Contraception en France

Le modèle contraceptif français a évolué ces dernières années : l’enquête Fecond montre un recul de la contraception orale, accéléré par la crise des pilules de 3e et 4e générations.

Depuis 2000, le paysage contraceptif a connu plusieurs évolutions notables en France. La loi Aubry du 4 juillet 2001 a notamment permis aux mineures de recourir au médecin de leur choix sans autorisation parentale ; elle a aussi légalisé la stérilisation à visée contraceptive. De nouvelles méthodes hormonales de contraception comme l’implant, le patch et l’anneau vaginal sont devenues disponibles ces dernières années. Enfin, la controverse de 2012-2013 sur les pilules de nouvelles générations a entraîné une désaffection vis-à-vis de la contraception orale. L’enquête Fecond, réalisée en 2010 et reconduite en 2013 par l’Inserm et l’Ined, permet d’examiner les dernières tendances en matière de contraception, les méthodes utilisées selon l’âge des femmes et leur milieu social et les pratiques des professionnels de santé.

La pilule reste aujourd’hui la méthode de contraception la plus utilisée en France, mais sa suprématie est remise en cause depuis quelques années. La polémique sur les risques de thrombose veineuse liés aux pilules de 3e et 4e générations a accéléré la baisse inédite du recours à la pilule observée dès le début des années 2000.
Entre 2010 et 2013, le recours à la contraception orale est passé de 50 % à 41 % chez les femmes de 15-49 ans (parmi celles concernées par la contraception). Ce recul est dû à la baisse des pilules incriminées : leur usage est passé de 19 % à 10 % en trois ans. Mais les femmes ne se sont pas beaucoup reportées vers les pilules de 2e génération (23 % d’utilisatrices contre 22 % en 2010), ce qui suggère une désaffection vis-à-vis de la pilule en général. La baisse est particulièrement marquée chez les jeunes femmes de moins de 30 ans. Les jeunes femmes de 25-29 ans en particulier se sont davantage tournées vers le stérilet ou le préservatif.

Évolution des méthodes de contraception utilisées en France entre 2010 et 2013 selon l’âge des femme (Population & Sociétés, n°511)

 

L’utilisation du stérilet, jusque-là réservé aux femmes les plus âgées ou ayant eu déjà des enfants a progressé entre 2010 et 2013, chez les femmes de 20-24 ans (2 à 5 %) et chez les 25-29 ans (8 à 16 %). Aucune évolution n’est, en revanche, observée chez les jeunes femmes de moins de 20 ans et les 20-24 ans sans enfants. Les médecins restent, semble-t-il, encore réticents à le prescrire pour ces dernières.

Les femmes qui n’utilisent pas de contraception du tout alors qu’elles ne souhaitent pas être enceintes, représentent aujourd’hui comme hier une petite minorité, environ 3 %.

Le préservatif est utilisé par une majorité des femmes en début de vie sexuelle. La proportion de femmes qui y ont recours décline au fil de l’âge.

Des inégalités sociales subsistent dans l’accès à la contraception : les femmes confrontées à une situation financière difficile, peu ou pas diplômées, n’utilisent aucune contraception plus fréquemment que les autres. Après la crise des pilules de nouvelles générations, les femmes cadres, qui en étaient les principales utilisatrices, se sont tournées vers le stérilet et pour certaines vers des méthodes naturelles (dates, retrait). Les femmes ouvrières, qui y avaient moins recours, n’ont pas modifié leurs pratiques.
D’une façon générale, les femmes n’ayant pas de difficultés financières sont davantage passées des nouvelles pilules vers des contraceptifs oraux plus anciens alors que celles qui connaissaient des difficultés financières, notamment les femmes nées dans un pays d’Afrique subsaharienne, se sont tournées vers des méthodes dites naturelles, dont l’efficacité contraceptive est beaucoup moins importante que celle des méthodes médicales.

Sources

  • Nathalie Bajos, Mylène Rouzaud-Cornabas, Henri Panjo, Aline Bohet, Caroline Moreau et l’équipe Fecond, « La crise de la pilule en France : vers un nouveau modèle contraceptif ? », Population et Sociétés, n°511, 2014
  • Nathalie Bajos, Aline Bohet, Mireille Le Guen, Caroline Moreau et l’équipe de l’enquête Fecond, « La contraception en France : nouveau contexte, nouvelles pratiques ? », Population et Sociétés, n°492, 2012

 

(mise à jour août 2014)