Effets de l’usage de drogues sur le recul de l’espérance de vie aux États-Unis

Au dernier rang des pays à haut revenu pour ce qui est de l’espérance de vie, les États-Unis enregistrent, ces dernières années, une surmortalité particulièrement concentrée sur les personnes en âge de travailler, en grande partie à cause de l’augmentation du nombre des décès dus à la drogue.

Quel impact la mortalité liée à la consommation de drogues a-t-elle sur l’espérance de vie observée aux États-Unis et son mauvais classement dans les pays à hauts revenus ? Magali Barbieri, l’auteure de l’article « The contribution of drug-related daths to the US disadvantage in mortality », a estimé les taux de mortalité selon l’âge pour la période 2000-2014 aux États-Unis pour sept causes de décès, dont la consommation de drogues, et les a comparés à ceux d’une sélection de pays européens (Allemagne, Autriche, Belgique, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Norvège, Royaume-Uni, Suède) et du Japon.  

Le taux de mortalité lié à la drogue

En 2000, le taux de mortalité lié à la drogue, de 7,1 pour 100 000 chez les hommes et de 3 pour 100 000 chez les femmes aux États-Unis, n’était pas très éloigné (supérieur de 50%) de celui des 12 autres pays. Cependant, alors que ces niveaux de risque se sont maintenus chez ces derniers, les États-Unis ont connu une forte hausse de la mortalité liée à la drogue, avec un taux atteignant 22 pour 100 000 en 2017. Entre 1980 et 2017, le taux de mortalité lié à la consommation d’opioïdes a été multiplié par plus de 20. Le risque de mourir d’une overdose est cinq fois plus élevé aux États-Unis qu’en France. Les pays d’Europe du Nord sont, avec le Royaume-Uni, les pays européens les plus touchés derrière les États-Unis.

La mortalité liée à la drogue apparaît plus élevée aux États-Unis pour tous les groupes d’âges de 10 à 70 ans, tant chez les hommes que chez les femmes. Elle contribue jusqu’à 30% à l’écart de mortalité observé entre les États-Unis et les pays figurant dans cette étude, pour la population des jeunes et des jeunes adultes, et jusqu’à 40% chez les hommes en âge de travailler. Au-delà de 65 ans, le poids de la consommation de drogues sur la mortalité est plus faible, les taux pour d’autres causes étant beaucoup plus élevés.

Une possible aggravation

Parmi toutes les causes de décès considérées, les overdoses représentent la seule qui ait enregistré un pic depuis l’an 2000. Du fait de l’importante hausse du nombre de décès liés à la drogue aux États-Unis depuis 2014 (dernière année pour la comparaison), l’écart d’espérance de vie à la naissance pourrait se creuser encore davantage entre les États-Unis et les 12 pays dans les années à venir.

Cette étude se concentre sur les effets directs de la consommation de drogues (estimée à plus de 37 000 prises quotidiennes de stupéfiants aux États-Unis, contre moins de 10 000 dans l’ensemble des pays européens) et elle ne prend pas en compte les effets indirects comme l’impact sur la famille et le travail, ou les conséquences sur la santé en général, ce qui engendre une potentielle sous-estimation du poids de la consommation de drogues sur la mortalité.

Taux de mortalité lié à l’usage de drogue (pour 100 000) dans une sélection de pays

Source : Magali Barbieri, 2018, The contribution of drug-related deaths to the US disadvantage in mortality, International Journal of Epidemiology.

Contact : Magali Barbieri

Mise en ligne : novembre 2019