Le mal-logement en Europe

Le phénomène de mal-logement recouvre différentes situations. A quels obstacles et quel quotidien les personnes exclues du logement ordinaire sont-elles confrontées ? 

Réponses de Pascale Dietrich-Ragon et Marie Loison, directrices de l’ouvrage "La face cachée du mal-logement. Enquête en marge du logement ordinaire". 

Que signifie le terme de mal-logement ? A quelles situations s’applique-t-il ?

Le mal-logement est un terme générique qui fait référence à une grande diversité de situations : logement insalubre, suroccupation, occupation sans droit ni titre, absence de domicile… Dans le livre, nous nous intéressons à une catégorie plus restreinte : celle des personnes exclues du logement ordinaire, qui peuvent être sans-abri (c’est-à-dire vivre à la rue ou dans un autre lieu non prévu pour l’habitation), être accueillies dans des centres d’hébergement ou des structures institutionnelles, ou encore vivre dans des caravanes, des yourtes ou en squat par exemple.

Un intérêt de l’ouvrage est d’explorer les situations les plus marginales et les moins visibles : par exemple celles des personnes qui ne recourent plus aux services d’aide ou vivent dans des lieux exclus du champ des enquêtes, comme les zones rurales. De nombreuses situations de précarité résidentielle échappent aux radars de la société et sont peu relayées dans les médias. C’est le cas des personnes vivant à l’année dans des campings, mode de vie largement méconnu.

Quels sont les profils de ces personnes exclues du logement ?

Leur profil présente des permanences au cours du temps. Comme on pouvait s’y attendre, il s’agit de personnes précaires, peu diplômées et issues des catégories populaires. Les ruptures familiales, conjugales et professionnelles sont également récurrentes dans les parcours. Toutefois, les personnes les plus marginalisées, notamment sans-abri, ont pour particularité de disposer d’un entourage très précaire, marqué par l’absence de soutien familial, et de connaître des parcours hyper-institutionnalisés (elles sont souvent passées par les structures de l’aide sociale à l’enfance, l’hébergement institutionnel, ont été suivies par les travailleurs sociaux, etc.). Les violences sont aussi récurrentes.

Récemment, on note une augmentation des populations issues de l’immigration qui, faute de place dans les dispositifs qui leur sont destinés, se retrouvent dépendantes des services d’aide aux sans-domicile. Globalement, la question des sans-domicile est un révélateur des inégalités sociales croissantes dans la société et met en évidence les failles des politiques sociales, ainsi que des politiques d’accueil des immigrés de plus en plus inhospitalières.

Comment vivre au quotidien quand on est exclu du logement ? A quelles entités peut-on avoir recours ?

Il faut distinguer les personnes qui disposent d’un toit de celles qui sont hébergées en institution de façon plus ou moins durable car les expériences sont très différentes. Vivre à la rue nécessite un « travail de survie » très chronophage. Il faut se rendre dans divers services d’aide, trouver des ressources en faisant la manche, solliciter des hébergements d’urgence, etc. Mais de nombreux sans-domicile sont hébergés en structures et certains et certaines exercent un emploi. Pour eux et elles, trouver un logement s’avère malgré tout très compliqué dans les contextes de tension immobilière.

Au bout du compte, être exclu du logement implique un véritable travail. Il faut sans cesse effectuer des démarches auprès des institutions et des associations pour assurer sa subsistance ou espérer (re)trouver un logement. En effet, la principale porte de sortie à l’exclusion du logement est le logement social, d’où l’importance de soutenir une politique ambitieuse de production de HLM pour les plus défavorisés. Il est aussi nécessaire d’assurer une prise en charge plus continue. De nombreuses personnes sont ballottées de structure en structure, sans accompagnement sur le long terme, et sans cesse remise à la rue. Cette politique court-termiste conduit à une désillusion et au non-recours au droit.