Recul de la mortalité mais maintien des inégalités dans les pays du Sud

Dans un article paru dans Population (2017, N°2), Dominique Tabutin et Bruno Masquelier proposent un bilan des tendances de la mortalité et de l’évolution des inégalités depuis 1990, dans les 108 pays à faible et moyen revenu.

Ce focus en présente un bref aperçu à partir des espérances de vie et de la mortalité des enfants.

L’évolution de l’espérance de vie

De 1990 à 2015, l’espérance de vie mondiale est passée de 64 à 71 ans, celle des pays à revenu intermédiaire de 63 à 70 ans, et celle des pays à faible revenu de 49 à 61 ans. Toutes les grandes régions ont connu des hausses sensibles de leurs espérances de vie, mais sans réduction notable des inégalités entre elles. L’Afrique subsaharienne garde plus de 17 ans de retard sur l’Amérique latine, et 10 ans sur l’Asie du Sud.

Évolution de l’espérance de vie à la naissance (sexes réunis) de 108 pays du Sud de 1990 à 2015, selon leur niveau de revenu.
Source : Nations Unies (2015).

En dehors d’une dizaine de pays, les gains d’espérances de vie sont généralisés, mais variables : de 2 à 18 ans entre pays extrêmes, le plus souvent de 6 à 7 années. Les inégalités entre ces pays, déjà très importantes en 1990 (de 37 à 76 ans entre extrêmes), le demeurent en 2015 (de 49 à 80 ans). Les six pays dans lesquels l’espérance de vie n’a pas évolué ou a baissé entre 1990 et 2015 ont été particulièrement touchés par le VIH-sida, ou la guerre (le cas de la Syrie depuis 2011).

Globalement, le niveau de revenu du pays est en relation avec l’espérance de vie. Il y a eu cependant un certain rattrapage : c’est dans les pays les plus pauvres que les progrès sur ces 25 ans ont été les plus rapides, avec des gains moyens annuels de 0,5 an sur la période, contre 0,28 pour les autres.

 

La mortalité infanto-juvénile

Les progrès ont été particulièrement importants chez les enfants. D’après l’UNICEF (2015), le nombre de décès à moins de 5 ans est passé de 12,7 millions en 1990 à 5,9 millions en 2015, le risque de mortalité à ces âges est passé de 91 à 43 décès pour 1 000 naissances. Près de 98 % des décès sont maintenant concentrés dans les pays à revenu faible ou intermédiaire.

Évolution des quotients de mortalité infanto-juvénile entre 1990 et 2015 dans les 108 pays à faible et moyen revenu.
Source : UN IGME (2015).

C’est entre 1 et 5 ans (mortalité juvénile) que les reculs de la mortalité ont été les plus rapides, à ces âges les plus réactifs aux progrès socio-sanitaires : de 65 % (Afrique subsaharienne et du Nord) à 84 % (Asie de l’Est). À moins d’un mois (mortalité néonatale), un âge vulnérable et classiquement plus résistant aux interventions compte tenu de la nature des risques et du coût des traitements, ces reculs ont été plus lents. Ces différences de rythmes selon l’âge conduisent à une concentration progressive de la mortalité des enfants dans les premières semaines de vie. Dans les pays à faibles et moyens revenus, 45% des décès des enfants de moins de cinq ans surviennent au cours du premier mois de la vie (en 2015).

Un point encourageant est l’accélération des changements dans les années 2000, surtout à partir de 2005. Une vingtaine de pays, dont certains parmi les plus pauvres, ont vu le rythme de baisse de leur mortalité doubler entre ces deux périodes (Cambodge, Kenya, Sénégal, Burkina Faso, Mexique...). Dans les pays fortement affectés par le sida, cette accélération récente est en partie imputable aux programmes de prévention de la transmission du virus du VIH/sida des mères aux enfants, et à la diffusion des traitements antirétroviraux. Ailleurs, elle a surtout été portée par la reprise des efforts en faveur de la vaccination, de l’assainissement et de l’amélioration de l’accès à l’eau potable, de l’utilisation des moustiquaires imprégnées pour la lutte contre le paludisme. 

Convergence ou divergence à l’avenir ?

La plupart des pays en sont aujourd’hui à des niveaux de mortalité inattendus il y a 15 ou 20 ans, en particulier dans les États les plus pauvres. Les déclins importants ont touché tous les âges, mais surtout les plus jeunes. Ils ont notamment bénéficié aux petites filles, et aux femmes et ont concerné l’ensemble des groupes sociaux mais à des rythmes néanmoins très variables d’un pays à l’autre. Qu’en sera-t-il à l’avenir dans des contextes épidémiologiques nouveaux ou émergents, avec le poids croissant des maladies non transmissibles liées aux comportements (alimentation, alcool, tabac...), à l’environnement (pollutions...) ou au vieillissement des populations ? Dans un contexte d’inégalités macroéconomiques croissantes, de privatisation ici et là des systèmes de santé, de coûts souvent croissants de la vie, il est à craindre un maintien, sinon une accentuation des inégalités entre États ou groupes sociaux dans les pays.

Source : Bruno Masquelier et Dominique Tabutin, 2017, Tendances et inégalités de mortalité de 1990 à 2015 dans les pays à revenu faible et intermédiaire, Population 2017, 2.

Contacts : Bruno Masquelier et Dominique Tabutin

En ligne : novembre 2017