Politiques migratoires et mobilités étudiantes en Espagne, en France et au Royaume-Uni

Si l’importance des migrations étudiantes et l’intérêt croissant qu’elles suscitent sont reconnus, les politiques publiques mises en place dans ce domaine et leur évolution font cependant l’objet d’un nombre restreint de recherches. Les politiques migratoires à destination des étudiants non européens sont au cœur de l’article « Opening or closing borders to international students? Convergent and divergent dynamics in France, Spain and the UK » publié dans la revue scientifique Globalisation, Societies and Education.

S’appuyant sur l’étude de documents administratifs mais aussi sur une base de données récemment mise en place (ImPol), qui mesure les évolutions en matière de politiques relatives à l’immigration, les auteurs comparent les changements de politiques migratoires entre trois pays européens qui attirent un nombre important d’étudiants étrangers : l’Espagne, la France et le Royaume-Uni.
Les auteurs adoptent une approche néo-institutionnaliste permettant de tenir compte des multiples entités, au sens large du terme, qui composent un pays, telles que les partis politiques ou encore les structures administratives, mais aussi les différents niveaux de gouvernance, à la fois national et supranational.

Tendances communes et divergences

Cette recherche montre comment les politiques à l’égard des étudiants oscillent souvent entre restriction et ouverture, et constituent ainsi l’un des meilleurs exemples du « paradoxe libéral » qui caractérise l’élaboration des politiques migratoires, tel qu’il a été théorisé par Hollifield (2004). Le paradoxe réside dans l’opposition entre, d’une part, les préoccupations de sécurité intérieure qui poussent les États à contrôler leurs frontières et, d’autre part, les forces économiques internationales qui poussent à la libre circulation des biens, des services et des personnes. Depuis les années 90, la logique d’économie basée sur la connaissance a généré et diffusé une attitude globalement favorable à l’égard des migrations étudiantes. Considérés comme un composant essentiel de la compétitivité économique, les étudiants internationaux, une fois diplômés, peuvent devenir des acteurs clés du développement et de la croissance économique. Ces tendances globales engendrent des dynamiques conduisant les pays à offrir aux diplômés des conditions d’accueil plus favorables. Toutefois, les étudiants internationaux restent des étrangers dont l’entrée doit être contrôlée et régulée. Ces forces contradictoires ont comme résultat l’oscillation continue entre la restriction et l’ouverture mentionnée ci-dessus.

Cette recherche montre également comment le paradoxe libéral, bien qu’à l’œuvre dans les trois contextes, se manifeste particulièrement en France et au Royaume-Uni, probablement parce que l’immigration y est plus ancienne. Les débats en cours dans les deux pays sur les « vrais » et « faux » étudiants en sont une parfaite illustration, résultant des craintes formulées quant à l’existence d’une migration estudiantine frauduleuse qui doit être identifiée et bloquée. Le paradoxe est évident aussi dans les contradictions entre promotion de l’enseignement supérieur au niveau international et contrôle des frontières. Selon les auteurs, le phénomène de l’enseignement supérieur transnational, qui se manifeste par la création de programmes et d’institutions d’enseignement dans les pays d’origine, est peut-être une manière, pour les États libéraux, de concilier ces contradictions.

Plus d’information sur le projet TEMPER (« Temporary versus Permanent Migration »).

Source : A. Levatino, T. Eremenko, Y. Molinero-Gerbeau, E. Consterdine, L. Kabbanji, A. Gonzalez-Ferrer, M. Jolivet-Guetta, C. Beauchemin, 2018. Opening or Closing Borders to International Students? Convergent and Divergent Dynamics in France, Spain and the UK, Globalisation, Societies and Education.

Autres références et activités scientifiques en relation avec cette recherche :

Lama Kabbanji, Sorana Toma. Décembre 2018. Attirer Les « meilleurs » Étudiants Étrangers : Genèse d’une Politique Sélective. The Conversation.

Journée d’études MIM (INED)/ MobÉlites (Ceped), « Le rôle des politiques migratoires et d’enseignement superieur dans les mobilites academiques ». Ined, Avril 2018. Organisée par Lama Kabbanji et Sorana Toma.

Mise en ligne : avril 2019