Les effets des transitions démographiques, économiques et politiques sur les migrations internationales au Sud de la Méditerranée

Le projet se propose d'analyser les différentes facettes de la migration internationale : flux,migation de retour et de transit, impact sur les pays d'accueil et de départ, intégration des femmes dans les flux migratoires et leur autonomie. L'espace migratoire privilégié est celui qui lie l'Afrique du Nord à l'europe du Sud. Pour atteindre les objectifs assignés au projet seront mobilisées aussi bien des enquêtes à caratère quantitative et qualitatives mais aussi les données produites par les organismes internationaux chargés suivi des migrations internationales.

Les changements démographiques se déroulent selon des rythmes plus rapides que ceux des différents aspects du système culturel (Bourdieu, sociologie 1985 ; p.105). Cependant, si les changements dans le système culturel se révèlent insuffisants pour accompagner les changements démographiques des tensions ne manqueront pas d’apparaître dans les sociétés concernées. La rive sud de la Méditerranée, à des degrés variables est concernée par ces bouleversements démographiques et leurs conséquences politiques. L’INED a, à de multiples reprises, analysé ces mutations qui concernent en premier chef la fécondité depuis quatre décennies. La montée apparente de l’islam dans la société civile et l’émergence d’un islamisme radical dans la sphère politique, malgré la sécularisation croissante des sociétés, sont elle-même la résultante de transitions culturelle et démographique accélérées. Les changements démographiques portent également sur les migrations internationales. Entre1990 et 2008, 2,3 millions de maghrébins sont entrés légalement dans l’un des pays de l’UE, comme actif, par le biais du regroupement familial, ou au bénéfice d’une régularisation dans le cadre des procédures définis par les pays européens. Les Marocains sont les plus nombreux, ils représentent 68 % des entrées, les Algériens, 22% et les Tunisiens 10%. De ce fait et pendant cette période, le nombre de Maghrébins présents dans l’Union Européenne n’a cessé de progresser dans toutes les destinations de migrations dites traditionnelles, mais aussi dans de nouveaux pays d’accueil : Italie, Espagne et Grèce. Cependant les chiffres disponibles sont sujets à caution, en effet les sources statistiques fournissent des effectifs différents, parfois contradictoires. Les données consulaires (CARIM) intègrent les descendants de migrants dans leur population résidente à l’étranger contrairement aux données recueillis par l’OCDE. Avec la définition des immigrants adoptée par les services statistiques de l’OCDE la population née au Maghreb et résident dans l’un des pays de l’OCDE, par exemple, représente 3,4 millions de personnes en 2005. Elle réside surtout dans l’un des pays de l’Union européenne (95,5%), les deux tiers en France. L’émigration vers l’Amérique du Nord (120 000 personnes) s’est amorcée au cours des dernières années du 20e siècle. Des cinq pays du grand Maghreb, la Mauritanie (15 000 émigrants) et la Libye (65 000 émigrants) ne sont pas, pour l’instant considérés comme des pays d’émigration. Ce dernier pays était jusqu’à la révolution de février 2011 essentiellement un pays d’immigration (1,5 million d’immigrants), en provenance du monde arabe et d’Afrique subsaharienne. Depuis cette date la Libye génère à son tour des flux vers l’Italie principalement. Outre, le Maghreb, les pays arabes du Proche-Orient sont eux-mêmes de grands pays d’émigration : Egypte, Syrie, Liban, Palestine, Yémen en raison des lacunes de leurs systèmes économique et politique. Assez proche géographiquement, le réceptacle de cette émigration est l’Arabie saoudite et les petits émirats du Golfe, soumis ainsi à des pressions migratoires fortes, qui fragilisent leur édifice national. La Turquie qui connaît un fléchissement de ces flux vers l’Europe est devenue un pays d’immigration et de transit des migrations internationales. Ces pays sont par conséquent plus ou moins intégrés dans le système migratoire transméditerranéen qui connaît des bouleversements profonds par les changements démographiques, les transformations socioéconomiques et les perspectives politiques. Ce projet réalisera des recherches sur l’incidence des transformations en cours sur ce système migratoire dans toutes ses facettes : culturelle, politique,. Comment le volume, les composantes et l’orientation des flux migratoires sont-elles modifiées par les changements en cours ? Le premier objectif consistera dans le suivi de l’évolution des flux et l’analyse des appareils de mesure de ces flux, le second s’intéressera à l’impact des migrations sur les pays d’origines (retour, transferts etc.) et les pays d’accueil, le troisième à l’évolution des composantes des flux notamment à la migration des élites.

Ce projet se situe à la croisée de plusieurs recherches et fera appel au partenariat de plusieurs autres chercheurs.
Objectif 1 : Flux migratoires et trajectoires individuelles Migrations Monde arabe et Europe (Kamel Kateb, Youssef Courbage)
Mesurer les flux réguliers ainsi que les mouvements conjoncturels dus à des situations de crise et de les analyser à l'aide de données quantitatives et qualitatives est l’un des principaux objectifs. Il s’agira également de suivre l’évolution et les conséquences des migrations subsahariennes à travers le monde arabe et le Maghreb et d’étudier enfin les conditions de retour des émigrés ainsi que les transferts des ressources des pays d’accueil vers les pays de départ.
Egypte : pays d’accueil et de départ des migrations par Elena Ambrosetti, (Sapienza Università di Roma)
On se propose d’étudier l’évolution des migrations de départ de l’Egypte à l’arrivée en Egypte. Ce pays peut être considéré à plein titre, un pays de départ, mais aussi d’accueil des migrants.
Tunisie
Les objectifs de cette étude sont multiples : étudier les différentes catégories d’appartenance des nouveaux migrants ; comprendre l’impact des changements politiques récents sur leur projet de migration ; comprendre les nouveaux parcours de migration suite aux changements politique ; comprendre leur situation actuelle et évaluer leur projet d’avenir.
Déplacements forcés, asile et reconfigurations socio-politiques en méditerranée- Nisrin Abu Amara Ce projet vise à étudier les trajectoires et le vécu de déplacé-e-s forcé-e-s par des recompositions socio politiques en cours en méditerranée ainsi que leur prise en charge par les institutions locales et internationales au Moyen Orient (Egypte, Jordanie, Liban), au Maghreb (Tunisie, Maroc) et en Europe (France, Grande Bretagne, Italie). Déplacements forcés, asile et reconfigurations socio-politiques en méditerranée- (Nisrin Abu Amara) Le projet comporte trois axes principaux essentiels pour la compréhension de la problématique de l’exil et des déplacements forcés au Moyen Orient et au Maghreb, comportant une approche historique et comparative:1. Enjeux institutionnels et politiques dans les pays d’origine et d’accueil, Itinéraires, vécu et mobilisations dans l’exil, Une approche historique et comparative: le cas particulier des exilés palestiniens Objectif 2 : Impact des migrants internationaux sur le pays d’origine et d’immigration La migration marocaine, une influence de plus en plus grande sur le développement du Maroc (Kateb, J-L Rallu, Hamdouche, Mghari, Courbage)
La migration marocaine est la plus dynamique du Maghreb, aussi bien en ce qui concerne les effectifs de migrants que la diversité des destinations. C’est un terrain privilégié pour étudier comment le processus migratoire s’inscrit dans la dynamique spatiale marocaine et ses conséquences sur le développement, notamment dans le cadre des migrations de retour.
Migration indépendante variation selon le sexe (J-L Rallu, Mohamed Mghari (CERED, Rabat) et Hamdouche (INSEA)). le développement d’une migration féminine indépendante a attiré l’attention de la recherche, aussi bien dans l’UE que dans les pays de départ. Cette migration est de plusieurs types : migration saisonnière de femmes pour des travaux agricoles dans les pays du sud de l’UE : Espagne, et Italie notamment ; migration d’étudiants ; migration de travailleurs seuls. On essaiera d’évaluer les flux et les caractéristiques des migrants et on comparera les hommes et les femmes. On utilisera d’abord les données du recensement et les enquêtes disponibles, en France, ainsi que l’enquête « à passage répétés » 2009-2010 au Maroc et la nouvelle enquête 2013 sur les migrants marocains, incluant les migrantes, portant sur 1200 ménages. Le recensement annuel français devrait permettre une mesure des tendances et fournir une première approche descriptive des caractéristiques de ces migrants et éventuellement montrer des différences selon le sexe. On essaiera d’identifier plus précisément ces migrants dans l’enquête TeO et dans les enquêtes marocaines. Une première analyse de celle-ci effectuée par nos collègues marocains, fourni une variable créée « migrant indépendant », mais celle-ci doit être redéfinie, pour être plus pertinente. Les enquêtes seront utilisées pour définir les déterminants de ce type de migration, à partir de régressions logistiques. Emigration et société dans le Liban contemporain (Youssef Courbage, Cynthia Salloum)
Il s’agira surtout d’étudier l’aspect démographique des migrations. Afin de fournir des estimations fiables, il s’agira :
1. D’estimer les effectifs et la répartition géographique de la diaspora libanaise à l’aide de modèles démographiques de projections ;
2. Fournir des estimations réalistes de la diaspora dans les Amériques ;
3. Analyser les sources libanaises délaissées ; recensement de 1922 et de 1932, enquêtes de 1970 à 2005, état civil (qui comprend les naissances et les décès sur place et à l’étranger) ;
4. Evaluer les statistiques consulaires ;
5. Evaluer les données des recensements des principaux pays d’accueil ;
6. Données sur les visas, les permis de séjour et les permis de travail des étrangers.
Mesure et impact de la naturalisation sur l’intégration des migrants étrangers (J-L Rallu)
On recherchera une meilleure connaissance de la tendance des migrants à demander la naturalisation et de l’issue de cette démarche, ainsi que les facteurs de naturalisation. L’impact des naturalisations sur l’accès à l’emploi, la participation électorale et autres facteurs d’intégration pourront être mesurés à partir d’enquêtes biographiques.
Objectif 3 : Circulation des savoirs et des compétences La circulation des compétences entre le monde arabe et l’Europe (Youssef Courbage, Kamel Kateb)
La migration hautement qualifiée des pays du Sud vers les pays du Nord a connu une importante accélération ces dernières décennies.
Il s’agira de mener d’abord une revue de la littérature et de données existantes sur l’articulation migration et éducation, au sens large de la formation dans les pays d’origine jusqu’aux questions de la formation du capital humain, de la circulation et transfert des compétences, du niveau scolaire des migrants.

Les traitements statistiques seront fonctions des sources mobilisées. Un traitement statistique classique (descriptif et mathématique) sur les bases de données (AMERM, MIREM, EMEMI etc.) et analytique pour les données fournies par les organismes nationaux et internationaux de statistique ainsi que pour celles fournies par les enquêtes qualitatives. Différents types de données sont proposés à l’exploitation.
Des rencontres bilatérales sont planifiée (Palestine, Maroc) en vue de régler l’épineux problème des départs d’émigrants de ménages complets, à partir de l’expérience marocaine de l’Enquête à passages répétés de 2009-2010.

Participants


  • Youssef Courbage - Ined
    Kamel Kateb - Université Paris V
    Nisrin Abu-Amara - Ined
    Elena Ambrosetti - Université La Sapienza (Rome)
  • Bachir Hamdouch - Institut de statistiques et d'économie appliqué
    Hassan Kassar - Université de Tunis
    Mohamed Mghari - CERED
    Michela Pellicani - Université de Bari