En France comme en Europe, le solde migratoire compense l’excédent des décès sur les naissances

En 2025, la France a enregistré pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale davantage de décès que de naissances. Pourtant, la population continue d’augmenter. La raison : un solde migratoire positif qui compense le déficit naturel. Cette situation n’est pas propre à la France : dans l’Union européenne, les décès dépassent les naissances depuis 2012. Dans ce nouveau numéro de Population & Sociétés, le démographe Gilles Pison analyse cette évolution majeure et compare la situation française à celle de l’ensemble de l’Union européenne.

En France, les décès dépassent désormais les naissances

Au 1er janvier 2026, la France compte 69,1 millions d’habitants. En 2025, la population a continué d’augmenter (+0,25 %), mais dans un contexte inédit : les décès ont été plus nombreux que les naissances. Le solde naturel, différence entre naissances et décès, est devenu négatif pour la première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale : –6 000 en 2025, alors qu’il était encore de +205 000 en 2015. Cette évolution tient principalement à la baisse des naissances, qui explique environ les trois quarts de la diminution du solde naturel.

Des décès appelés à augmenter avec le vieillissement de la population

En 2025, la France a enregistré 651 000 décès, soit 1,2 % de plus qu’en 2024. Cette hausse tient en grande partie au vieillissement de la population. Les générations nombreuses du baby-boom (1946-1974) vieillissent et entrent progressivement dans les âges de forte mortalité. Même si l’espérance de vie continue de progresser (80,3 ans pour les hommes et 85,9 ans pour les femmes en 2025), le nombre annuel de décès devrait continuer d’augmenter dans les prochaines décennies.

Des naissances en baisse et des maternités plus tardives

Dans le même temps, les naissances poursuivent leur recul : 661 000 en 2024 et 645 000 en 2025. L’indicateur conjoncturel de fécondité atteint 1,56 enfant par femme en 2025, contre 1,61 l’année précédente. La tendance à avoir des enfants plus tard se confirme : l’âge moyen à la naissance est désormais de 31,2 ans, contre 26,5 ans à la fin des années 1970.

La croissance de la population française repose actuellement sur les migrations

Malgré ce déficit naturel, la population française continue d’augmenter grâce à un solde migratoire positif, c’est-à-dire un nombre d’entrées sur le territoire supérieur au nombre de sorties. Ce solde migratoire, estimé à +176 000 personnes en 2025, compense largement l’excédent des décès sur les naissances et explique l’augmentation de la population observée cette année. Selon les tendances actuelles, le solde migratoire devrait continuer à jouer un rôle déterminant dans l’évolution de la population.

Une évolution déjà à l’œuvre dans l’Union européenne

Dans l’ensemble de l’Union européenne, les décès dépassent les naissances depuis 2012. En 2024, l’UE a enregistré 3,56 millions de naissances contre 4,82 millions de décès, soit un excédent de 1,26 million de décès. Malgré cela, la population européenne a augmenté de 9 millions d’habitants entre 2012 et 2025, passant de 441 à 450 millions. Cette croissance s’explique, là aussi, par un solde migratoire positif.

À long terme, un rôle déterminant des migrations

Les projections d’Eurostat anticipent un excédent des décès sur les naissances de près de 2 millions par an en 2050 dans l’Union européenne. Dans ce contexte, les migrations devraient rester un facteur déterminant de l’évolution démographique.

Chiffres clés

  • 69,1 millions d’habitants en France au 1er janvier 2026
  • 651 000 décès et 645 000 naissances en France en 2025
  • Solde naturel : –6 000 en 2025 en France (contre +205 000 en 2015)
  • Solde migratoire estimé: +176 000 en 2025 (excédent des entrées sur les sorties du territoire français)
  • 1,56 enfantpar femme en France en 2025
  • 80,3 ans d’espérance de vie pour les hommes et 85,9 ans pour les femmes en France en 2025
  • 450 millions d’habitants dans l’Union européenne
  • 1,26 million de décès de plus que de naissances dans l’UE en 2024

Auteur : Gilles Pison (Muséum national d’histoire naturelle et Ined)

Population & Sociétés n° 642, mars 2026, intitulé : «En France comme en Europe, le solde migratoire compense l’excédent des décès sur les naissances»