Ségrégations ethno-raciale et spatiale : un examen de la mobilité intergénérationnelle en France

S’appuyant sur les données longitudinales de l’échantillon démographique permanent de l’Insee pour la période 1990-2008, Haley McAvay s’attache à mesurer si les individus restent dans les mêmes types de quartiers au cours de la vie. Deux indicateurs pour qualifier les quartiers sont utilisés, la proportion d’immigrés (ségrégation ethno-raciale) et le taux de chômage (ségrégation socio-économique). L’analyse s’intéresse à la corrélation de ces variables à différents moments de la vie pour déterminer si habiter un quartier ségrégué pendant l’enfance est associé avec le fait d’habiter un quartier ségrégué à l’âge adulte, autrement dit la mobilité contextuelle intergénérationnelle. L’auteur cherche ensuite à comprendre les différences de ces trajectoires entre groupes et leurs déterminants individuels et contextuels.

Haley McAvay analyse les trajectoires de quatre groupes : la population dite majoritaire - c’est-à-dire les individus nés avec la nationalité française, dont les parents sont également français -, les enfants d’immigrés nés en Europe, les enfants d’immigrés nés en Afrique et enfin les enfants d’immigrés issus d’Asie ou de Turquie. L’objectif : examiner si les enfants d’immigrés devenus adultes connaissent un degré de mobilités contextuelles intergénérationnelles comparable à celui de la population majoritaire.

La composition des quartiers où résident les groupes de population pris en compte correspond partiellement à celle des générations précédentes. Si les déterminants socioéconomiques ont certes une incidence sur la mobilité intergénérationnelle, les caractéristiques de la ville où l’on grandit influent considérablement sur les possibilités de rester dans son quartier ou de le quitter.

Les enfants d’immigrés européens, de même que la population majoritaire, sont moins confrontés à la ségrégation spatiale sur le long terme que les enfants d’immigrés non-européens. Plusieurs mécanismes peuvent entrer en jeu : les préférences résidentielles des non-Européens (souhaiter vivre à proximité de personnes de la même origine, par exemple) et celles de la population majoritaire (chercher à éviter les quartiers avec beaucoup d’immigrés ou les moins favorisés). Parallèlement, la discrimination dans les secteurs public et privé du logement restreint aussi durablement les mobilités sociales parmi les minorités non-européennes.

De l’enfance à l’âge adulte, particulièrement pour les personnes d’origine non-européenne de la deuxième génération, les environnements résidentiels demeurent fortement stables, en particulier en ce qui concerne leur composition ethno-raciale ; les déterminants individuels apparaissent comme relativement peu déterminants, à la différence des caractéristiques de la ville d’origine.

Source : Haley McAvay, 2018, How Durable Are Ethnoracial Segregation and Spatial Disadvantage? Intergenerational Contextual Mobility in France, Demography, vol. 55, p. 1507–1545.

Contact : Haley McAvay

Mise en ligne : août 2019