En France comme en Europe, le solde migratoire compense l’excédent des décès sur les naissances
Résumé
En France en 2025, le nombre de décès, en hausse, a dépassé celui des naissances, en baisse. Cependant, la population a augmenté car le solde migratoire positif a plus que compensé le solde naturel négatif. De même, dans l’ensemble de l’Union européenne à 27 pays, les décès dépassent les naissances, mais la population est passée de 441 à 450 millions d’habitants entre 2012 et 2025 parce que son solde migratoire a plus que compensé jusqu’ici le solde naturel négatif.
Article
En France, en 2025, les décès ont été plus nombreux que les naissances. En est-il de même ailleurs en Europe ? Certains pays ont-ils encore un solde naturel positif ? La population diminue-t-elle dans ceux où il est négatif ? Quel rôle jouent les migrations ? L’auteur analyse la situation démographique de la France et la compare à celle des pays voisins et de l’ensemble de l’Union européenne. 1
Au 1er janvier 2026, la population de la France est estimée à 69,1 millions d’habitants, dont 66,8 millions en France hexagonale et 2,3 millions dans les départements d’outre-mer [1]. La population a augmenté de 0,25 % en 2025 (tableau). Le solde naturel, différence entre le nombre de naissances et de décès, est négatif pour la première fois depuis la fin de la seconde guerre mondiale. En 10 ans il est passé de + 205 000 (en 2015) à – 6 000 (en 2025). Sa baisse vient pour les trois quarts d’une diminution des naissances (154 000 en moins) et pour un quart d’une hausse des décès (57 000 en plus).
Davantage de décès en écho au baby-boom d’il y a 80 ans
Le nombre de décès observés en 2025 (651 000) est supérieur de 1,2 % à celui de 2024, sachant que la population a crû de 0,25 % et que la proportion de personnes âgées a augmenté. Le calcul de l’espérance de vie permet d’éliminer ce qui tient, dans les fluctuations de la mortalité, aux variations de la taille de la population et de sa répartition par âge, pour ne garder que ce qui tient à l’évolution des risques de décès. En 2025, l’espérance de vie à la naissance atteint 80,3 ans pour les hommes et 85,9 ans pour les femmes contre, respectivement, 80,2 ans et 85,8 ans en 2024. Ce gain de 0,1 an pour chaque sexe est modeste et s’explique en partie par la surmortalité occasionnée par la grippe saisonnière en début d’année 2025 [1]. Mais il se situe dans la moyenne de la progression de l’espérance de vie depuis 10 ans. Celle-ci est en effet passée de 85,1 ans en 2015 à 85,9 ans en 2025 chez les femmes (+ 0,8 an en 10 ans), et de 79,0 ans à 80,3 ans chez les hommes (+ 1,3 an).
Le nombre de décès devrait continuer d’augmenter dans les prochaines années, même si l’espérance de vie poursuit sa progression. Les générations nombreuses du baby-boom, nées entre 1946 et 1974 et qui ont entre 52 et 80 ans en 2026, vont en effet vieillir puis mourir dans les prochaines décennies, contribuant à une hausse des décès (figure 1) [2]. Leur nombre annuel pourrait ainsi s’accroître de 200 000 d’ici 2050 si l’espérance de vie continue de progresser au rythme de ces dernières années [3], et diminuerait légèrement ensuite dans la décennie 2060, lorsque les derniers baby-boomers encore en vie s’éteindront.
Les naissances et la fécondité continuent de baisser
Le nombre des naissances diminue (661 000 en 2024 et 645 000 en 2025), tout comme l’indicateur conjoncturel de fécondité : 1,61 enfant par femme en 2024 et 1,56 en 2025. La tendance observée depuis 50 ans à avoir ses enfants de plus en plus tard se poursuit : les femmes qui ont accouché en 2025 avaient en moyenne 31,2 ans contre 26,5 ans en 1977.
Les femmes nées en 1975, qui ont eu 50 ans en 2025 et atteignent la fin de leur vie féconde, ont eu en moyenne 2,03 enfants. Celles nées en 1985 en ont déjà 1,96, soit le même nombre que leurs aînées de 10 ans au même âge, si bien que leur nombre d’enfants total atteindra sans doute au moins 2,0 enfants à 50 ans pour elles aussi. Les femmes nées en 1995 en ont déjà 0,82 mais il est difficile de savoir combien elles en auront d’ici leurs 50 ans. D’après les tendances récentes des souhaits en matière de famille et d’enfants, elles pourraient en avoir entre 1,6 et 1,9 [4].
Le solde migratoire fait plus que compenser l’excédent des décès sur les naissances
Malgré l’excédent des décès sur les naissances, la population a augmenté de 0,25 % en 2025, comme déjà mentionné, en raison du solde migratoire, positif, et estimé à + 176 000 par l’Insee, un chiffre dépassant donc largement le solde naturel négatif de – 6 000. Tant que l’on ne dispose pas des données définitives de recensement, le solde migratoire est provisoirement estimé à la moyenne des trois (cinq pour Mayotte) derniers soldes définitifs disponibles2. Il exprime la différence entre les entrées sur le territoire français, en augmentation [5], et les sorties.
Le solde naturel négatif devrait se creuser dans les prochaines années en raison de la hausse attendue des décès, même si les naissances se stabilisent. Il n’en résulterait pas forcément une diminution de la population tant que le solde migratoire continuera à le dépasser. Ce pourrait être le cas pendant encore au moins une dizaine d’années voire plus s’il se maintient au niveau de + 176 000 par an et si les naissances cessent de diminuer. Si la fécondité continue de baisser, le solde naturel diminuera davantage et la population pourrait plafonner plus tôt.
Qu’en est-il ailleurs en Europe ? Le solde naturel y est-il négatif comme en France, ou certains pays ont-ils encore un solde positif ? L’année la plus récente pour laquelle des comparaisons sont possibles grâce aux statistiques d’Eurostat est 2024 (figure 2). Cette année-là, la France a encore un solde naturel positif, accompagnée de six autres pays plus petits : la Suède (10,6 millions d’habitants), le Danemark (6,0), l’Irlande (5,3), Chypre (1,4), le Luxembourg (0,7) et Malte (0,5). Parmi les vingt pays ayant un solde naturel négatif, huit ont une population en baisse en 2024 : l’Italie, cinq pays d’Europe centrale (Bulgarie, Hongrie, Pologne, Roumanie et Slovaquie) et deux pays baltes (Estonie et Lettonie). Dans les douze autres pays, celui-ci a été plus que compensé par le solde migratoire positif et la population a augmenté. Certains pays connaissent davantage de décès que de naissances depuis plus de dix ans, comme l’Allemagne, l’Italie, la Hongrie ou la Roumanie, avec une population en baisse dans tous ces pays sauf en Allemagne. Dans ce dernier pays, le solde migratoire, positif, a plus que compensé jusqu’ici le solde naturel négatif.
Dans l’ensemble de l’Union européenne à 27 pays (450 millions d’habitants), 3,56 millions de naissances et 4,82 millions de décès ont été enregistrés en 2024, soit un excédent de 1,26 million de décès sur les naissances. Cet excédent est plus que compensé par un solde migratoire estimé à 1,5 million.
Le solde naturel de l’UE est négatif depuis 2012
Les courbes d’évolution des nombres de naissances et de décès dans l’UE à 27 se sont croisées en 2012 (figure 3a). Le nombre de naissances se situait autour de 6,7 millions par an au début des années 1960 – le baby-boom était en cours – et a diminué dans les années suivantes pour atteindre 4,4 millions en 2012. Le nombre de décès, autour de 3,5 millions par an au début des années 1960, a augmenté ensuite jusqu’à rattraper puis dépasser le nombre de naissances en 2012. L’excédent de décès sur les naissances observé cette année-là s’est creusé ensuite et a atteint près de 1,3 million en 2024. Pour connaître son évolution dans les prochaines décennies, on dispose des projections d’Eurostat publiées en 2025, qui ont calculé la population de 2024 à 2050 à partir de la situation observée en 2023. Elles font l’hypothèse d’une stabilisation de la fécondité dans les pays où elle a diminué ces dernières années, voire de sa lente ré-augmentation, et d’une poursuite de la progression de l’espérance de vie dans tous les pays. Ce scénario aboutit à un excédent des décès sur les naissances de plus en plus important, s’élevant à 2 millions en 2050. Ce creusement tient principalement à la hausse des décès, liée à l’extinction progressive des baby-boomers, les naissances restant à peu près stables jusqu’à la fin des années 2040 – le faible niveau de la fécondité est alors compensé temporairement par la hausse du nombre de femmes en âge d’avoir des enfants, liée au pic des naissances dans les années 2000.
Les migrations vers l’UE ont plus que compensé jusqu’ici le solde naturel négatif
En dépit de son solde naturel négatif depuis 2012, la population de l’UE n’a pas baissé jusqu’ici, au contraire, elle a augmenté de 9 millions entre 2012 et 2025, passant de 441 à 450 millions d’habitants (figure 3b). Le solde migratoire de l’UE, différence entre les entrées et les sorties de l’ensemble des 273, a en effet plus que compensé jusqu’ici le solde naturel négatif.
Le solde migratoire a beaucoup varié d’une année ou d’une période à l’autre au cours des dernières décennies (figure 3c). Pratiquement nul dans les années 1960, il a augmenté ensuite jusqu’à atteindre un peu plus d’un million par an en moyenne à la fin des années 2010. Il a crû fortement en 2022 et dans les années suivantes avec l’arrivée de réfugiés ukrainiens. Dans son scénario central, Eurostat fait l’hypothèse d’un solde migratoire positif moindre après ce pic et se stabilisant autour de 1,6 million par an jusqu’en 2050. À ce niveau, les migrations compenseraient à peu près l’excédent des décès sur les naissances jusqu’à la fin de la décennie 2030, et la population se maintiendrait légèrement au-dessus de 450 millions, pour revenir ensuite à 450 millions en 2050.
Eurostat a calculé une projection en faisant l’hypothèse d’un solde migratoire nul à partir de 2025. Ce scénario « sans migrations » est irréaliste mais il a une portée pédagogique : il montre ce que serait l’évolution de la population de l’Union s’il n’y avait plus ni entrées ni sorties, ou si les sorties étaient aussi nombreuses que les entrées. Dans ce cas, la population des 27 diminuerait dès 2025 jusqu’à atteindre 404 millions en 2050, soit une perte de 46 millions d’habitants (10 %) en 25 ans (figure 3b). La population de l’Europe ne pourra se maintenir à terme à un niveau proche de l’actuel qu’à la condition du maintien d’une immigration importante, même dans le cas où la fécondité se relèverait.
Auteur
Gilles Pison - Muséum national d’histoire naturelle et Institut national d’études démographiques (Ined)
Données associées
Référence(s)
[1] Thélot H. 2026. Bilan démographique 2025. En 2025, le solde naturel en France est négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Insee première, 2087. https://www.insee.fr/fr/statistiques/8719824
[2] Barbieri M. (dir.). 2025. L’évolution démographique récente de la France : Une évolution démographique contrastée entre espaces ruraux et espaces urbains. Population, 80(3-4). À paraître.
[3] Pison G. et Toulemon L. 2025. La population de la France va-t-elle diminuer ? Population et Sociétés, 631. https://doi.org/10.3917/popsoc.631.0001
[4] Bouchet-Valat M. et Toulemon L. 2025. Les Français·es veulent moins d’enfants. Population et Sociétés, 635. https://doi.org/10.3917/popsoc.635.0001
[5] Pariset C. et Tanneau P. 2025. Entre 2006 et 2023, le nombre d’immigrés entrés en France augmente et leur niveau de diplôme s’améliore. Insee Première, 2051.
https://www.insee.fr/fr/statistiques/8570442
Notes de bas de page
- 1
Données des figures disponibles au format Excel dans l’onglet « Données associées ».
- 2
Une fois les données du recensement accessibles, le solde migratoire définitif est calculé par différence entre la variation de population entre deux recensements successifs (éventuellement corrigée d’un ajustement statistique pour tenir compte de changements de méthodes), et le solde naturel issu des statistiques des données sur les naissances et les décès de l’état civil.
- 3
Les migrations internes à l’UE ne sont pas comptées ici dans la mesure où elles s’annulent lors du calcul du solde – une entrée dans un pays membre correspondant à une sortie d’un autre pays membre.
