Une communauté allemande au Brésil du XIXe au XXe siècle

CC Memória Ambiental Florianópolis

 

Comment peut-on mettre en rapport l’analyse démographique et l’étude des histoires familiales afin de mieux comprendre l’ensemble des relations sociales nouées dans une communauté ? Alain Bideau et Sergio Odilon Nadalin montrent, avec les moyens de la démographie historique, l’évolution d’un processus d’immigration et d’intégration.

 

 

Brésil et de l’État du Paranà

La source principale de ce travail qui se fonde sur plus de 10 000 fiches de famille est le récit de l’implantation au Brésil de familles d’origine germanique, dans la province du Paraná et dans sa capitale, Curitiba. Son fil conducteur consiste à montrer comment s’est réalisé le processus en vertu duquel ces immigrants allemands et leurs descendants, organisés autour de leur profession de foi luthérienne et de leur paroisse, sont graduellement devenus « Brésiliens ».

Cette histoire se déroule sur deux grandes périodes également caractérisées par une conjoncture agitée :

  • la première s’étend de 1866 à 1945 et voit la formation d’un groupe « germano-brésilien », distinct à la fois des immigrants germaniques et des Brésiliens ;
  • la seconde va de 1945 à nos jours ; elle se définit en fonction de la Seconde Guerre mondiale et des changements fondamentaux qui en ont résulté. Il s’agit par exemple de rechercher des principes sur lesquels se fonderait une mission de l’Église évangélique luthérienne du Brésil, recherche d’une théologie indépendante de son origine immigrante. A l’origine de cette recherche se trouve l’expérience traumatisante des années 1930 et 1940.

Le cadre théorique de l’étude fait appel à des éléments d’une histoire des migrations, d’une histoire des processus d’urbanisation, d’une histoire politique et d’une histoire institutionnelle. Ces quatre manières d’interpréter l’histoire donnent la mesure de la complexité du contexte culturel et institutionnel qui sous-tend les contacts entre le groupe et la société d’installation.

Trois approches théoriques et méthodologiques sont mises en œuvre :

  • d’abord, une analyse classique de la fécondité ;
  • ensuite, une mise en rapport de la fécondité, des comportements matrimoniaux et de ceux relatifs à la sexualité : la méthode de reconstitution de familles, couramment utilisée en démographie historique, met ainsi en évidence des indicateurs permettant d’analyser globalement le phénomène de l’illégitimité ;
  • enfin, une approche du « bouillon de culture » qui trouve son origine dans les processus d’urbanisation. C’est dans cet environnement que se déroule et se construit la sociabilité entre les individus qui composent la communauté. C’est l’intensification des interactions caractéristiques du monde moderne et de l’univers urbain qui fait ressortir les identités ethniques. Cette analyse d’un processus migratoire continu et de longue durée montre aussi comment ces « Allemands » ruraux vont en définitive être partie prenante d’un processus d’urbanisation au Brésil.

L’étude démontre que, dans la mesure où les comportements de ces Allemands se différencient de l’ensemble de ceux de la population brésilienne mais parviennent à y perdurer avec leur originalité propre - ils portent pour une grande part des patronymes d’origine européenne et parlent un allemand très caractéristique - ils parviennent à réaliser une forme spécifique d’intégration.