, l’origine géographique, le lieu de résidence ou encore la génération. Dès lors, si l’analyse des inégalités résidentielles s’est longtemps concentrée sur la mesure de la ségrégation spatiale et les quartiers de relégation (Topalov, 2013), elle se trouve aujourd’hui enrichie par la prise en compte des dispositifs institutionnels et marchands dans lesquels elles s’inscrivent. C’est précisément l’enjeu de ce projet-phare. Par ailleurs, pour tenir compte du développement de la précarité résidentielle, une attention particulière est portée aux populations en marge du logement ordinaire, qui sont les premières victimes de ces inégalités. Les jeunes, les personnes issues de l’immigration, celles qui sont dépourvues de soutien familial ou exclues du marché du travail peinent de plus en plus à se loger décemment. Elles sont alors bien souvent dépendantes des institutions pour trouver un toit ou améliorer leurs conditions de logement. Les chercheurs du projet s’attachent à décrire les parcours conduisant à la précarité résidentielle ou permettant d’en sortir, à saisir les expériences de ces situations et le rôle de l’entourage et des institutions pour y faire face.

Ce projet de recherche s’articule autour de trois axes. Dans le premier axe, nous concentrons notre attention sur les populations en marge du logement, qu’il s’agisse de personnes mal logées ou non logées, résidant dans des habitats atypiques, ou de jeunes vivant hors du domicile familial. À partir d’enquêtes quantitatives comme l’enquête « Sans Domicile », « ELAP » (Etude longitudinale sur l'autonomie après le placement), et de travaux qualitatifs, nous étudions les trajectoires résidentielles et biographiques de ces populations, leurs conditions de vie, leur entourage relationnel, leurs liens avec le territoire de résidence, ainsi que leur rapport aux institutions (administrations, travailleurs sociaux, associations). Le deuxième axe considère l’ensemble des logements ordinaires au sens de l’INSEE. On s’attache à mieux comprendre et mesurer les effets des dispositifs institutionnels (publics et privés) sur le rapport au logement des individus (choix de localisation résidentielle, statut d’occupation, rapport au quartier, mobilité sociale, etc.). Les effets sont différenciés en fonction du sexe des individus, de leur position sociale, de leur place dans la fratrie et la parenté, etc. Enfin, dans le troisième axe, nous nous intéresserons à ce que la composition sociale des quartiers fait aux relations de voisinage. À partir d’une grande enquête quantitative qui sera conduite dans les trois prochaines années (Voisinages), il s’agira de comparer les types de relations et de sociabilités qui se nouent dans différents contextes résidentiels – du centre vers la périphérie, des quartiers bourgeois aux quartiers populaires. Une attention particulière sera portée sur les nouveaux quartiers de mixité sociale programmée, ces programmes neufs construits en zone urbaine dense où entre un quart et la moitié des logements est réservé au secteur social.

L’ensemble des recherches de ce projet-phare ont pour point commun de privilégier une analyse des inégalités résidentielles ancrées dans des territoires et des dispositifs institutionnels, d’articuler des méthodes qualitatives et quantitatives et d’adopter dès que possible un regard longitudinal sur leur objet d’études. Sont ainsi combinées plusieurs sources de données : des observations et entretiens menés au cours d’enquêtes de terrain ; des données collectées localement au moyen de questionnaires construits par les chercheurs de ce projet ; des données issues des grandes enquêtes statistiques (enquête Logement de l’Insee, enquête Génération du CEREQ, recensement de la population) ; des données issues d’enquêtes à thème spécifiques (enquête Histoire de Vie, ELAP , enquête Sans-domicile) ; des données administratives portant sur des dispositifs ou des territoires particuliers (données de la SGFGAS sur le Prêt à taux zéro ; données des bailleurs sociaux). Ces recherches et travaux privilégient aussi un regard interdisciplinaire, qui mêle sociologie, démographie, économie et géographie.