Les mariages mixtes entre natifs et immigrés en Espagne

Dans l’article « Mixed marriages among immigrants and natives in Spain », Amparo González-Ferrer, Ognjen Obućina, Clara Cortina et Teresa Castro-Martin, les auteurs, analysent les caractéristiques des couples mixtes et des couples endogames en Espagne entre 1996 et 2008, afin d’étudier la propension pour les natifs comme pour les immigrés à conclure un mariage mixte. Il s’agit de la première étude sur les mariages mixtes en Espagne qui prend à la fois en compte les facteurs déterminants des choix matrimoniaux des natifs et des immigrés, lors d’une période de forte immigration.
Pour réaliser cette étude, les chercheurs se sont appuyés sur une enquête rétrospective conduite en 2007 par l’Institut national de statistique espagnol. Cette dernière comprend un certain nombre de questions sur les caractéristiques sociodémographiques mais aussi sur l’expérience de migration qui ont été posées à 15 500 personnes nées en dehors de l’Espagne.
Les auteurs n’ont inclus dans leur analyse que les immigrés en âge de se marier, c’est-à-dire âgés de 16 ans et plus, et uniquement ceux vivant déjà en Espagne depuis au moins un an avant leur mariage. Ainsi, les individus qui se seraient mariés à un-e Espagnol-e avant d’immigrer en Espagne ne figurent pas dans cette étude.
Afin d’analyser les choix maritaux des natifs, les données du registre des mariages ont également été mobilisées. Utiliser ce registre présente toutefois une limite : seuls les mariages mixtes célébrés en Espagne sont en effet enregistrés, ce qui peut induire une sous-estimation du nombre total des mariages mixtes. De même, les couples vivant maritalement ne sont pas comptabilisés. Enfin, seuls les mariages hétérosexuels sont pris en compte.

Au cours des trois premières années suivant l’immigration en Espagne, la probabilité de conclure un mariage endogame est à peu près la même pour les hommes comme pour les femmes. Par la suite, les hommes sont plus susceptibles que les femmes de s’ engager dans un mariage endogame. En revanche, les femmes ont plus de chances de conclure un mariage mixte quelque soit la durée du séjour en Espagne.

Plus leur niveau d’éducation est haut et plus la probabilité pour les hommes immigrés d’épouser une Espagnole est élevée. Chez les femmes immigrées, le niveau d’éducation n’a pas d’influence.
Si ces dernières appartiennent à une communauté assez nombreuse en Espagne, elles se marieront davantage avec l’un de leurs concitoyens.

Les natifs, femmes comme hommes, qui ont déjà été mariés sont plus fréquemment engagés dans des mariages mixtes que ceux qui n’ont jamais été mariés.
Les hommes nés en Espagne et hautement qualifiés sont moins nombreux à s’engager dans une union mixte.
Les natifs épousant une femme plus jeune qu’eux sont plus souvent engagés dans une union mixte que ceux qui épousent une femme du même âge.

L’examen des mariages mixtes du point de vue des immigrants et des autochtones, de même que l’examen des modèles sexospécifiques et de l’influence du niveau d’éducation ont également permis de mieux comprendre les logiques qui sous-tendent les différentes proportions de mariages mixtes selon les divers groupes d’immigrés en Espagne.

Source : Amparo González-Ferrer, Clara Cortina, Ognjen Obućina, Teresa Castro-Martín, 2018, Mixed marriages between immigrants and natives in Spain : the gendered effect of marriage market constraints, Demographic research, vol. 39, art. 1, p. 1-32.

Contact : Ognjen Obućina

Mise en ligne : février 2019