Mortalité liée aux accidents et aux violences : test d’une méthode pour la mesurer dans les pays du Sud

La mortalité et les causes de décès sont mal connues dans les pays du Sud car l’état civil y est souvent incomplet, avec notamment une partie des décès qui ne sont pas déclarés. Pour estimer la mortalité des adultes, les déclarations recueillies par enquête auprès d’un échantillon de personnes sur leurs frères et sœurs sont souvent utilisées - on demande à chaque personne enquêtée de donner la liste de ses frères et sœurs, et pour chacun, son âge, ou, s’il est mort, son âge au décès, et l’année et la cause de son décès. Gilles Pison, Bruno Masquelier, Almamy Malick Kante, Cheikh Tidiane Ndiaye, Laetitia Douillot, Géraldine Duthé, Cheikh Sokhna, Valerie Delaunay et Stephane Helleringer, les auteurs de l’article "Estimating mortality from external causes using data from retrospective surveys: A validation study in Niakhar (Senegal)" ont cherché à savoir si l’ajout de questions pour repérer les décès violents (accident, homicide, suicide) chez les frères et sœurs pouvait avoir un intérêt et conduisait à une estimation fiable de la mortalité due à des causes externes.

Les auteurs ont mené une étude dans l’observatoire de population et de santé de Niakhar au Sénégal. Ils ont interrogé un échantillon de 1189 adultes ayant entre 15 et 59 ans et leur ont posé des questions sur leurs frères et sœurs comme dans les enquêtes nationales, en rajoutant des questions pour repérer les décès violents. Les auteurs ont ensuite confronté les informations fournies par chacun à sa situation réelle telle que connue indépendamment grâce à l’observatoire, pour mesurer les erreurs de déclarations.

Les personnes enquêtées ont omis de déclarer 12% de leurs frères et sœurs décédées adultes, sans compter de très nombreux frères et sœurs omis parmi ceux morts en bas âge. Les décès de frères et sœurs adultes liés à des accidents et des violences sont bien déclarés, ce sont ceux liés à d’autres causes qui le sont moins bien.

La cause du décès elle-même est correctement déclarée lorsque le frère ou la sœur est morte d’accident, notamment d’accident de la circulation. En cas d’homicide ou de suicide, une partie des enquêtés déclare en revanche que le frère ou la sœur est morte d’une autre cause. L’ajout de ce type de questions devrait donc permettre d’estimer de façon correcte la mortalité accidentelle et d’en suivre les évolutions. En revanche, il donne de moins bons résultats pour estimer la mortalité due aux homicides ou aux suicides.

Source : Gilles Pison, Bruno Masquelier, Almamy Malick Kante, Cheikh Tidiane Ndiaye, Laetitia Douillot, Géraldine Duthé, Cheikh Sokhna, Valerie Delaunay, Stephane Helleringer, 2018, Estimating mortality from external causes using data from retrospective surveys: A validation study in Niakhar (Senegal), Demographic Research.

Contacts : Gilles Pison, Bruno Masquelier, Almamy Malick Kante, Cheikh Tidiane Ndiaye, Laetitia Douillot, Géraldine Duthé, Cheikh Sokhna, Valerie Delaunay, Stephane Helleringer

En ligne : août 2018