L’évolution de la fécondité et de la nuptialité en Afrique subsaharienne

En 2015, avec 5,1 enfants par femme en moyenne, l’Afrique subsaharienne présentait un taux de fécondité nettement supérieur à celui de toutes les autres régions du monde. Parallèlement, l’Afrique subsaharienne se distingue encore, à l’échelle internationale, par l’âge moyen le plus jeune pour les femmes au premier mariage.

Dans quelle mesure ces schémas de fécondité et de nuptialité sont-ils liés ? La baisse de la fécondité est-elle possible dans un contexte de mariages précoces ? Se marier plus tard implique-t-il nécessairement une baisse de la fécondité ? Véronique Hertrich, auteure de l’article « Trends in Age at Marriage and the Onset of Fertility Transition in sub-Saharan Africa », a conduit une étude comparative pour examiner sur le long terme l’évolution de l’âge des femmes au premier mariage et la fécondité en Afrique subsaharienne continentale, en se concentrant sur les pays comptant au moins un million d’habitants en 2010 et en mobilisant un très grand nombre de sources de données (362 recensements et enquêtes nationales menés depuis 1950 dans 39 pays).

L’augmentation progressive de l’âge des femmes au premier mariage

Dans les années 1960, se marier tôt représentait le schéma dominant. Dans la plupart des pays d’Afrique subsaharienne, l’âge médian des femmes au premier mariage était effectivement inférieur à 18 ans. Cependant, il a peu à peu augmenté pour dépasser les 19,5 ans en 2010, voire les 21 ans dans un grand nombre de pays.

Figure – Relationship over time between women’s median age at marriage and TFR in countries with times series beginning at least 5 years before the initiation of fertility decline (i.e., maximum TFR) and with consistent data (25 countries)

Comme attendu, plus l’âge médian des femmes au premier mariage est élevé dans un pays, plus le taux de fécondité est bas ; mais cette association statistique s’intensifie avec la transition de la fécondité amorcée à la fin des années 1980 dans la région.

La transition de la fécondité

Le processus débute dans ces pays généralement par l’élévation de l’âge au premier mariage mais celui-ci n’implique pas immédiatement une baisse de la fécondité, qui reste à un niveau élevé voire augmente dans certains pays ; ce n’est que dans un second temps que la fécondité se met à baisser (il faut compter environ 13 ans en moyenne pour que le processus de baisse de la fécondité s’enclenche après le début de la hausse de l’âge au mariage).

L’explication de cette transition en deux étapes réside dans les évolutions sociales et sanitaires qui sous-tendent les changements démographiques observés. Dans un premier temps, les progrès médicaux, une meilleure nutrition et les changements dans les comportements post-partum (réduction des durées d’abstinence sexuelle après un accouchement et des durées d’allaitement) favorisent la fécondité et compensent le recul de l’âge au mariage. Cependant, celui-ci va ensuite avoir un impact sur la fécondité puisque les femmes qui se marient plus tard contrôlent activement leur procréation avant leurs unions (effet direct) ce qui peut les inciter à plus de contrôle tout au long de leur vie (effet indirect), ce qui explique que la seconde phase soit caractérisée par une baisse de la fécondité.

Source : Véronique Hertrich, 2017, Trends in Age at Marriage and the Onset of Fertility Transition in sub‐Saharan Africa, Population and Development Review.

Mise en ligne : juillet 2020