La retraite quinze ans après
Christiane Delbès, Joëlle Gaymu
Les cahiers de l'Ined
N°154, 2004, 240 p., INED, 22,00 €. n° ISBN 2-7332-0154-9
Préface de Claudine Attias-Donfut

Résumé (cliquez sur +)
Quinze ans ont passé depuis. Cet ouvrage nous entraîne désormais dans l’univers des septuagénaires, par comparaison avec ce qu’ils étaient lors de leur cessation d’activité. En 1997, en effet, 80 % de la population survivante – soit 940 personnes – ont été interrogées une nouvelle fois. Après une description de leurs caractéristiques sociodémographiques (famille, ressources, logement, santé), leurs modes de vie (sociabilités familiale et amicale, activités de loisirs) et leur monde intérieur (perception de soi, de la retraite, sentiment d’ennui, de solitude) sont analysés en détail. Une typologie des modes de vie à la retraite clôt l’ouvrage.
Durant les 15 années qui ont suivi la cessation d’activité professionnelle, nombre d’événements ont jalonné la vie des enquêtés.
Bonheurs pour certains que d’avoir vu naître des petits voire arrière-petits enfants, de s’être fait de nouveaux amis ou encore d’avoir connu une amélioration de leur état de santé, de leurs revenus, de leur perception et du vécu de cette étape de la vie.
Beaucoup plus nombreux sont ceux qui ont connu une fragilisation de leur environnement liée à la disparition de proches, la dégradation de la santé, la diminution des revenus ou l’évanescence des relations familiales… ; autant d’épreuves susceptibles d’entacher le moral des gens. Et, de fait, 15 ans après avoir pris leur retraite, les enquêtés sont, par exemple, plus nombreux à n’y voir que des inconvénients.
La détérioration de l’état de santé y est pour beaucoup car, c’est indiscutable, avec une moindre forme physique l’humeur se fait plus morose : les tendances dépressives, le sentiment d’ennui ou de solitude deviennent plus prégnants, la perception de la retraite plus négative. Mais, c’est peut-être vis-à-vis des loisirs que la mauvaise santé imprime le plus nettement sa marque. Dans ce cas, les enquêtés en ont moins et ils ont très fortement réduit leur participation.
Nombre de retraités ont également vu leur vie changer, et parfois du tout au tout, suite à la perte de leur conjoint. C’est sur le moral que les répercussions du veuvage sont les plus manifestes et le mal être est d’autant plus accusé que la disparition du conjoint est récente. Toutefois, on constate une intensification des contacts avec la famille et les amis : tout le cercle des proches se resserre autour du nouveau veuf pour l’aider à passer ce cap.
Dans toute étude sur les populations âgées, le sexe apparaît comme un facteur discriminant : plus souvent veuves, en mauvaise santé, avec des revenus modestes…, les femmes sont généralement pénalisées. Cette enquête auprès des retraités de 75 ans corrobore, bien évidemment, ce quotidien féminin plus difficile. Si globalement, durant la période étudiée, l’état de santé des hommes et des femmes a suivi le même chemin, l’isolement s’est plus accentué et les ressources plus détériorées chez elles. Nulle surprise donc à constater que dans nombre de domaines de la vie de tous les jours, le handicap des femmes s’est alourdi.
Résultat désormais banal, le capital culturel et économique accumulé durant la vie professionnelle influe sur la vie d’après travail et cette étude confirme ce résultat. Si à 75 ans, par rapport aux cadres, les ouvriers rencontrent plus souvent leur famille, ils restent en marge de la quasi-totalité des loisirs. De plus, même s’ils sont moins nombreux à ne trouver aucun avantage à la retraite, ils disent plus fréquemment ne pas savoir quoi faire, se sentent plus souvent seuls et souffrent plus souvent de signes dépressifs.
Au terme de ce parcours dans la vie d’après retraite et malgré le constat d’une baisse de l’activité et d’un recentrage sur le foyer, aujourd’hui, à 75 ans, la grande majorité des enquêtés sont heureux de leur vie de retraités et ne sont encore qu’aux portes de la vieillesse. Étape, hélas, souvent déjà franchie par ceux qui sont affligés d’une mauvaise santé ou qui ont perdu leur conjoint, ces événements accélérant le repli sur soi.
Si l’on raisonne sur la population privilégiée des enquêtés en bonne santé et mariés, l’avance en âge a beaucoup moins de prise voire est sans effet.
Ces réflexions portent à penser qu’à la condition près du maintien du niveau de vie des retraités, avec la poursuite probable de l’amélioration de l’état de santé à âge donné, la plus grande survie des couples, l’arrivée à la retraite de générations plus instruites, mieux intégrées encore dans l’univers des loisirs, demain, l’effet dépressif de l’âge s’observera plus tardivement dans la vie, prolongeant encore cette période heureuse du début de la retraite.

Sommaire (cliquez sur +)
I. Les événements familiaux
II. La composition des ménages
Chapitre 2 – La situation économique
I. Les ressources
II. Les modifications du patrimoine et du cadre de vie
Chapitre 3 – La santé
I. L’état de santé global
II. Les troubles, maladies chroniques ou infirmités
III. L’autonomie dans la vie courante
IV. La consommation de médicaments
Chapitre 4 – Les solidarités familiales
I. Les rencontres
II. Les services rendus aux enfants
III. Les aides reçues par les parents
Chapitre 5 – Les relations amicales
Chapitre 6 – Les loisirs
I. Les loisirs de type sportif, artistique, culturel ou de société
II. Télévision, radio, livres, journaux
III. Les associations
IV. Les vacances
Chapitre 7 – Les aspects psychologiques
I. Perception de la vie, perception de soi
II. Perception de la retraite
III. S’ennuyer
IV. Le sentiment de solitude
V. Les tendances dépressives
Chapitre 8 – Typologie des modes de retraite
I. La retraite loisir
II. La retraite conviviale
III. La retraite intimiste
IV. La retraite retranchée
V. La retraite abandon
Conclusion, Annexe






