Auteure : Sandra Brée, responsable du projet POPP (CNRS-LARHRA)
Une majorité d’habitants venus d’ailleurs, une forte présence de jeunes adultes, une surreprésentation des célibataires, des inégalités sociales entre quartiers déjà bien ancrées… Dans ce nouveau numéro de Population & Sociétés, Sandra Brée, historienne démographe au CNRS, et l’équipe du projet POPP1, dont l’Ined est membre, dressent un portrait des Parisiennes et Parisiens il y a un siècle. À partir de données inédites individuelles issues des recensements de 1926 à 1936, cette étude met en lumière de profondes continuités entre le Paris de l’entre-deux-guerres et celui d’aujourd’hui. Un éclairage nouveau sur les spécificités de la population parisienne, à découvrir également à travers l’exposition « Les gens de Paris (1926-1936) », présentée au musée Carnavalet à partir du 8 octobre*.
La période la plus peuplée de l’histoire de Paris
Il y a un siècle, Paris connaissait une dynamique démographique sans précédent, marquée par la poursuite d’une croissance continue amorcée dès la seconde moitié du XIXe siècle. Elle atteint à cette époque son maximum historique, avec 2,9 millions d’habitants.
Une ville déjà cosmopolite
Durant l’entre-deux-guerres, la majorité des habitants de la capitale sont nés hors de Paris : pour l’essentiel en province, mais aussi à l’étranger ou dans les colonies françaises. En 1926 seul un tiers des Parisiens sont nés sur place – une proportion qui demeure quasiment inchangée un siècle plus tard.
Les hommes sont alors plus souvent issus de l’empire colonial ou de l’immigration européenne que les femmes. Paris attire aussi bien les jeunes actifs que les artistes ou les exilés politiques. Cette diversité des origines, à la fois géographique et sociale, s’impose déjà comme une caractéristique forte de la population parisienne — et demeure aujourd’hui l’un de ses marqueurs démographiques majeurs.
Une capitale de célibataires
En 1926, Paris se distingue déjà par une très forte proportion de célibataires, bien supérieure à celle observée ailleurs en France – une caractéristique encore très marquée aujourd’hui. La ville compte aussi davantage de femmes que d’hommes, moins d’enfants et beaucoup de jeunes adultes. La fécondité y est plus faible que dans le reste de la France, la mortalité infantile encore élevée, et de nombreuses personnes vivent seules. À côté du célibat, les personnes divorcées ou en union libre y sont également surreprésentées relativement au reste de la France, marquant les prémisses de comportements familiaux qui vont croître ensuite. Mais de toutes ces spécificités, c’est bien le célibat qui reste le plus stable dans le temps.
Des inégalités sociales durables entre les quartiers de la capitale
L’ouest parisien concentre, durant l’entre-deux-guerres, les foyers les plus aisés, souvent employeurs de domestiques, tandis que l’est parisien reste le territoire des classes populaires. Ces disparités territoriales anciennes structurent encore aujourd’hui la géographie sociale de la capitale.