Être en relation amoureuse non cohabitante : une comparaison entre la France et l’Italie

Vivre sans conjoint ne signifie pas pour autant être seul-e sur le plan affectif. Environ un quart des personnes vivant sans conjoint sont ainsi engagées dans une relation amoureuse non cohabitante, tant en Italie qu’en France. Dans l’article “The diverse nature of living apart together relationships: an Italy-France comparison”, les auteurs, Arnaud Régnier-Loilier et Daniele Vignoli, analysent les caractéristiques de ces personnes ainsi que les raisons de ne pas vivre avec leur partenaire.

Contextes français et italien : une place différente du mariage

Malgré un recul du mariage en Italie, celui-ci reste une étape centrale dans la vie de couple : 6% des couples cohabitant âgés de 18 à 49 ans n’étaient pas mariés en 2005 en Italie, contre 34% en France. En France, le mariage n’est donc plus le cadre principal dans lequel naissent les enfants, contrairement à l’Italie : 56% des naissances enregistrées en 2012 en France ont ainsi eu lieu hors mariage contre 24 % en Italie. L’équivalent du Pacs (Pacte civil de solidarité) promulgué en France en 1999 et qui offre au couple non marié un cadre juridique, n’a été introduit qu’en 2016 en Italie.

Si les jeunes adultes sont plus nombreux à vivre chez leurs parents en Italie qu’en France, cela tient donc à la fois à des difficultés d’insertion professionnelle et à un accès à l’indépendance résidentielle plus compliqué mais aussi à la prégnance du modèle matrimonial qui rend l’installation en couple sans être marié plus difficilement envisageable.

Ces contextes contrastés laissaient supposer que la non-cohabitation serait moins fréquente en Italie, ce qui n’est pas vérifié. Pour autant, la signification de celle-ci relève de logiques différentes.

Deux enquêtes nationales pour étudier les personnes en couple non cohabitant

Pour cette étude, les auteurs s’appuient pour la France sur l’Étude des Relations Familiales et Intergénérationnelles (ERFI, Ined-Insee, 2005) conduite auprès d’un échantillon de 10 079 femmes et hommes de 18 à 79 ans (version française de l’enquête internationale Generations and Gender Survey (GGS) et, pour l’Italie, sur l’enquête Famiglia e Soggetti Sociali (ISTAT, 2009) menée auprès d’un échantillon de 24 000 ménages de tous âges (soit près de 50 000 personnes). Le questionnement commun aux deux enquêtes permet de repérer les personnes qui entretiennent une relation amoureuse avec un ou une partenaire avec qui elles ne vivent pas.

L’article vise dans un premier temps à comparer les couples non cohabitant aux couples cohabitant afin d’en faire ressortir les spécificités dans chacun des pays puis, dans un second temps, à se focaliser sur les non-cohabitants en s’intéressant aux raisons de ne pas partager le même logement.

La non-cohabitation très fréquente chez les jeunes en Italie

La proportion de personnes en couple non cohabitant chez les 18-79 ans est quasiment similaire en Italie et en France, respectivement 10% et 9% (voir Figure). Rapportées aux seuls individus ne vivant pas avec un conjoint, ce sont donc 23% des personnes « seules » du point de vue résidentiel qui ne le sont pas du point de vue affectif en Italie et 20 % en France. Rapportée à l’ensemble des personnes engagées dans une relation amoureuse ou de couple, la part de celles qui ne cohabitent pas est par contre bien plus élevée en Italie chez les jeunes adultes (25-29 ans) : 48 % contre 13 % en France. La forte pression familiale et sociale à se marier explique que la cohabitation hors mariage soit peu fréquente en Italie et contribue, en retour, à la diffusion des relations de couple à distance, comme seule alternative possible au mariage.

Concernant les facteurs associés au couple non cohabitant, l’histoire conjugale passée a un effet dans chacun des pays : la non-cohabitation est ainsi plus probable chez celles et ceux ayant déjà vécu en couple auparavant. La situation professionnelle joue également avant 40 ans, le fait de ne pas cohabiter étant plus probable chez les personnes en contrat à durée déterminée, tant en France qu’en Italie. Par ailleurs, à tout âge, la propension à ne pas vivre sous le même toit est plus forte à mesure que l’on monte dans l’échelle des diplômes. Notons enfin que si la religion n’a pas d’incidence sur le fait de vivre ensemble ou non en France, ce n’est pas le cas en Italie : plus on est pratiquant et plus on cohabite.

Être en couple non cohabitant, plus fréquemment un choix en France qu’en Italie

En France, 37 % des personnes qui ne résident pas avec leur partenaire déclarent que c’est un « choix » de leur part, contre 27 % en Italie. En outre, plus on avance en âge et plus les personnes décrivent leur situation comme relevant d’un choix, corrélation uniquement observée en France : 26 % des 18-24 ans indiquent que le fait de ne pas vivre avec leur partenaire est choisi contre 57 % des 50-54 ans et 67 % des 70-74 ans. Parmi les raisons avancées pour justifier ce « choix », le souhait de « rester indépendant-e » est plus fréquent en France (19 % contre 10 % en Italie) tandis que les Italiens mettent davantage en avant des « contraintes » d’ordre économique.

Si la prévalence des couples non cohabitant est quasiment identique dans les deux pays, leur signification est assez différente. En Italie, la plupart des relations non cohabitantes concernent les jeunes, avant qu’ils n’emménagent ensemble et ne se marient ; en France, ne pas vivre ensemble relève davantage d’un choix, en particulier aux âges plus avancés, après une séparation ou un veuvage.

Source : Arnaud Régnier-Loilier, Daniele Vignoli, 2018, "The diverse nature of living apart together relationships: an Italy–France comparison", Journal of Population Research, mars 2018, Volume 35, Issue 1, pp 1–22.

Contacts : Arnaud Régnier-Loilier, Daniele Vignoli

En ligne : août 2018