Patrimoine et mobilité intergénérationnelle en France entre 1848 et 1960

Quelle(s) mobilité(s) intergénérationnelle(s) de la richesse peut-on observer sur plus d’un siècle ? Quelles sont les conséquences de l’augmentation, à partir de la seconde moitié du XIXème siècle, du nombre de salariés ? Les auteurs de l’article « Intergenerational wealth mobility in France, 19th and 20th century », Jérôme Bourdieu, Lionel Kesztenbaum, Gilles Postel-Vinay et Akiko Suwa-Eisenmann, ont cherché à répondre à ses questions en s’appuyant sur l’enquête TRA, une vaste enquête historique qui rassemble des informations sur les individus décédés entre 1800 et 1939 en France dont le patronyme commence par « Tra ». Très documentée, cette enquête renseigne à la fois sur les situations maritale, professionnelle, géographique et patrimoniale des enquêtés à leur mort. Ces données permettent de reconstituer les trajectoires des individus et leur filiation afin d’étudier, entre autres, la mobilité intergénérationnelle de la richesse, de pères en fils et filles.
Les chercheurs ont subdivisé cet échantillon représentatif de la population française en trois groupes : un premier comprenant les individus ne possédant pas de biens, un deuxième réunissant les individus appartenant à la classe moyenne et enfin, un troisième constitué des personnes aisées, celles qui pourraient théoriquement vivre sans travailler. Au total, 4372 pères et leurs enfants devenus adultes sont pris en compte dans cette étude.

Les auteurs de cet article mettent en perspective les mobilités patrimoniales entre générations avec les contextes politique, historique, mais aussi économique, notamment l’urbanisation et l’industrialisation progressives du pays.

Un premier phénomène est l’accroissement des personnes qui ne possèdent aucun bien : n 1848, un quart des pères et de leurs enfants font partie de ce groupe, contre plus de 30% au XXème siècle. Au même moment, les deux tiers de la population font partie de la classe moyenne.

Un second changement au cours du temps est l’évolution de la mobilité entre générations : initialement plutôt descendante, on constate, après 1914, une augmentation du nombre d’enfants de pères pauvres qui rejoignent la classe moyenne. Dans le même temps, une part importante des enfants d’origine aisée rejoint la classe moyenne. De fait, la mobilité n’est pas la même selon la position de départ, avec moins de mobilité depuis les groupes extrêmes, les plus riches et les plus pauvres.
L’âge, la situation familiale et le lieu de résidence (milieu rural ou milieu urbain) ont un impact sur le niveau de richesse, de même que sur la mobilité. Ainsi, par exemple, le fait d’avoir 40 ans et d’être marié induit un niveau de richesse plus élevé chez les enfants.

Source : Jérôme Bourdieu, Lionel Kesztenbaum, Gilles Postel‐Vinay, Akiko Suwa‐Eisenmann, 2017, Intergenerational Wealth Mobility in France, 19th and 20th Century, Review of Income and Wealth

Contact : Lionel Kesztenbaum

Mise en ligne : août 2020