L’espérance de vie à Paris depuis la fin du 19ème siècle
Longtemps marquée par une mortalité élevée, Paris accusait à la fin du XIXᵉ siècle un lourd retard d’espérance de vie par rapport au reste de la France. Un siècle plus tard, elle est devenue l’un des territoires où l’on vit le plus longtemps au monde. Comment expliquer ce renversement spectaculaire ?
Une plongée dans les archives de la capitale permet de retracer les causes de cette transformation, entre recul des maladies infectieuses, progrès de l’hygiène publique, et forte baisse des inégalités sociales face à la mort.
Dans une étude publiée dans la revue Population and Development Review, les chercheurs Florian Bonnet, Catalina Torres, Lionel Kesztenbaum et France Meslé ont produit un ensemble inédit de données sur les causes de décès à Paris entre 1890 et 1949, constituant une nouvelle base de données aujourd’hui librement accessible à la communauté scientifique.
Qu’en ressort-il ? La disparition progressive des maladies infectieuses explique à elle seule près de 80 % des gains de longévité observés dans la capitale. Sur les 25 années d’espérance de vie gagnées, 20 sont dues au recul de ces infections. La lutte contre la tuberculose a été la principale cause de ce progrès (figure 2). En revanche, les maladies cardio-vasculaires et les cancers n’ont joué qu’un rôle mineur avant 1950.
Note : Les contributions positives (au-dessus de 0) correspondent à des gains d’espérance de vie par rapport à 1891 ; les contributions négatives (en dessous de 0) indiquent des pertes.
On observe par ailleurs des écarts de mortalité considérables selon les quartiers, reflet des inégalités sociales de l’époque. On lit ainsi une opposition nette entre un Paris aisé du centre-ouest et un Paris populaire des marges orientales, une fracture sociale qui se superpose clairement à la carte de la mortalité par tuberculose (figure 3). Ces inégalités ont atteint leur paroxysme juste avant la première guerre mondiale, avec une mortalité plus de quatre fois supérieure dans les dix quartiers les plus pauvres que dans les dix quartiers les plus riches. Elles avaient très largement décliné à la fin de la seconde guerre mondiale (figure 4).
A quoi attribue-t-on cette forte baisse de la mortalité ? Les auteurs avancent plusieurs raisons possibles telles que les investissements dans les infrastructures sanitaires, les innovations médicales ainsi que les transformations économiques et sociales.
Les auteurs de cet article souhaitent à présent analyser la période de 1872 à 2019 de manière globale pour comprendre la dynamique générale d’expansion de l’espérance de vie à Paris.