Les femmes dans la population immigrée

Les femmes sont désormais majoritaires chez les immigrés

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La population immigrée, c’est-à-dire née étrangère à l’étranger, est majoritairement féminine en France métropolitaine depuis quelques années. Grâce aux recensements, on sait que la part des femmes n’a jamais été négligeable, même si elle a fluctué : en 1931, au moment où elles sont proportionnellement les moins nombreuses, elles représentent déjà 40% de la population immigrée. Elles étaient proches de la parité au début du XXe siècle (47% en 1911) et c’est seulement au tournant du XXIe siècle qu’elles deviennent majoritaires (51% en 2008).

 

Un degré de féminisation variable selon l’origine

En 2008, la part des femmes dans la population immigrée varie fortement d’une origine à l’autre (Figure). Les hommes sont numériquement dominants seulement chez les immigrés de Turquie (46% de femmes), du Maroc et de Tunisie (48% de femmes). Dans tous les autres groupes, les femmes sont majoritaires, et parfois de loin : elles représentent ainsi 65% des immigrés issus des pays l’Union européenne (hors Espagne, Italie et Portugal). 

 

Le rôle historique du regroupement familial

On attribue souvent la féminisation de la population immigrée au regroupement familial. De fait, historiquement, les migrations de travail étaient d’abord masculines, les hommes étant ensuite rejoints par leur conjointes, et éventuellement leurs enfants. Ainsi au tournant des années 1970, pratiquement les trois quarts des nouveaux entrants originaires du Maghreb étaient des hommes. Mais avec la crise et l’interruption de l’immigration de travail (1974), ce courant s’est rapidement féminisé : les femmes représentaient 61% des nouveaux entrants entre 1975 et 1983, avant de revenir progressivement à l’équilibre (48% de femmes entre 1998 et 2008). 

 

La montée des migrations féminines « autonomes »

Le regroupement familial n’explique pas tout, car les femmes immigrées ne sont pas simplement des « suiveuses ». L’enquête Trajectoires et Origines montre que les migrations les plus féminisées sont, en fait, celles qui se signalent par un nombre plus important de départs « autonomes » de femmes célibataires ou - dans une moindre mesure -devançant leur conjoint (Figure). Elles représentent même la majorité des immigrées originaires d’Afrique centrale ou du golfe de Guinée (Côte d’Ivoire, Cameroun, République démocratique du Congo, etc.), avec un taux de féminité de 57% en 2008. A l’opposé, la migration turque, qui est la moins féminisée, est aussi celle dans laquelle les femmes sont les moins nombreuses à entrer en France de façon « autonome ». En réalité, au fil des dernières décennies, la France a été le théâtre d’une spectaculaire convergence des profils migratoires entre hommes et femmes. Les nouveaux arrivants célibataires sont de plus en plus souvent des femmes, alors que les « regroupés » sont de plus en plus souvent des hommes.