Age, générations et contrat social

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Jacques Véron, Sophie Pennec, Jacques Légaré

Les cahiers de l'Ined

N°153, 2004, 340 p., INED, 25,00 €. n° ISBN 2-7332-0153-0

L'Etat-providence face aux changements démographiques.

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Résumé (cliquez sur +)

Les sociétés développées connaissent, depuis plusieurs décennies des changements familiaux, des transformations du marché du travail et un vieillissement de leurs populations. Quels sont les effets de ces modifications sur le contrat social liant, à un moment donné, des individus appartenant à différents groupes d’âges et, dans la durée, appartenant à différentes générations. Au vu des évolutions actuelles de nos sociétés, on peut se poser deux questions simples pour l’avenir : « qui s’occupera de qui » et « qui paiera pour qui » ?
La première partie de cet ouvrage est consacrée aux aspects théoriques du débat intergénérationnel. André Masson s’interroge sur le niveau « optimal » de la redistribution des générations « actives » à celles qui sont « dépendantes » et sur les priorités assignées à l’État-providence.
L’accroissement du poids des inactifs est un des effets négatifs du vieillissement démographique. Bernard Perret porte un autre regard sur cette question en étudiant les modalités et les conditions d’une réorganisation du cycle d’activité qui ne soit plus celui « standard », en trois temps (études, travail et inactivité) mais qui permette de concilier aspirations individuelles et utilité sociale.
L’évolution du taux de dépendance économique dépend notamment des comportements d’activité des 55-64 ans. Ce sont les changements, en France, des comportements d’activité à ces âges que décrit Didier Blanchet, mettant l’accent sur les interactions entre contexte institutionnel et réglementaire, entre comportements d’offre et de demande de travail.
Cette première partie se termine par une présentation, par Pierre Pestieau, de l’évolution du taux de dépendance effectif et des déterminants de la baisse tendancielle de l’âge de la retraite. La question de l’âge optimal de la retraite est ensuite abordée.
Les relations entre les générations, au sein des familles, font l’objet de la deuxième partie de Âge, générations et contrat social. Renée Joyal met l’accent sur l’évolution paradoxale de la législation concernant les relations entre grands-parents et petits-enfants au Québec : une nouvelle disposition du Code civil vise à consolider ces relations alors qu’au même moment est supprimée la disposition relative aux obligations alimentaires.
Dans les travaux sur le vieillissement, les personnes âgées sont souvent considérées comme une catégorie homogène. Jenny De Jong Gierveld montre une intégration différente dans le réseau familial entre « jeunes-âgés » et « très-âgés », les premiers vivant de manière indépendante, les seconds pouvant avoir besoin d’une aide. Les questions de solidarité ne se posent par conséquent pas dans les mêmes termes.
Une analyse simpliste des changements familiaux pourrait conduire à seulement opposer des générations dont les comportements seraient différents. Dans le cas de l’Espagne, Constanza Tobío montre que l’on peut certes différencier les jeunes mères et leur propre mère dans leurs attitudes face à l’activité professionnelle mais qu’il est plus intéressant que celles-ci apportent en réalité un soutien à leurs filles, pour les aider à concilier vie professionnelle et vie familiale et donc favorisent leur émancipation.
L’implication des personnes âgées dans les échanges intergénérationnels dépend de la disponibilité d’une proche parenté (grands-parents, parents, frères et sœurs, enfants et petits-enfants). Utilisant des données britanniques, Emily Grundy relie la disponibilité de cette proche parenté à diverses variables sociodémographiques et analyse différentes formes d’échange entre générations comme la corésidence, le contact et la fourniture d’aide par les adultes à leurs parents âgés.
La cessation d’activité constitue une étape majeure de la vie des individus. Se fondant sur les résultats d’une enquête longitudinale, Christiane Delbès et Joëlle Gaymu mettent en évidence l’évolution des comportements solidaires lorsque les retraités prennent de l’âge, sachant qu’ils ont pu connaître différents événements familiaux, comme le décès de proches ou l’accès à la grand-paternité.
Comme mode de redistribution institutionnalisé des revenus entre les générations, les systèmes de retraite déterminent en partie le niveau de vie des personnes âgées dans les pays industrialisés. Christina Behrendt compare les effets redistributifs des systèmes de différents pays, en utilisant les données du Lis et montre que si la composition des revenus de ces ménages est variable, elle est moindre que l’on aurait pu, a priori le penser.
Ces systèmes de solidarité publique organisant une redistribution des revenus sont-ils équitables ? Pour pouvoir répondre à une telle question, il faut définir cette équité et analyser l’évolution des dépenses publiques sous le double angle de l’équité intergénérationnelle et de la solidarité sociale. C’est l’exercice auquel se livre, à propos du Québec, Hervé Gauthier qui s’interroge également sur l’évolution future des dépenses sociales et le défi de leur financement.
Susan McDaniel considère, quant à elle, plus spécifiquement la question de l’équité intergénérationnelle en rappelant que le contrat social entre les générations ne se réduit pas à des transferts publics, dans le cadre d’États-nations. Ce qui relève de la sphère privée doit en particulier être pris en compte.
La dernière partie de l’ouvrage aborde plus spécifiquement la question des temps sociaux. Le développement d’une économie de 24 heures sur 24, conséquence d’un accroissement de la demande faite aux salariés de travailler en soirée, la nuit ou pendant le week-end, a ainsi des effets importants sur la vie de famille comme le montre Harriet B. Presser dans le cas des États-Unis.
C’est aussi à la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle que s’intéressent Évelyne Lapierre-Adamcyck, Nicole Marcil-Gratton et Céline Le Bourdais qui utilisent les données québécoises d’une enquête longitudinale sur les enfants et les jeunes, réalisée au Canada pour mettre en évidence la contrainte que peut faire peser sur le temps familial la recherche d’un bien-être économique.
Le dernier chapitre de l’ouvrage traite des trajectoires canadiennes de transition vers une retraite complète. Son auteur, Leroy O. Stone, se situe dans un cadre plus large que celui du passage à la retraite et examine les modalités de « cessation de toutes sortes d’activités », ce qui lui permet de prendre en compte des changements concernant diverses formes d’utilisation du temps par les personnes âgées.
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Sommaire (cliquez sur +)

Première partie
Générations, contrat social et activité
Chapitre 1 – Économie du débat intergénérationnel
Chapitre 2 – La réorganisation du cycle d’activité
Chapitre 3 – Quel avenir pour l’activité des 55-64 ans en France ?
Chapitre 4 – Longévité et activité


Deuxième partie
Familles et relations entre les générations

Chapitre 5 – Grands-parents et petits-enfants au Québec
Chapitre 6 – Changements démographiques et contrat social de soutien informel dans la famille
Chapitre 7 – Évolution des relations intergénérationnelles
Chapitre 8 – Les échanges intergénérationnels des populations âgées
Chapitre 9 – Les solidarités familiales au début de la retraite en France


Troisième partie
Redistribution et équité intergénérationnelle

Chapitre 10 – Pensions de retraite et distribution des revenus
Chapitre 11 – Équité intergénérationnelle et solidarité sociale
Chapitre 12 – Retraites, privilèges et pauvreté

Quatrième partie
Temps sociaux et âge de la retraite

Chapitre 13 – Économie de 24 heures sur 24
Chapitre 14 – Régimes de travail
Chapitre 15 – Trajectoires de cessation de toutes sortes d’activités