This session will be presented in french by Maëlle Stricot, discussed by Julio Ricardo Davalos and animed btGiulia Ferrari.
Cet article examine si la visibilité médiatique des violences faites aux femmes influence le traitement judiciaire des violences sexuelles et conjugales. Il combine des microdonnées administratives inédites sur des affaires pénales avec des données à haute fréquence sur le contenu quotidien des journaux télévisés en France. En exploitant le caractère quasi-aléatoire de la date des sujets diffusés par rapport au traitement des affaires, je montre que la couverture médiatique de faits de violences faites aux femmes sans lien avec les dossiers en cours entraîne une hausse de 2,3 % du taux de poursuites dans la semaine suivant la diffusion, sans modifier les décisions de condamnation. Des éléments suggestifs indiquent que cette évolution tient à la fois à des effets d'amorçage, reflétant des réactions cognitives ou émotionnelles à court terme, et à des ajustements stratégiques face à un contrôle public accru. Cela se produit dans un contexte où les procureurs déterminent largement l'issue des affaires : près de 80 % des dossiers sont classés sans suite en début de procédure, tandis que la plupart des affaires poursuivies aboutissent à une condamnation. Conformément à ce schéma, je constate que les affaires poursuivies à la suite d'une couverture médiatique sur les violences faites aux femmes sont aussi susceptibles d'aboutir à une condamnation que les autres. Ces résultats suggèrent qu'une plus grande attention médiatique à ces violences permet à davantage de dossiers viables d'être portés devant les tribunaux sans influer sur les décisions des juges, renforçant ainsi la réponse judiciaire aux violences faites aux femmes.