Du logement au monde privé

Le rôle du logement dans le déroulement de la vie quotidienne ne cesse de se renforcer (pandémie de Covid-19, dérèglement climatique, crise énergétique…). Les recherches conduites dans cet axe ont pour objectif d’analyser les transformations de l’espace domestique et de ses usages, et de documenter la contribution du logement à la dynamique des inégalités. Ces recherches considèrent notamment les interrelations entre les différentes dimensions de l’existence (travail domestique et salarié, loisirs, sociabilité, care notamment), dans le prolongement des travaux consacrés au « monde privé ». En outre, elles accordent une place centrale à l’articulation des rapports sociaux (genre, classe, âge, race notamment) qui se déploient et s’inscrivent dans le logement. Enfin, des travaux conduits dans cet axe questionnent plus particulièrement l'impact des transformations du travail et de la dérégulation temporelle sur l'organisation de la sphère privée, les dynamiques familiales et les inégalités de genre.

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Projet

Description du projet

Ces travaux s’appuient sur de multiples sources et données pour répondre à des enjeux de connaissance de populations spécifiques, vulnérables et/ou peu accessibles. Certaines recherches collectent ainsi de manière ad hoc des entretiens biographiques et réalisent des observations in situ (à la rue, en prison, dans les logements, etc.). D’autres s’appuient sur des enquêtes de la statistique publique (Conditions de travail, Sans Domicile, Logement, Conditions de vie et Environnement) qu’elles contribuent à enrichir et faire évoluer par leurs réflexions théoriques et leurs apports empiriques. Certaines recherches mobilisent enfin des sources et registres administratifs visant à éclairer les trajectoires de placement et à saisir l’intrication entre les dimensions intimes et institutionnelles de l’existence. Ensembles, ces données qualitatives et quantitatives permettent d’éclairer les différentes facettes des inégalités (entre ménages, au sein des ménages) et d’enrichir la compréhension des mécanismes à l’œuvre.

Projet ANR EQUALHEALTH (2024-2028)

Au cours de la période 2024-2028, le projet EQUALHEALTH étend et approfondit la connaissance de l’impact des horaires atypiques de travail sur la sphère privée en se concentrant sur la santé mentale des travailleur.es, dans une perspective biographique et comparative. En effet, le projet WorkLife (2020-2024) a montré la polarisation des inégalités de temps et a souligné l’exposition croissante des femmes peu qualifiées aux horaires atypiques et aux contraintes temporelles professionnelles (Lambert & Langlois, 2022). Il a, en outre, révélé l’importance des stratégies privées d’adaptation en l’absence de services publics en horaires adaptés (Lambert, Quennehen & Segu, 2023). Or, si les horaires non-standards de travail se développent dans de nombreux pays et sont, dans la majorité des cas, non choisis par les salariés, leurs conséquences sur la santé mentale restent peu connues. En outre, les troubles de santé mentale sont en augmentation dans de nombreux pays de l’OCDE (OECD, 2022) et les taux de prévalence n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant la pandémie de Covid-19, en particulier chez les femmes, indiquant une tendance de long terme à la dégradation de la santé mentale et l’existence de mécanismes genrés. 

Ainsi, le projet EqualHealth analyse les liens entre santé mentale et horaires atypiques de travail en se concentrant sur trois pays européens - la France, la Suède et le Royaume-Uni - comparables en termes de populations, et contrastés par la prévalence des horaires décalés, la reconnaissance et la prise en charge des troubles de santé mentale, et les régimes de genre. Il tire parti de données de vastes cohortes épidémiologiques (Constances, Understanding Society, Slosh) pour prendre en compte les durées d’exposition et analyser les mécanismes sociaux de transmission. En outre, il reconstitue les trajectoires de santé grâce à une collecte d'entretiens biographiques. En confrontant les indicateurs de santé mentale présents dans les différentes sources, le projet EqualHealth propose ainsi une approche réflexive de la santé mentale à même d'éclairer les mécanismes en jeu, et d'améliorer la connaissance des populations sous-diagnostiquées, ou éloignées des systèmes de santé.



Coordonné par Anne Lambert, le projet EqualHealth bénéficie du soutien de l’ANR (AAPG 2024) et réunit une équipe interdisciplinaire en sociologie, démographie et santé publique, appuyée un comité scientifique international. 

Le projet ENVER (Energie et Verdissement du logement)

Avec 70% du temps journalier passé en son sein, le logement constitue un déterminant majeur de la santé des populations et le premier maillon de la transition écologique des ménages. La littérature souligne l’adhésion large de la population au principe de rénovation énergétique du logement. Toutefois, la mise en œuvre de la politique de rénovation semble avoir atteint un palier, en particulier dans le parc privé de maisons individuelles, plus grand consommateur d'énergie. Des freins techniques et économiques ont été identifiés mais les déterminants sociaux restent mal connus. L’objectif du projet ENVER est de mieux appréhender la dimension temporelle, et genrée, de la rénovation énergétique du logement, grâce à la mise en oeuvre d'une approche interdisciplinaire (sociologie, économie, droit) et à la mobilisation de méthodes mixtes.

Ainsi, en s'appuyant sur des sources de données variées (enquêtes TREMI de l'Ademe, fichier de consultations juridiques, entretiens), le projet ENVER reconstitue la chaîne de décisions qui président à la rénovation du logement. Il questionne le rôle des tiers de confiance impliqués (famille et entourage, voisins, acteurs locaux) en fonction du genre, de la classe et du type de territoire notamment. Enfin, il appréhende la sensibilité au risque énergétique au carrefour de la perception du droit et de préoccupations domestiques, budgétaires et environnementales, sans présager de leur hiérarchie.

Ainsi, le projet ENVER contribue à améliorer la connaissance du contexte décisionnel en ouvrant la boite noire du «ménage», et en intégrant le rôle du genre à l'analyse de la transformation des logements. Il s'inscrit dans la continuité des travaux consacrés au «Monde privé des femmes» qui ont été développés dans l'UR6 depuis plus d'une dizaine d'années. 

Constituer un monde privé en situation de vulnérabilité

Un premier ensemble de travaux explorent de manière longitudinale et dynamique les mécanismes qui conduisent à la précarité résidentielle ou, au contraire, qui permettent d’en sortir : liens entre privations de logement, de travail et migration ; conditions d’accès et de sortie de l’hébergement institutionnel (Aide Sociale à l’Enfance, ménages relogés en région, sans domiciles…) ; conditions d’existence des étudiants et entrée en paternité des pères de milieux populaires.

Du temps de travail aux dynamiques de la vie familiale

Un second ensemble de travaux s’intéressent aux liens entre transformations temporelles du travail, flexibilité et organisation de la sphère privée. Ils ciblent notamment deux types de processus émergents. D’une part, l’essor des horaires non-standards de travail (soir, nuit, week-end...) et ses impacts socio-familiaux (conjugalité, parentalité, inégalités de genre notamment) sont étudiés dans le projet ANR «EqualHealth», qui fait suite au projet ANR «WorkLife». D’autre part, des travaux s'intéressent aux mobilités post-covid de populations qualifiées et analysent leurs effets sur la vie professionnelle et l’organisation domestique.

Dans et autour du logement : les pratiques d’adaptation aux enjeux environnementaux

Face à l’intensification des crises (logement, énergie, climat), de nouvelles recherches documentent la manière dont les choix résidentiels, les usages du logement et les relations familiales sont affectés : sortie du parc conventionnel et habitats « alternatifs » ; enquête expérimentale sur les conditions de vie et l’environnement, en partenariat avec l’Insee ; gestion des budgets et précarités domestiques. Le projet ENVER «Energie et Verdissement du logement», financé par l'ADEME (2025-2027), permettra ainsi de mieux connaître le rôle du genre dans les décisions de rénovation énergétique des logements et d'analyser la sensibilité au risque environnemental des ménages. Ces recherches sont amenées à se renforcer dans les prochaines années grâce à de nouveaux partenariats, et à la collecte et à la production de nouvelles données. Elles s’inscrivent dans le séminaire Population&Environnement de l’Ined, créé en 2023.

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