Bouleversements démographiques de la Grande Guerre

Dans les rangs des soldats et chez les civils, la Première guerre mondiale opéra une dramatique saignée. En France, la disparition prématurée de centaines de milliers de jeunes hommes provoqua un cataclysme démographique : déséquilibre entre les sexes, vieillissement de la population, notamment des actifs sur qui reposait la reconstruction, déficit des naissances durant les années de guerre.

En cette année du centenaire, l’Ined publie un recueil de textes qui analysent les conséquences du conflit sur la population française, sous différentes perspectives et à différentes époques : « Bouleversements démographiques de la Grande Guerre ». 

 

Une hécatombe

Les pertes humaines (civiles et militaires) occasionnées par la guerre de 1914-1918 ont fait souvent parler d’« hécatombe ». Les données et leur analyse justifient pareille dénomination.

Selon une estimation moyenne, la Grande Guerre aurait causé près de 10 millions de morts, dont :

  • plus de 2 millions d’Allemands,
  • près de 2 millions de Russes,
  • près de 1,5 million de Français,
  • 800 000 Britanniques,
  • 650 000 Italiens.

Chez les alliés, la France a connu, après la Serbie, le nombre le plus élevé de morts au regard de sa population totale.

Si l’on ajoute aux militaires tués au combat les soldats blessés, prisonniers et disparus (total de pertes militaires), on constate que les empires centraux ont le plus pâti tandis que parmi les alliés, la Serbie reste la plus lourdement touchée (figure 1).

 

Les pays les plus peuplés n’ont pas, en général, subi les plus lourdes pertes. En revanche, les pertes apparaissent absolument proportionnelles au nombre de soldats mobilisés, et, avec une corrélation un peu moins forte, au nombre d’actifs dans la population.

Mortalité et vitalité démographiques

Initié et conçu par Martine Rousso-Rossmann, sous la  direction de Jean-Marc Rohrbasser, « Bouleversements démographique de la Grande Guerre » permet de mesurer l’ampleur de cette hécatombe et ses conséquences sur la population française.

Dans la première partie, « Les sacrifices de la guerre », François Héran dresse d’abord un « bilan démographique de la Grande Guerre », selon les sources les plus actuelles et les plus fiables. Jacques Vallin analyse ensuite la mortalité par génération en France. Enfin, France Meslé souligne le problème particulier que pose le calcul des indices de mortalité infantile en temps de guerre.

La deuxième partie, « La vie malgré tout », étudie la façon dont la population a vécu ce traumatisme. Louis Henry examine le sort matrimonial des filles privées par la guerre de leur fiancé et mari éventuel ainsi que celui des veuves en âge de remariage. Patrick Festy observe l’incidence de la Grande Guerre sur la fécondité française. Peggy Bette traite le cas des veuves et du veuvage à Lyon de 1914 à 1924.

De la démographie en temps de guerre

Le premier chapitre de l’ouvrage est placé à part. Son auteur, l’économiste Charles Gide, écrit en 1916, au moment de ce qu’il ignore être le temps central du conflit. Il traite de la redistribution de la population française et son texte a valeur méthodologique autant qu’historique. Comment compter les morts ? Et comment envisager la reconstruction de la population ?

En prenant en compte toutes les conséquences démographiques engendrées par la Grande Guerre, cet ouvrage permet une synthèse rarement traitée de façon globale, et sans doute, le recul nécessaire pour analyser une situation historique exceptionnelle sous le prisme de la démographie.