L’efficience des systèmes de santé s’obtient-elle au détriment des plus pauvres ?
Depuis les années 60, et leur mise en œuvre aux États-Unis, les politiques visant à améliorer le système de santé se sont généralisées à l’ensemble des pays industrialisés au cours des dernières décennies. Certains économistes considèrent qu’il faudrait d’abord veiller à l’efficience des systèmes de santé – une condition nécessaire au bon fonctionnement des services publics - avant la question de l’égalité d’accès aux soins. Cependant, cette quête de performance n’a-t-elle pas aujourd’hui un coût social, en creusant les inégalités et/ou en dégradant la santé des populations ?
Une étude récente montre que l’efficience et l’équité dans les systèmes de santé des pays de l’OCDE se sont mutuellement influencées au cours des vingt dernières années. Cette relation, qui dépend du type de système de santé en matière d’offre de soins, vient remettre en cause le postulat de la nécessaire antériorité de l’efficience sur l’équité.
Premièrement, une attention excessive portée à l’efficience des systèmes de santé semble avoir un coût social important : l’aggravation des inégalités sociales de santé. Les gains d’efficience se font parfois au détriment de l’équité, tout particulièrement dans les systèmes de santé dont les services sont principalement opérés par le secteur privé.
En revanche, contrairement au postulat de l’orthodoxie économique, les résultats suggèrent que la réduction des inégalités en matière de santé améliore systématiquement l’efficience des systèmes de santé, publics ou privés. Autrement dit, une société plus équitable en termes de santé semble permettre une meilleure performance globale du système de santé.
Source : Bousmah, M.-Q., Abu-Zaineh, M., Combes, S., & Ventelou, B. (2025), Is the quest for efficiency harmful to health equity? An examination of the health efficiency-equity nexus in OECD countries over the past two decades, Social Science & Medicine, 383, 118379