L’âge au premier rapport sexuel
À 17 ans et demi (17,7 ans), la moitié des jeunes a déjà eu un rapport sexuel. Les garçons restent un peu plus précoces que les filles, mais de quelques mois seulement. Pourtant, ils et elles vivent encore l’entrée dans la sexualité de façon très différente.
Selon l’enquête sur la vie affective des jeunes adultes (Envie, Ined, 2023), l’âge médian au premier rapport sexuel non forcé, c’est-à-dire l’âge auquel la moitié des jeunes de 18 à 29 ans a déjà eu une relation sexuelle, est de 17,6 ans pour les garçons et de 17,8 ans pour les filles chez les 18-29 ans.
Un rapprochement entre garçons et filles
Parmi les personnes ayant fêté leurs 18 ans au début des années 1950, la moitié des femmes avaient connu une première expérience sexuelle un peu après 20 ans, contre un peu plus de 18 ans pour les hommes, soit deux années d’écart. Dans les années 1960 et 1970, l’âge médian au premier rapport sexuel a baissé, en particulier chez les femmes : l’écart avec les garçons s’est réduit à quelques mois. Une stabilisation a été observée dans les années 1980 et 1990. Dans les années 2000, une nouvelle baisse s’est amorcée avant que l’âge médian au premier rapport ne remonte au milieu des années 2010 : les générations les plus récentes connaissent désormais cet événement un peu plus tardivement que les précédentes.
La sexualité des jeunes en temps de confinement
Si l’on s’intéresse plus finement aux comportements des jeunes générations (femmes et hommes âgés de 18 à 29 ans en 2023), une évolution notable apparaît : l’âge médian au premier rapport non forcé augmente sensiblement entre les générations 1996 et 2000 (Figure). Cette augmentation s’inscrit dans un contexte d’augmentation du nombre de plaintes pour viols et autres agressions sexuelles [Bozon, 2024] qui a précédé la vague #MeToo (octobre 2017). Elle pourrait donc tenir à ce mouvement de fond. L’âge au premier rapport s’est ensuite élevé de façon conjoncturelle pour les femmes et les hommes nés dans les années 2002-2003, alors âgés de 17-18 ans au moment des confinements de Covid-19. L’isolement qu’ont connu les jeunes pourrait avoir conduit au report de l’âge au premier rapport. Après la pandémie du Covid-19, l’âge au premier rapport redescend à son niveau observé trois ans auparavant (2021).
Figure : Âge médian au premier rapport, selon l’année de naissance et le genre

Source : enquête Envie, Ined, 2023
Champ : femmes et hommes de 18-29 ans
Lecture : la moitié des hommes nées en 1993 ont eu leur premier rapport avant 17,3 ans (c’est l’âge médian)
Une dissociation de plus en plus marquée entre premier partenaire sexuel et premier conjoint
L’entrée dans la sexualité était autrefois liée au mariage, en particulier pour les femmes : le plus souvent, celles-ci avaient leur premier rapport sexuel avec leur mari ou l’homme qu’elles allaient épouser. Les évolutions des années 1970, avec le déclin du mariage au profit de l’union libre et l’allongement des études, la large diffusion de la contraception moderne, traduisent une dissociation progressive entre le premier rapport et la première vie de couple. Désormais, le premier partenaire sexuel n’est ou ne devient que rarement le premier conjoint. En 2023, parmi l’ensemble des hommes de 18‑29 ans en couple cohabitant pour la première fois, seuls 19 % le sont avec leur première partenaire sexuelle, contre 25 % des femmes [Rault et Régnier-Loilier, 2025].
Hommes et femmes : des conceptions différentes
Hommes et femmes continuent d’attribuer des significations différentes à la première expérience sexuelle, marquées par des normes de genre fortement structurantes. Les premiers envisagent plutôt le premier rapport comme un apprentissage personnel et ne l’associent pas forcément à l’entrée dans une relation. Ils se déclarent plus rarement amoureux de leur première partenaire. Les femmes, au contraire, déclarent plus souvent qu’elles étaient amoureuses de leur premier partenaire : pour elles, le fait d’expérimenter la sexualité pour soi ou pour faire preuve d’une sexualité quelle qu’elle soit est moins valorisé, voire est même sanctionné.
Références :
Fantoni-Decayeux, T., Régnier-Loilier, A., 2025. Les « premières fois ». Calendriers diversifiés du premier baiser et du premier rapport, p. 21-34, ans Bergström M. (dir.), La sexualité qui vient : Jeunesse et relation intimes après #Metoo, La Découverte
Michel Bozon, 2024, Interpréter le triplement des plaintes pour violences sexuelles dans la décennie 2010 en France. De quoi #MeToo est-il le nom ?. Dans : Danièle Bélanger (Éd.), Nicolas Cauchi-Duval (Éd.) et Maria Cristina Sousa Gomes (Éd.), Pouvoir et répercussions des mots dans la gestion et la construction des crises démographiques, Aubervilliers : Aidelf, p. 128-135 [FR]
Contact : Arnaud Régnier-Loilier et Titouan Fantoni-Decayeux
Mise à jour : décembre 2025