Des obstacles aux comparaisons internationales essentiellement dus à l’hétérogénéité des données
Afin de suivre les effets de la pandémie, chaque pays a dû concevoir de nouveaux systèmes de collecte des données ou, a minima, adapter rapidement les systèmes existants. De ce fait, les données collectées diffèrent non seulement entre les pays mais aussi à l’intérieur de ceux-ci. Ce processus est à l’origine de modifications artificielles des tendances pandémiques et conduit à des données démographiques en temps réel imparfaites. La part imputable à des variations épidémiologiques se révèle difficile à évaluer. En France, au début de la pandémie, seuls les décès hospitaliers étaient inclus dans le cumul quotidien des décès. Le décompte a considérablement augmenté après l’ajout des décès en maisons de retraite. Plus précisément, au 21 avril 2020, le nombre cumulé des décès à l’hôpital qui atteignait 12 900, a bondi à 20 796 quand les décès en maisons de retraite ont été pris en compte, plaçant ainsi la France au même niveau que l’Espagne et l’Italie. Toute analyse des statistiques du Covid-19 doit donc tenir compte de trois points clés : 1) les définitions des données (cause du décès, stratégies de dépistage, mécanisme de confirmation des cas et prise en compte des « cas probables ») ; 2) la collecte des données (type de système, couverture des lieux de décès, vérification et délai de remontée) ; 3) la temporalité des données (date de référence et fréquence).
Des écarts importants selon les critères utilisés par chaque pays
Au début de l’épidémie, les pays n’ont déclaré que les décès par Covid-19 confirmés par un test en laboratoire. Avec le développement de la pandémie, quelques pays se sont mis, en plus, à comptabiliser et à ajouter les cas probables à leurs statistiques. À titre d’exemple, la Belgique ne déclarait au départ que les décès dont la cause avait été confirmée par un test PCR. Avec le développement de la pandémie, les chiffres ont commencé à englober les cas présumés ou probables. Sur les 9 765 décès attribués à la Covid-19 en Belgique au 2 juillet 2020, seulement 60 % (5 828) avaient été confirmés par un test PCR. Si les Pays-Bas avaient utilisé la même méthode d’analyse, ils auraient déclaré environ 30 % de décès supplémentaires. Cet exemple illustre la nécessité de tenir compte des particularités des données de chaque pays et de rester vigilant dans les analyses sur la mortalité par Covid-19.
Une classification pertinente par groupe de pays
On peut classer les pays selon la complétude des décomptes fournis durant la première vague. Les statistiques d’état civil sont les sources de données qui fournissent les informations les plus exhaustives, normalisées et vérifiées sur la mortalité de la population dans son ensemble. À titre d’exemple en France, les indices comparatifs de mortalité (ICM), qui comparent le nombre de décès dus à la Covid-19 observés dans une population donnée avec le nombre qui serait obtenu en utilisant comme norme une série de taux de mortalité par âge et sexe (établis à partir d’une population de référence), diffèrent : ceux estimés attribués au Covid-19 avec les données hospitalières de Santé publique France (SpF) sont inférieurs d’un tiers à ceux obtenues avec les statistiques d’état civil provenant du Centre d'épidémiologie sur les causes médicales de décès (CépiDC) (figure 1).
Des disparités dans les niveaux de mortalité
On a beaucoup dit que la surmortalité par Covid-19 touche principalement les personnes âgées. Plus la couverture des données s’améliore, plus on observe une surmortalité pour la tranche d’âge 80-89 ans.
Cette étude confirme également une surmortalité masculine par Covid-19 chez les adultes, avec un maximum observé en France, en Angleterre et au Pays de Galles, et un minimum en Belgique et en Écosse. Cette surmortalité est très comparable à celle qui existe pour la mortalité toutes causes. Ces différences soulignent l’utilité de calculer des taux de mortalité due au Covid-19 par âge et sexe afin d’obtenir les indicateurs les plus pertinents pour des comparaisons internationales.
Cette pandémie mondiale révèle l’importance des registres nationaux, des informations qu’ils contiennent et de la rapidité de leur mise à disposition.
Figure 1 - Indices comparatifs de mortalité dus à la Covid-19, par pays et type de sources de données, au 15 juillet 2020