Félicitation à Julia Descamps pour sa thèse

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Faire les papiers, (dé)faire la famille : encadrement institutionnel de l'immigration familiale, usages et expériences

Résumé

En France, le regroupement familial s’est imposé dans les années 1970 comme une procédure centrale des politiques migratoires et un des principaux moyens à la disposition des migrant·es pour faire venir leur famille depuis l’étranger. Depuis, les politiques de régulation de l’immigration familiale se sont multipliées et métamorphosées et d'autres procédures se sont ajoutées au « regroupement familial » stricto sensu. L’immigration familiale est devenue de plus en plus sélective, en particulier parce qu’elle est soupçonnée d’être une « immigration subie », peu qualifiée, peu intégrée, « traditionnelle », par opposition, trait pour trait, à ce que serait à une « immigration choisie ». Cette recherche vise à étudier comment les familles immigrées s’accommodent des injonctions, normes et contraintes que ces diverses formes légales leur imposent, et comment la sphère institutionnelle pénètre la sphère privée et domestique au cours des trajectoires migratoires. Afin d’étudier la manière dont les migrant·es familiaux se saisissent des catégories administratives qui encadrent leur droit au séjour, la recherche combine une analyse d’un corpus de textes juridiques et de jurisprudence, des exploitations statistiques de données administratives et de données d'enquête et plusieurs terrains ethnographiques et biographiques. La thèse montre que les politiques d’immigration familiale sont des politiques normatives et sélectives, qui définissent les contours de la « morale familiale » attendue des immigré·es, hommes et femmes, laquelle est adossée à un ordre social et racial. Là où les liens juridiques et biologiques d’alliance et de filiation sont centraux dans l’obtention d’un droit au séjour pour raison familiale, le travail des papiers qui accompagne une demande met en jeu une multiplicité d’actrices et d’acteurs familiaux. En outre, les capacités à faire valoir ses droits à l’immigration familiale ne sont pas également réparties : à l’échelle familiale, les critères des politiques laissent en marge les familles immigrées les plus précaires, tandis qu’à l’échelle individuelle les dispositions à « faire les papiers » sont fortement différenciées selon les ressources scolaires, linguistiques, genrées, et le calendrier migratoire. Alors que le droit fait de l’égalité entre les membres de la famille un « principe essentiel de la République », et consacre le « droit à une vie familiale normale », des inégalités de statut et des arrangements familiaux inégalitaires entre générations, au sein des adelphies, et des couples, découlent de ce cadre juridique contraignant. Ces inégalités viennent souvent renforcer et légitimer, parfois recomposer, et plus rarement atténuer, les rapports de pouvoir au sein de la famille et entre les familles, à l'articulation des rapports de classe, de race, et de genre. 

Le jury était composé de :

  • Cris Beauchemin, directeur de recherche, Ined (co-directeur)
  • Jennifer Bidet, maîtresse de conférences, Université Paris-Cité
  • Émilie Biland-Curinier, professeure des universités, Sciences Po (rapportrice)
  • Tatiana Eremenko, profesora permanente laboral, Université de Salamanque (rapportrice)
  • François Héran, professeur au Collège de France
  • Yasmine Siblot, professeure des universités, Université Paris 8 (co-directrice)

 

Page chercheure de Julia Descamps