Breaking news : comment la couverture médiatique façonne le traitement judiciaire des violences faites aux femmes.

  • Les Lundis de l'Ined

13/04/2026 11h30-12h30

En salle Sauvy et sur Zoom Lien en bas de page

Cette session sera presentée par Maëlle Stricot, discutée par Julio Ricardo Davalos et animée par Giulia Ferrari.

 

Cet article examine si la visibilité médiatique des violences faites aux femmes influence le traitement judiciaire des violences sexuelles et conjugales. Il combine des microdonnées administratives inédites sur des affaires pénales avec des données à haute fréquence sur le contenu quotidien des journaux télévisés en France. En exploitant le caractère quasi-aléatoire de la date des sujets diffusés par rapport au traitement des affaires, je montre que la couverture médiatique de faits de violences faites aux femmes sans lien avec les dossiers en cours entraîne une hausse de 2,3 % du taux de poursuites dans la semaine suivant la diffusion, sans modifier les décisions de condamnation. Des éléments suggestifs indiquent que cette évolution tient à la fois à des effets d'amorçage, reflétant des réactions cognitives ou émotionnelles à court terme, et à des ajustements stratégiques face à un contrôle public accru. Cela se produit dans un contexte où les procureurs déterminent largement l'issue des affaires : près de 80 % des dossiers sont classés sans suite en début de procédure, tandis que la plupart des affaires poursuivies aboutissent à une condamnation. Conformément à ce schéma, je constate que les affaires poursuivies à la suite d'une couverture médiatique sur les violences faites aux femmes sont aussi susceptibles d'aboutir à une condamnation que les autres. Ces résultats suggèrent qu'une plus grande attention médiatique à ces violences permet à davantage de dossiers viables d'être portés devant les tribunaux sans influer sur les décisions des juges, renforçant ainsi la réponse judiciaire aux violences faites aux femmes.



 

Maëlle Stricot est doctorante en économie à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne et à l'École d'économie de Paris. Ses recherches portent sur l'économie du genre, de la criminalité et du travail, avec un accent sur les inégalités de genre et le système judiciaire. Elle utilise une approche quantitative reposant sur l'analyse de données d'enquête et administratives. Sa thèse étudie les facteurs influençant le signalement et le traitement judiciaire des violences faites aux femmes en France, ainsi que les moyens d'améliorer les conditions de travail des travailleuses du care.