Des femmes et des hommes face à l’infertilité et l’aide à la procréation
Avec la baisse de la natalité en France, les pouvoirs publics et les médias s’interrogent sur l’importance de l’infertilité dans la population française. Quels sont les niveaux déclarés par les femmes et les hommes en France en 2024 ?
Les répondantes et répondants de Erfi 2 ont été interrogé ·es sur le fait d’avoir déjà (au cours de leur vie) essayé d’obtenir une grossesse avec un·e conjoint·e sans y parvenir pendant au moins 12 mois.
Infertilité durant la vie
Parmi l’ensemble des 18-79 ans, 12 % ont déclaré avoir vécu une infertilité, 5 % ont refusé de répondre et 1 % ne savaient pas répondre. L’infertilité était de 15 % chez les femmes contre 9 % chez les hommes. Cette différence reflète probablement en partie une moindre proportion d’hommes ayant déjà essayé d’avoir un enfant (Belgherbi et La Rochebrochard, 2018).
Le niveau d’infertilité au cours de la vie varie en fonction de l’âge au moment de l’enquête. Il augmente jusqu’à 40-49 ans, atteignant 24-26% pour les femmes et 14-16% pour les hommes. La baisse observée à partir de 50 ans reflète peut-être en partie un effet « d’oubli » lorsque les personnes ne se sentent plus concernées par la reproduction.
Aide à la procréation
Les personnes âgées de 18 à 49 ans ont été interrogées sur le fait d’avoir eu recours à l’aide à la procréation au cours de leur vie (Figure). La Procréation médicalement assistée (PMA, nommée AMP par les médecins pour Assistance médicale à la procréation) inclut les techniques de fécondation in vitro (autrefois appelées « bébés éprouvette ») et les techniques d’insémination artificielle de sperme (du conjoint ou d’un donneur). Parmi les 35-49 ans, 8 % des femmes et 5 % des hommes ont eu recours à la PMA.
En considérant toutes les formes d’aide à la procréation (PMA, prise de médicament, chirurgie, autres traitements, consultation médicale, méthodes pour déterminer le moment de l’ovulation), 27 % des femmes et 19 % des hommes ont eu recours à une aide à la procréation parmi les 35-49 ans.
Une infertilité sous-estimée ?
Plusieurs éléments concourent à réduire le niveau d’infertilité dans l’enquête Erfi 2. L’infertilité est estimée dans l’ensemble de la population incluant les personnes non concernées par l’infertilité car n’ayant jamais essayé d’avoir un enfant. Généralement, l’infertilité est mesurée parmi les personnes ayant déjà cherché à obtenir une grossesse pour calculer le « risque » d’infertilité.
Cette donnée n’étant pas disponible dans Erfi 2, l’infertilité observée varie à la fois selon le risque d’infertilité et la part des personnes ayant déjà cherché à concevoir. Cela appelle à la prudence dans la comparaison entre groupes (par âge, sexe, niveau d’études, etc). Par ailleurs, l’infertilité est interrogée avec une seule question sans éléments contextuels et temporels (l’âge à l’infertilité est par exemple inconnu). Cela a peut-être conduit à sous-déclarer l’infertilité. Enfin, la définition de l’infertilité utilisée ici correspond à l’ancienne définition médicale. La définition actuelle parle d’infertilité dès 6 mois d’attente pour les femmes de 35 ans et plus (ASRM, 2023). Par ailleurs, elle élargit son champ aux personnes seules, aux couples de même sexe et aux personnes transgenre souhaitant un enfant.
Référence(s)
Autrice : Élise de La ROCHEBROCHARD
Pour aller plus loin :
Heng Boon Chin A., Jean-Didier Bosenge Nguma J.-D., Faizal Ahmad M., American Society for Reproductive Medicine (ASRM). 2023. Definition of infertility: a committee opinion. Fertility and Sterility, 120(6), 1170.
Belgherbi S., La Rochebrochard É. (de). 2018. Can men be trusted in population-based surveys to report couples’ medical care for infertility? BMC Medical Research Methodology, 18(1), 111.

