Le travail déborde à la maison autant pour les femmes que pour les hommes
Univers privés et professionnels ne sont pas étanches, ni pour les hommes ni pour les femmes. Le professionnel empiète la sphère privée, via les outils de communication, le travail ramené à la maison et surtout les préoccupations, particulièrement pour les indépendants.
Le domicile, un lieu de travail plus fréquent
Ramener du travail à domicile était peu fréquent il y a 20 ans (cela concernait seulement 18 % des personnes en emploi de moins de 50 ans). L’essor récent du télétravail a changé la donne. Le télétravail n’est toutefois que la forme visible et réglementée du travail à domicile (fiche 36). Le travail peut être présent à la maison de bien d’autres façons. Si travailler exclusivement à domicile reste très rare, 32 % des personnes utilisent souvent ou parfois leur domicile comme lieu de travail (Fig. 1), les femmes un peu plus souvent que les hommes (respectivement 36 % et 30 %). Travailler sur son temps libre en raison de la charge de travail est une situation plus ou moins fréquente selon le type d’emploi et la profession. Une personne en emploi sur deux déclare le faire (52 %), une sur cinq toujours ou souvent (20 %). Ce travail en dehors des horaires de travail concerne aussi bien les hommes que les femmes. C’est une pratique très commune chez les indépendants et chefs d’entreprise (84 %) . Au sein des salariés, elle est un peu plus fréquente chez les salariés du public (53 %) que chez ceux du privé (47 %).
La grande majorité parle du travail et y pense en dehors
Parler du travail est très fréquent. Ainsi, les trois quarts des actifs ne vivant pas seuls parlent souvent ou parfois de leur travail à la maison (Fig. 1), les femmes plus que les hommes. Les moins de 30 ans abordent bien plus souvent ce sujet que les 50-59 ans, signe de l’importance du travail dans la vie quotidienne des jeunes. Les préoccupations du travail accompagnent aussi les personnes dans l’espace privé. Ainsi, 89 % des personnes en emploi continuent à penser au travail en dehors du temps professionnel, dont 53 % toujours ou souvent. À nouveau, on note peu de différence selon le sexe. Les indépendants et chefs d’entreprise sont davantage préoccupés par leur travail que les salariés : 76 % y pensent toujours ou souvent, contre 58 % des salariés du public et 47 % de ceux du privé.
Les outils de communication envahissent la vie privée, surtout pour les indépendants.
La généralisation des outils de connexion à distance, notamment le téléphone mobile et ses messageries, contribue au décloisonnement entre les sphères privées et professionnelles. Ainsi, 10 % des personnes en emploi disent être souvent contactées par leurs clients, supérieurs ou collègues en dehors des horaires de travail, 29 % parfois (Fig. 1). Un tiers des travailleurs estime que les outils de connexion à distance à des fins professionnelles envahissent souvent ou parfois leur vie personnelle et familiale. À nouveau, les indépendants sont bien plus affectés que les salariés : 60 % se disent ainsi envahis par les outils numériques (contre 28 % et 36 % pour les salariés respectivement du privé ou du public), dont 32 % toujours ou souvent.
La fatigue après le travail affecte davantage la vie familiale des femmes.
Au-delà de la charge mentale, les personnes en emploi affirment que la fatigue liée au travail les empêche d’être bien en famille (Fig. 1) : 36 % toujours ou souvent, 46 % parfois, les femmes plus que les hommes. Les différences sont peu marquées entre individus salariés et indépendants
Pour aller plus loin
Bozon M. 2009. Comment le travail empiète et la famille déborde : différences sociales dans l’arrangement des sexes. In Pailhé A. et Solaz A. (dir.) Entre famille et travail : Des arrangements de couple aux pratiques des employeurs (p. 29-54). La Découverte.
Référence(s)
Autrices : Ariane PAILHÉ, Anne SOLAZ
Fiche complète "Le travail déborde à la maison autant pour les femmes que pour les hommes"

