Flamands et Wallons

Flamands et Wallons : deux histoires, deux démographies ?

Le 07 juin 2009 ont eu lieu en Belgique les élections régionales pour le Parlement flamand, le Parlement wallon, le Parlement de la Région de Bruxelles-Capitale et le Parlement de la Communauté germanophone... 

L'histoire politique et sociale de la Belgique n'a jamais été un long fleuve tranquille. Après une longue période d'annexions successives de son territoire (Espagne, Autriche, France, puis Pays-Bas), la Révolution de 1830 conduit à la création d'un État centralisé dans le cadre d'une monarchie parlementaire. Malgré sa petite taille, la Belgique est un pays de contrastes géographiques et économiques, avec une histoire jalonnée de conflits, dès sa formation, entre Flamands et Wallons. C'est aujourd'hui un État fédéral, intégrant depuis 1994 six entités politico-administratives qui ne se recouvrent pas tout à fait : soit trois régions (Flandre, Wallonie et Bruxelles-Capitale) définies sur un critère territorial et à compétences essentiellement économiques, et trois communautés linguistiques (flamande, francophone et germanophone) à compétences essentiellement éducatives et culturelles (voir carte p.7). Pour compliquer le tout, la situation économique s'est complètement retournée : la Wallonie, longtemps dominante avec sa sidérurgie et ses charbonnages, se laisse peu à peu dépasser par la Flandre (chimie, nouvelles technologies...), qui a aujourd'hui un PIB par habitant très supérieur et un chômage très inférieur (5 % en 2008 contre 15 % pour la Wallonie). Cette dualité tant culturelle qu'économique se retrouve sur le plan démographique.

Des transitions décalées dès le XIXe siècle

Sous l'effet à la fois de l'industrialisation, de l'éducation et du recul de la religion, la Wallonie a entamé son déclin de natalité vers 1870, comme bien d'autres pays européens, mais 30 ans avant la Flandre (figures 1 et 2). En 1920, elle dépasse à peine les 2 enfants par femme alors que le Nord du pays en est encore à 3. Les différences ne s'estomperont qu'ensuite. De même, la surmortalité de la Flandre, plus pauvre, subsistera tout au long du XIXe siècle et ne disparaîtra que plus tard.


Une croissance relative de la Flandre au long du XXe siècle, un léger recul d'ici 2060

Sensiblement plus féconde pendant près d'un siècle que celle de la Wallonie, la population flamande, déjà largement majoritaire en 1870, continue de progresser. Sur 10,6 millions d'habitants en 2007, la Flandre en représente près de 58 % (6,1 millions d'habitants), la Wallonie 32 % (3,4 millions) et Bruxelles-Capitale près de 10 % (1,0 million). Mais les écarts de population devraient se resserrer : la Flandre a vu sa fécondité chuter depuis 1980 (1,65 enfant par femme en 2004 contre 1,75 en Wallonie et 2,06 à Bruxelles). Selon les projections pour 2060, la Flandre devrait reculer de 3 points (55 %), la Wallonie progresser de 2 (34 %) et Bruxelles se stabiliser (10,5 %), la population totale du pays passant de 10,6 millions en 2007 à 12,7 en 2060.

pyramides des âges Belgique

Un vieillissement important mais différencié

Comme tous les autres pays européens, la Belgique vieillit, mais à des rythmes différents selon les régions (figures 1 et 2). La Flandre vieillit plus rapidement que la Wallonie, du fait de sa moindre fécondité depuis 30 ans et de l'arrivée à 65 ans des générations nombreuses qui y sont nées après-guerre. La proportion des plus de 65 ans passera entre 2007 et 2060 de 18 % à 28 % en Flandre, de 16 % à 26 % en Wallonie et de 15 % à 20 % seulement à Bruxelles, qui restera de loin la région la plus jeune avec la présence aux âges adultes d'une nombreuse population étrangère ou d'origine étrangère, qui a par ailleurs une fécondité supérieure à la moyenne nationale. La plupart des mesures en faveur des personnes âgées (allocations, revenu minimum...) relèvent toujours du niveau fédéral. Néanmoins, en 2001, la région flamande, inquiète de son vieillissement, a rendu obligatoire une assurance-dépendance.


La surmortalité de la Wallonie

privilégiée en matière de mortalité et de santé jusque vers 1930, la Wallonie connaît désormais une nette surmortalité, en particulier chez les hommes. La Flandre, riche et économiquement dynamique, se détache nettement. En 2006, trois années séparaient les espérances de vie des régions wallonne (75,1 ans) et flamande (78,1 ans) ; à la même date, près de cinq ans d'écart séparaient les deux provinces extrêmes sur le plan sanitaire que sont, au Nord, le Brabant flamand (78,8 ans) et, au Sud, le Hainaut (74 ans). Les écarts sont moindres mais réels également pour les femmes, de l'ordre de deux années. Cette forte surmortalité masculine des Wallons, en particulier dans les arrondissements les plus défavorisés, est due à une fréquence supérieure des maladies cardio-vasculaires, du diabète, des accidents de la route et, plus généralement, des comportements à risques (alimentation, tabac...), jointe à un moindre recours à la médecine préventive (figure 3).


espérance de vie en Belgique

Une Wallonie plus mobile, et une mobilité entre régions en perte de vitesse

Flandre et Wallonie se distinguent également en matière de mobilité. La Flandre, moins étendue que la Wallonie mais plus densément peuplée (450 hab./km² contre 200), se caractérise aussi par une moindre mobilité. En termes relatifs, la mobilité entre la Wallonie et Bruxelles est également sensiblement plus intense qu'entre la Flandre et Bruxelles. Depuis cinquante ans, les deux principales régions du pays sont de plus en plus étanches. Les mouvements entre elles ont été divisés par deux en 50 ans, signe d'un fossé grandissant entre régions.


Des comportements plus traditionnels en Flandre

Comme ailleurs en Europe, la Belgique depuis 30 ans connaît une évolution générale de la famille et des pratiques religieuses.
Les changements étant plus lents en Flandre, en 2004, par exemple, la Flandre compte moins de naissances hors mariage (34 % contre 46 % en Wallonie - et 52 % en France), moins de divorces, moins de familles monoparentales et moins de cohabitations.
La sécularisation de la société, qui progresse surtout dans les villes, est plus avancée en Wallonie. En 2006, on compte 54 % seulement de baptêmes contre 69 % en Flandre, et 53 % de funérailles à l'église contre 70 % ; par ailleurs la Wallonie vote traditionnellement plus à gauche.


Finalement

Toutefois, malgré la persistance de certaines disparités, la démographie ne semble plus être aujourd'hui un véritable enjeu politique. On est loin du contexte des années 1960, avec le débat suscité par le Rapport Sauvy (1962), qui attribuait le retard économique de la Wallonie à son vieillissement démographique et y préconisait une politique résolument nataliste.
Si l'avenir de chaque région dépendra encore des politiques fédérales, celles engagées au niveau des régions et des communautés pèseront de plus en plus, à mesure que la Flandre gagnera en autonomie.

Bruxelles

carte belgique

Entité fédérée au même titre que la Flandre et la Wallonie, la région de Bruxelles-Capitale se distingue des deux autres régions à plusieurs égards. Elle ne fait que 161 km² (à peine 0,5 % du territoire national), alors que sa population d'un million d'habitants représente 10 % du total national. Enclavée dans le territoire de la Flandre, elle est majoritairement francophone. Les estimations avancées (toute question sur la langue étant exclue des recensements) tournent le plus souvent autour de 80 %. Mais la région est officiellement bilingue, et le parlement et le gouvernement bruxellois comptent des députés et des ministres issus des deux communautés linguistiques. Bruxelles n'est pas seulement capitale de l'Europe et de la Belgique, mais aussi de la « communauté française de Belgique » (qui regroupe les francophones de Bruxelles et de Wallonie) et, dans le même temps, de la communauté et région flamande.

Dominique Tabutin, Bruno Schoumaker, Thierry Eggericks (UCL, Louvain-la-Neuve)

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Mise à jour : 10 décembre 2013