Éducation, population, territoires : trajectoires et inégalités.

Des chercheurs de l'INED réinvestissent depuis quelques années l'étude des trajectoires scolaires, en lien avec la diversification des territoires et des contextes socio-spatiaux.
Ce projet débute en 2017. Pour cette année, il consiste en une série de 3 séminaires avec un large groupe de participants et de deux journées d'études.

En 1962, l’INED, sous l’impulsion d’Alain Girard et Henri Bastide, a été précurseur dans l’étude des trajectoires éducatives par la mise en place d’une enquête longitudinale, dont les résultats soulignent le rôle de l’origine sociale sur les choix d’orientation et la réussite à l’école. Si les inégalités sociales face à l’éducation font désormais l’objet d’une littérature abondante dans le prolongement du travail précurseur de Bourdieu et Passeron (1964), leur territorialité reste aujourd’hui encore sous-étudiée (Blanchard et Cayouette- Remblière, 2016). De fait, l’articulation entre éducation et territoire a souvent été saisie à travers l’enjeu des ségrégations scolaires, permettant d’interroger, du primaire au supérieur, l’inégale répartition des publics entre les territoires, les établissements et les classes/filières d’un même établissement (Oberti, 2007). Or, en déléguant de plus en plus aux collectivités locales des décisions, la décentralisation rend d’autant plus nécessaire l’observation des phénomènes éducatifs à travers différentes échelles. Depuis quelques années, plusieurs chercheurs, souvent rattachés à l’unité « Mobilité, logement, entourage », travaillent ces questions, en s’inscrivant dans plusieurs disciplines (démographie, économie, géographie, sociologie) et en mobilisant différentes méthodes (quantitatives et qualitatives). L’intérêt de ce projet est de faire dialoguer cet ensemble de travaux et d’approfondir les liens entre inégalités scolaires et territoires.

L'objectif de ce projet est de poursuivre une approche analytique et méthodologique articulant questions éducatives et territoriales. Nos discussions concerneront d’abord les échelles d’analyse pertinentes pour penser l’éducation : en effet, malgré la persistance de l’échelle nationale comme référence (programme, définitions des missions des institutions, recrutement des enseignants, validité des diplômes, etc.), multiples sont les échelles (classe, établissement, commune, bassin-district, agglomération, département, métropole, académie, région, monde, etc.) permettant d’observer les comportements des populations à différents niveaux scolaires (du premier degré au supérieur). Nos discussions se poursuivront autour de la façon de caractériser l’espace à ces différentes échelles : urbain/rural ; favorisé/défavorisé, mixte/ségrégué, etc. Il s’agira également d’articuler cette réflexion à des perspectives méthodologiques multiples (modèles multi- niveaux, analyse de séquences, étude des mobilités des publics, approches qualitatives biographiques et familiales, statistiques ethnographiques, etc.). Notre travail nous amènera enfin à questionner le statut théorique de l’espace dans l’analyse des inégalités et des trajectoires scolaires : constitue-t-il un élément de contexte, une variable explicative, une entrée méthodologique révélant de nouveaux processus ou encore un élément à expliquer ? Dans la perspective ouverte par les travaux précurseurs de Girard et Bastide, notre analyse des trajectoires scolaires aura à cœur d’articuler ces réflexions avec des données fines prenant en compte les structures démographiques, le statut socio-économique, le genre et l’origine géographique et migratoire des élèves. Elle ne négligera pas non plus les effets des transformations politiques, qu’elles concernent les modes de recrutement (mode d’affection des élèves dans le secondaire, niveau et moment de la sélection dans le supérieur), l’évolution de l’offre éducative ou encore la nature des études.

Ce projet implique de l'exploitation secondaire de bases de données nationales ou locales ainsi que des enquêtes ethnographiques localisées. Plus précisément : • Le « Panel d’élèves du second degré » de la Direction de l'Évaluation de la Prospective et de la Performance (DEPP) permettant de suivre une cohorte d’élèves entrés une même année en 6ème (1980, 1989, 1995, 2007) et désormais des cohortes de bacheliers pour le panel de 1995 (2002, 2003, 2004 et 2005) dans le supérieur. • Les bases de données « SISE » (Système d'Information sur le Suivi de l'Étudiant) et « AGLAE » (Application de Gestion du Logement et de l'Aide à l'Étudiant) du Ministère de l'Enseignement Supérieur et de la Recherche. • Les enquêtes « Génération » du CÉREQ qui permettent de suivre, de manière mensuelle, l’entrée des jeunes diplômés dans la vie active durant 3 années. • L’enquête Famille Logements (EFL, 2011, INSEE/INED) offre l’occasion d’analyser les localisations résidentielles de trois générations, par exemple la transmission des statuts professionnels entre parents et enfants, en reprenant les résultats existants concernant les localisations résidentielles sur trois générations. • La 7ème édition de l’enquête de l’OVE (Observatoire de la Vie Etudiante) de 2013 concernant les conditions de vie étudiante, en particulier les volets 1 (données socioéconomiques et académiques des étudiants) et 5 (logements des étudiants) pourra également être mobilisée afin d’appréhender les étapes de la mobilité résidentielle étudiante. • Les enquêtes menées localement dans les établissements scolaires, du primaire à l’université, permettront de mesurer les effets de sites.